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« Sécessionnistes de tous les pays, séparez-vous ! »

Montréal, le 27 mars 2008

Dans mille ans, on se souviendra de notre époque, s’il existe encore des cerveaux dotés de mémoire, comme celle de la fin du monde historique tel qu’il s’était constitué depuis la fin du néolithique et l’apparition des premières Cités-États.

 

Le progressisme humaniste venu des noires « Lumières » de la Révolution Française atteint le sommet de sa courbe dominatrice, il étend son règne sans partage d’un bout à l’autre de la planète dont il fait un immense hybris géopolitique, une masse indifférenciée de peuples sans nations, et de nations sans peuples, soumis à la Législature de la République jacobine Universelle.

 

Nous voici face à la victoire globale des idéologies socialistes de tous poils, désormais amalgamées dans le gloubi-goulba universitaire post-soixantuitard, qui ont fait de l’homme cet animal biopolitique sans identité historique, sans singularité sexuelle, ethnique ou culturelle, sans territoire symbolique, sans « topoï » particulier inscrit dans la physique du monde, sans autres mythologies que celles qui font l’actualité, sans plus le moindre écho de la Présence divine, sans même le souvenir de ses origines, donc sans la moindre idée de son devenir, bref, sans rien d’autre que lui, réduit à sa dimension spécique et sociale devenue l’horizon indépassable de cet « universalisme » de misère. Voici l’âge de l’Homme Nouveau réalisé selon les normes mécaniques et fonctionnelles des ingénieurs sociaux internationalistes : un « être » reformaté telle une fourmi ouvrière égale en tous points à toutes les autres grâce à l’arsenal liberticide des « droits humains » qui le confortent sans cesse plus dans son rôle de dispositif ethnoculturel manipulable et commercialisable à volonté, par les commémorations festives, les narcissismes identitaires, et les diverses « fiertés » qui ne vantent les différences qu’à la condition qu’elles soient indifférenciables.

La démolition nihiliste contemporaine ayant déboîté l’individu occidental de sa matrice ontologique, il ne restait plus qu’à pulvériser la-dite matrice, c’est-à-dire la conception POLITIQUE de l’histoire, et ce faisant s’en prendre directement à son invention fondamentale : LES FRONTIÈRES.

Depuis une quarantaine d’années une nouvelle forme d’internationalisme, post-socialiste, écologiste, globaliste, relativiste, est apparu pour finalement s’imposer comme horizon terminal de la pensée humaine au tournant du siècle.

Ce néo-internationalisme entend poursuivre – et dépasser – le projet marxiste-léniniste en proposant à notre époque une sorte d’Hyper-social-démocratie planétaire, universelle, totale, seule capable, selon ses défenseurs, de combattre les effets « néfastes » de la « mondialisation économique » – lire « capitaliste-impérialiste-colonialiste-vachement-pas-sympa », en imposant, par la force armée si nécessaire, sa conception anomique et anti-historique du développement des civilisations humaines.

Au développement cosmopolitique et paradoxal de l’humanité, fondé sur les rencontres conflictuelles et les compétitions associatives des souverainetés politiques, on substituera un ensemble de directives humanitaires, d’organismes bureaucratiques chargés de les appliquer, de tribunaux internationaux chargés de punir les contrevenants, afin d’imposer l’idée que toutes les cultures se valent, tous les modèles politico-économiques sont somme toute comparables, que l’histoire singulière des peuples n’est qu’un appendice de l’évolution générale des hommes, alors qu’elle en est le moteur, et que, pour finir, les notions mêmes de frontière/interface et de territoire/histoire sont dépassées, obsolètes, conservatrices, réactionnaires, pour ne pas dire horriblement fascisantes.

Il faut reconnaître que l’histoire du XXe siècle, le siècle du Diable en mille costumes, aura fourni à cet ultime pseudopode de la pensée gnostique/révolutionnaire tous les arguments nécessaires et suffisants pour placer la souveraineté historique des nations au rang des accusées alors que précisément les projets bolcheviques et nazis visaient – déjà – à son élimination au profit d’une bureaucratie supranationale « biopolitique », raciste, ou ouvriériste.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre en quoi la seconde guerre mondiale – cette guerre civile européenne, comme le disait Ernst Nolte – ne s’est jamais arrêtée en tant que telle. Elle est parvenue à se transmuter et à se diffuser par capillarité dans les fondations mêmes de la societé-monde pacifiste qui se mettait en place avec l’invention de l’ONU.

 

Maintenant que le Canada lui-même vient de reconnaître cette micronation « kosovare » forgée par le terrorisme islamique et la maffia albanaise d’un côté, par les troupiers génocidaires communistes de l’autre, il faut prendre acte qu’une partie non négligeable de l’occident « démocratique », avec l’appui du IVe Reich Onuzi, vient d’entreprendre sa propre autodissolution.

Il suffit de lire tous ces communiqués qui s’ensuivent, nous prévenant gravement que cette reconnaissance ne « constitue en aucun cas un précédent » ! C’est à croire que ces pauvres poires pensent sérieusement que l’histoire se décrète entre deux réunions pour la sauvegarde des rhododendrons des Galapagos. L’histoire avance précisément sur ce type d’accidents catastrophiques que tous ces pathétiques « experts » nomment « précédents », c’est-à-dire par l’action des hommes, et non par les discours d’excuses qu’ils leur arrivent de prononcer devant les charniers conséquents.

Précédent ? avez-vous dit. Je suis sûr que les citoyens de ce monde « sans frontières » vont très vite regretter leur existence face au world-mix immonde qui est en train d’apparaître pour les remplacer.

Il devient donc enfin possible d’envisager une authentique politique du pire qui mettra toutes ces nations coresponsables de leur propre déclin face au fait accompli, à leur tour.

Politique du pire, sans aucun doute, car comment proposer quoi que ce soit de « meilleur » quand le « bien » est désormais une institution policière mondiale, et que c’est peut-être de cette leçon fatale qu’une résurrection sera envisageable, une fois que le monde se sera évaporé, que les mouvements migratoires seront devenus à notre échelle l’équivalent – au moins – des grandes invasionss du début du premier millénaire, une fois que les populations survivantes recommenceront à penser en termes de politique et de souveraineté civilisationnelle, une fois que les rescapés du désastre onuzi reconstruiront le Royaume.

Dans l’attente de ce jour, la colère divine doit frapper. Pour ce faire, nul besoin d’un autre Déluge. L’Homme sera sa propre catastrophe. Pour ce faire, il suffira de lui tendre un vaste miroir, à l’échelle de son narcissisme, de renvoyer leur image cosmétique à tous les utopistes, ces constructeurs de camps de concentration festifs, ainsi qu’aux « experts » spécialistes de la dénationalisation générale.

Cette colère sera donc d’un calme infini, et glacial, elle doit ainsi nous indiquer la voie à suivre pour assurer la désintégration de toutes ces démocraties finissantes, qui n’en finissent pas de finir, en emportant dans leurs décombres ce qui restait encore de sain en ce monde, c’est-à-dire les valeurs chrétiennes et les principes civilisationnels indo-européens.

Alors, puisqu’il en est ainsi, dansons tous ensemble autour de ce monde sans frontières, que la sarabande commence, chantons avec tous les boys-scouts humanitaires la joie de voir les constructions historiques s’autodétruire, faisons la fête avec tous les Kosovars de ce néo-globe micronisé, autour des feux de camp de la dévolution terminale, crions tous ensemble notre joie à l’idée de revenir à l’ère des féodalités locales, à l’époque d’avant la Grèce, Rome, ou Israël, d’avant Sumer, Babylone, Ur, et Ninive.

Que les Serbes de la Republika Srbska de Bosnie décrètent au plus vite leur indépendance suivie ou non d’un rattachement organique avec la Serbie.

Que les Croates de l’Herzeg-Bosna se séparent de la fédération bosniaque et entreprennent la même opération avec Zagreb.

Que les Serbes de Hongrie, les Hongrois de Voïvodine, les Russophones de Moldavie/Transnitrie fassent de même au plus vite à leur tour.

L’Ukraine elle-même pourrait fort bien être divisée en deux entités. Occidentale et catholique, d’influence polonaise d’une part, orientale, russophile et orthodoxe de l’autre, on peut faire confiance aux serviteurs de l’Assemblée Générale de la Fin de l’Homme pour produire les conditions et les discours qui légitimeront la fin du berceau historique de la Russie elle-même.

À ce titre on ne peut que féliciter la grande Fédération eurasienne pour son soutien inconditionnel à la rébellion abkhaze et aux séparatistes ossètes, menaçant d’implosion la jeune république georgienne. Elle participe, à sa façon, au grand jeu de roulette russe mondial qui vise à détruire les civilisations sous leurs propres libertés, et les hommes qui les composent sous leurs propres « droits ».

Aux confins de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabakh serait bien inspiré de suivre la voie ouverte par le Kosovo, sa situation géographique atypique le lui permet, et il n’y a aucune raison de laisser aux Albanais l’opportunité de changer le tracé d’une nation par la loi des utérus, et des Kalachnikovs.

On peut espérer que cette désagrégation du Nord-Caucase aura des répercussions jusqu’en Turquie et qu’un – voire plusieurs Kurdistans : Irakien, Turc, Iranien, Syrien, se mettront à éclore dans cette poudrière pétrolifère.

En retour, les USA pourraient fort bien susciter un beau retour de flammes en Tchétchénie et dans les républiques musulmanes voisines. C’est tellement beau une ville qui brille la nuit. La Russie actuelle est un laboratoire ethnique conçu à marche forcée par les crânes d’œufs du communisme, il ne sera pas très difficile de susciter le « progrès des droits humains » au sein de cet ordre artificiel, comme toutes les constructions historiques au demeurant. Des dizaines de républiques indépendantes sont déjà en gestation à l’Est de l’Oural.

L’Afrique, une fois n’est pas coutume, est pleine d’opportunités inexploitées encore à ce jour. L’histoire spécifique de ce continent, pré-coloniale, coloniale, post-coloniale, nous indique à quels niveaux de complexité les peuples ont été entremêlées au gré de frontières arbitraires. Osons le dire : voici un magnifique terrain d’expériences pour nous, qui nous instituons d’emblée comme l’avant-garde éclairée des Nations Désunies et des droits de l’homme biopolitique matriculé.

Entretemps, on peut espérer que les Corses et les Basques sauront saisir leur chance. Quelques bombes ne suffisent pas, il faut pousser les États français et espagnols à bout de patience, au bout de leurs ressources répressives, jusqu’à ce que la réprobation internationale soit unanime et que les déclarations d’indépendance soient dès lors soutenues par une poignée de crétins instruits et dûment diplômés venus de Californie, de Londres, de Brasilia ou de Yokohama. Il faut prier de toutes nos forces pour que les Écossais fassent de même en amputant le Royaume Uni d’un quart de son territoire. Un Kosovo avec des Châteaux hantés, des landes brumeuses et du whisky pur malt à volonté, vous avouerez que la communauté internationale ne perdra rien au change.

Il faudrait dans le même temps songer à dire aux Protestants d’Ulster qu’après tout, leur indépendance, de l’Irlande catholique, comme de l’Angleterre anglicane, est leur seule voie de salut, vous verrez qu’ils finiront par le comprendre.

 

Aux États-Unis, les revendications territoriales des Sioux sur les États du North ou du South Dakota, tout comme l’hispanisation à marche forcée du Texas, du Nouveau-Mexique et de la Californie doivent conduire à un redécoupage général des frontières intérieures, sous les auspices de l’ONU, et des défenseurs d’icebergs.

En votant pour Boubamack, ou pour Nillary, en novembre prochain, les bobos américains ne se contenteront pas – comme toujours – de faire perdre à leur pays une guerre qui est pliée depuis plus d’un an maintenant, ils produiront les conditions d’une balkanisation interne de l’Irak : Arabes Sunnites contre Chiites, Kurdes contre Turcs et Arabes, mais aussi entre diverses factions – d’obédience iranienne probablement ‑ selon la complexe rivalité intra-islamique, politique et interethnique qui divisera territorialement et sociologiquement le pays, en créant autant de « précédents » au Liban, au Pakistan, et dans toute l’Asie Centrale.

Remercions les bureaucrates de l’ONU et de l’Union Européenne qui, sans s’en douter, viennent de coller le canon du pistolet contre leur propre tempe. Remercions les gauchismes institutionnels et les post-marxismes pro-islamiques, ils conduisent tous ces peuples au désastre, le sourire aux lèvres, cela nous évitera l’effort de le faire nous-mêmes.

Il est bien évidemment impératif que le Canada se voit amputé, pour le moins, du Québec francophone qui, en retour devra céder aux revendications territoriales des « peuples autochtones » pour leur laisser le contrôle de tout le nord de leur province-devenue-nation, espérons, pour l’avancée des droits humains, qu’un jour l’Alberta, devenu plus riche à lui seul que l’État fédéral en son entier, proclame son autodétermination, en même temps que certains territoires arctiques dont le centre de gravité politique se sera déplacé vers le pôle magnétique boréal, une république sibérienne onuproclamée, un État libre d’Alaska, voire un Commonwealth du Groënland.

Nous devrons appuyer sans la moindre hésitation les revendications nationales flamandes et plaider pour la dissolution de la Belgique, à qui l’on se doit de faire connaître au plus vite l’expérience que les petites fiottes de Bruxelles ont conduit sur une des plus anciennes nations chrétiennes d’Europe.

Espérons que les tragiques événements en cours aujourd’hui au Tibet s’étendent au plus vite au Turkestan ouighour qui, vu de plus près, semble pouvoir jouer le rôle d’un magnifique Super-Kosovo asiatique.

Le Hamas doit diriger au plus vite sa République Islamique de Gaza, l’OLP doit régner sur sa Cisjordanie nationale-socialiste. Ils ne tarderont pas à se faire la guerre – comme toutes les organisations maffieuses – pour s’assurer une domination sans partage sur le « peuple palestinien » et on peut espérer, du coup, voir surgir d’autres subdivisions ethniques, politiques ou religieuses qui à chaque fois feront régresser les entités en questions plus rapidement vers le stade tribal, ce néo-néolithique que les Agences de la Mort de l’Homme veulent voir s’étendre sur toute la surface du globe.

Osons être du côté de la Mort. Cette Mort souriante, pacifiée, démocratique est sans doute notre meilleure alliée. Elle est en train de poser les prodromes de la grande guerre civile planétaire durant laquelle tous les comptes en suspens, parfois depuis des siècles, voire des millénaires, seront réglés une bonne fois pour toutes.

Osons être du côté de cette dénationalisation du monde humain, osons pousser sa logique jusqu’au bout, puisque elle-même ne l’ose pas vraiment, ses thuriféraires nous expliquant d’un air embarrassé leurs diverses théories sur les « droits humains » et les « précédents historiques ».

Soutenons sans tarder la moindre revendication territoriale, une République autonome de Paris-treizième ou de Neuilly-sur-Seine, l’indépendance du Plateau Mont-Royal et du quartier d’Outremont, un Émirat pour Marseille, un autre pour la Seine Saint-Denis, soyons parfaitement décomplexés, poussons avec allégresse la civilisation humaine sur la voie de la balkanisation générale, que chaque ville, région, province, état fédéré, canton, bourgade, bref que chaque sous-entité se sépare de sa matrice et se subdivise à son tour, et ainsi de suite, comme dans le magnifique processus de la division cellulaire, jusqu’à son stage oncologique, inextinguible, irrémissible.

Nous voulons, avec l’ONU, l’administration US, le Canada, les pays islamiques et leurs colonies européennes, nous voulons, je le répète, la multiplication des bantoustans ethniques et des micro-états autodécrétés, il est temps que le monde entier comprenne en quoi le XXe siècle n’était rien d’autre qu’une répétition générale, il est temps sans doute que des centaines de millions d’hommes meurent à la chaîne dans ce monde sans frontières, mais saturé de nations-simulacres chargées de faire croire qu’elles existent encore, sans exister vraiment, tel le rêve éveillé d’un électeur de Ségolène Royal.

Oui, il faut prier pour que les grands nombres prennent les commandes, il faut prier pour que Dieu nous accorde jusqu’au bout la liberté d’opter pour l’ignorance, le révisionnisme et l’anarchie liberticide.

On n’est jamais trop démoniaque contre le Diable, il suffit de le laisser faire, voire de lui donner un petit coup de main, tout petit, en lui offrant un sourire au moment où il s’approche de l’abysse dans lequel lui même ira se perdre.

Partout, chaque fois désormais que des revendications de « kosovars » en mal de reconnaissance internationale se feront entendre, nous devrons les appuyer de toutes nos forces, pétitionner, manifester, contre-manifester, voire plus pourquoi pas, il est temps de donner à ce néo-marxisme encore enfantin ses marques de noblesse, sa masse critique et son slogan fédérateur, il est temps de renvoyer aux « démocrates » de tous poils, siégeant à l’Organisation du Néant Universel ou dans un parlement quelconque, leurs propres mots, leurs propres concepts, leur propre vision, il doivent comprendre qu’un nouveau totalitarisme se lève sous leurs auspices et que nous nous offrons de précipiter un peu le mouvement vers la catastrophe. Nous aimerions que ce monde sans frontière vachement sympa assume enfin sa vocation et proclame en toutes lettres, sur chaque t-shirt révolutionnaire-humaniste en vente libre partout à la surface de son globe unifié :

SÉCÉSSIONNISTES DE TOUS LES PAYS, SÉPAREZ-VOUS !

Nul doute que nous trouverons très vite un groupe de rock québecois ou une actrice made-in-France engagés, prêts à devenir au plus vite les « haut-parleurs » des nouvelles formes du progrès et des droits humains.

C’est peut-être ce qui, au fond, sera retenu de notre époque : cette fin de l’homme se déroulera dans une ambiance de Club Méditerranée revisité Rwanda 1994.

Radio Mille Conneries diffusera des airs de Carla Bruni et de Cali, accompagnant la versification érudite de Marion Cotillard ou de Thierry Meyssan.

Je crois que nous l’aurons bien mérité.

Maurice G. Dantec

« La Haye du déshonneur »

Montréal, le 13 mars 2006
 

MORT D'UN COMMIE FOSSOYEUR

 

Il sera difficile de verser la moindre larme sur la dépouille de l'homme qui vient de mourir à La Haye. Sorte de Ceaucescu balkanique, il avait hérité du communisme les mêmes tares que celles qui allaient conduire son compère de Transsylvanie et sa femme face à quelques fusils d'assaut peu enclins à la clémence. Comme ce dernier, il était la marionnette d'une sorcière marxiste-léniniste qui s'octroyait des diplômes universitaires et prétendait jouer la Messaline rouge du petit Empire yougoslave.

 

Gribouille malfaisant tout droit sorti d'une crasseuse traduction de 1984, alors que le dégel post-soviétique éjectait les « démocraties populaires » dans les poubelles de ce qu'elles avaient sans rire dénommé « histoire », ce sinistre crétin voulut préserver son pouvoir sans finir comme le cordonnier roumain, il propagea donc une « guerre ethnique » entre des peuples qui parlaient la même langue et partageaient la même origine !

 

Il fut une époque où des idiots utiles occidentaux, petits cocos aigris et post-fachos paumés, tentèrent de faire croire que les milices d'Arkan, de Seselj, de Karadjic et consorts se battaient pour le « Christianisme » contre l'invasion islamiste représentée par le gouvernement de Sarajevo.

 

J'ai vu beaucoup d'églises détruites à Vukovar, ou en Croatie du sud, mais aucune mosquée, c'est étrange, non ? J'espère qu'un jour de brillants géopoliticiens, comme le général Gallois par exemple (lui qui a su repérer des derricks et des puits de pétrole en Bosnie !), sauront nous expliquer par quel « miracle » on défend le Christianisme en exterminant un des plus anciens peuples catholiques d'Europe. Les Orthodoxes les plus pieux ne se sont d'ailleurs pas laissés prendre dans ce piège pour étudiants attardés, ils savaient qu'il n'est guère difficile de remplacer vite fait les étoiles et les drapeaux rouges par quelques étendards ou insignes datant de l'époque glorieuse où les Serbes se battirent à la fois contre le nazisme et contre le communisme. Il suffisait de fouiller un peu dans les greniers.

 

Il sera donc difficile de verser une larme sur le commanditaire du génocide de Bosnie-Herzégovine qui fut avant tout le fossoyeur de son propre peuple, malheureusement condamné pour très longtemps à traîner le poids du massacre, alors même que le paradigme général s'est inversé, que la troisième guerre mondiale (Occident/Orient communiste) a été remplacé par la quatrième : Occident contre Orient islamique.

 

Pas une larme, non. Nos yeux sont secs pour ce type de meurtriers de masse mus par la bêtise idéologique et leur micro-volonté de puissance, qui consiste à s'accrocher à leurs minables trônes de despotes régionaux.

 

Mais ce n'est pas parce que sa mort nous laisse de glace que pour autant nous ferons se perpétuer la comédie tragique, absurde, et disons-le clairement : criminelle, qui a pour nom le Tribunal Pénal International de La Haye.

 

Ce n'est pas, en effet, parce que des juges évaluent et condamnent les actes de criminels de guerre yougoslaves qu'ils sont pour autant exemptés automatiquement du même délit.

 

Ce n'était pas, pour commencer, à un Tribunal siégeant dans le pays même auquel appartenait le honteux « cordon sanitaire » des enclaves de Bosnie orientale qu'il appartenait de se poser en juge de cette cause. Ce n'était pas à l'Europe des pleutres et des bureaucrates onuzis, Mitterrand, Chirac, et toute la racaille politicienne de Bruxelles, d'oser nous jouer ce sinistre film humanitaire, qui est à Nüremberg ce qu'un sketch de Dieudonné est à l'humour noir.

 

Ce Tribunal est non seulement une clownerie, et en ce sens d'une criminelle vulgarité, mais il convient désormais d'ajouter que les pires suspicions pèsent sur lui, et qu'un Tribunal du Tribunal doit sans attendre être mis en place, avec un procureur indépendant, et que les juges, et surtout le personnel politique qui les ont mis en place, doivent au plus vite être jugés, sans plus de compassion que ceux dont ils se sont abusivement décrétés les inquisiteurs.

 

TRIBUNAL VÉNAL ZÉRONATIONAL

 

Ce Tribunal est désormais au dessous de tout soupçon. Il m'a suffi de voir la pathétique conférence de presse de Carla Del Ponte pour ôter de moi le dernier doute possible.

 

Le communiqué d'Associated Press que j'ai reçu ce matin et dont je vous livre la teneur est on ne peut plus clair, et concurrence aisément en la matière le mauvais péroxyde dont cette « procureure » doit se servir pour sa tignasse télégénique. Ajoutons que rien ne peut plus nous étonner de la part de cette « Europe », incapable de se constituer, de projeter une vision pour son futur, d'assumer un héritage et une destinée commune pour 450 millions de pauvres hères dont on détruit les nations, pour les remplacer par une « Commission », et une République des Juges, dans l'attente de son adhésion à la Conférence des Pays Islamiques.

LA HAYE, Pays-Bas (AP) – Un toxicologue néerlandais a confirmé lundi avoir découvert des traces d'un médicament non prescrit dans un échantillon de sang pris sur l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic au début de l'année.

Donald Uges a précisé qu'il avait demandé à contrôler cet échantillon alors que la pression sanguine n'a pas réagi aux médicaments prescrits par les médecins du centre de détention des Nations Unies près de La Haye où il était incarcéré durant son procès pour crimes de guerre.

Uges a déclaré avoir trouvé des traces de "rifampicine", un médicament qui "provoque une hyperactivité du foie. Si on prend autre chose avec (un autre médicament), ce médicament réagit très rapidement", a-t-il dit à l'Associated Press.

Quant au comique troupier, il faut bien le souligner, avec lequel une petite gourde est venue nous annoncer les conclusions « préliminaires » de l'autopsie officielle, nous n'en ferons état que pour souligner le fait que le coup de l'infarctus du myocarde, doublé d'un prétendu médicament « pris en secret » – Ah ! Ah ! Ah !, dans une des prisons les plus sécuritaires du monde – nous rappelle la meilleure blague du XXe siècle, je parle de celle de ce tireur d'élite émérite qui put abattre – de trois directions différentes ! – un Président des États-Unis avec une pétoire dont on n'aurait pas voulu pour un stand de fête foraine, ou une tentative d'assassinat de Jacques Chirac en plein 14 juillet.

 

Ce Tribunal est donc bien l'arme « judiciaire » dont Zéropa-Land entend se servir contre tous ceux qui, sur le continent qu'elle entend « dé-constituer », voudront continuer à s'attacher à leurs cultures spécifiques, à leurs différences irréductibles, et plus encore, essaieront d'une manière ou d'une autre de s'attaquer à la prolifération des métastases islamiques dans l'organisme historique qui, un jour, aurait pu s'appeler Europe.

 

Ce Tribunal est donc bien avant tout une association de malfaiteurs. Et en ce sens il est digne de ceux qui l'ont mis en place.

 

Non seulement il n'a jamais eu de véritable légitimité autre que celle que son mentor onuzi lui a accordée, à savoir que les criminels de guerre serbes auraient dus être jugés en Serbie, comme les nazis le furent en Allemagne, et Saddam Hussein l'est aujourd'hui en Irak, et certainement pas – je le répète – dans le tabernacle de la couardise zéropéenne, ce pays dont les soldats laissèrent s'accomplir sous leurs yeux, précisément, les crimes qu'il se permet de juger. En cela, La Haye semble être une synthèse accomplie de Berlin et de Paris.

 

Après avoir, durant quatre ans, tout fait pour que Milosevic et ses sbires ne subissent aucune réelle sanction internationale alors que les crimes de guerre s'étalaient chaque jour sur nos écrans de télévision, nous voyons maintenant la racaille des Commissaires et des députasses de tous bords venir donner des leçons de démocratie au peuple serbe qui s'est débarrassé tout seul de la vermine rouge qui l'empoisonnait depuis trop longtemps.

 

TOUS : Mitterrand (et ses complices toujours « vivants »), Chirac, Le Pen, Marie-Georges Buffet, TOUS ont apporté leur appui inconditionnel aux assassins communistes. Tous, aujourd'hui, versent des larmes de crocodiles sur les victimes de Srebrenica et clouent au pilori ceux qui ont effectué leur révolution anti-totalitaire sous l'oeil indifférent des « démocraties » donneuses de leçon.

 

Tout cela était déjà assez grave sans qu'il eût été besoin d'ajouter à la complicité objective de crimes contre l'humanité le meurtre prémédité à l'encontre d'un accusé qui aurait pu devenir très vite un témoin gênant.

 

Il faut, je crois, dire son fait au « Prince » de ce monde, qui n'est rien d'autre qu'un bureaucrate bruxellois :

 

Nous savons que tu as éliminé Babic, chef des Serbes de Croatie, car il en savait déjà beaucoup trop sur l'implication directe des services secrets français auprès de ses forces paramilitaires et ce, dès le début de la guerre, en 1991.

 

Désormais nous savons que tu t'es débarrassé de ton ancien fossoyeur-en-chef, car, plus encore que son compère des Krajinas, le Président serbe aurait pu évoquer avec moult détails l'appui prononcé qu'il avait reçu de Mitterrand, de Le Pen, de Chirac et d'à peu près tous les hommes politiques français comme des technocrates anonymes de ton oligopole de fonctionnaires.

 

Nous pouvons donc porter l'accusation suivante :

 

NOUS, PEUPLES LIBRES D'EUROPE,

 

– accusons le Tribunal Pénal International d'être une structure illégale et criminelle dont les magistrats doivent être poursuivis pour complicité de crimes de guerre ET pour assassinat de prévenus,

 

– accusons les services de sécurité français en premier lieu, mais probablement néerlandais aussi, d'être à la tête d'une machination visant à éliminer tous les témoins clés pouvant accréditer la thèse d'une complicité objective de l'État français, et de l'Europe Unie, avec le pouvoir serbo-communiste, lors de la « Guerre des Balkans »,

 

– accusons subséquemment les susnommés Mitterrand, Chirac, Le Pen, Buffet, et d'autres qui viendront très vite compléter la liste, de complicité objective avec les crimes jugés à la Haye,

 

– accusons de surcroît, l'ensemble de la haute administration publique française de co-organiser les assassinats dont ce « tribunal » est devenu le bras armé juridique,

 

– accusons la procureure Carla Del Ponte de ne pas savoir se coiffer et d'être la responsable opérationnelle chargée de camoufler au mieux les malversations diverses dudit Tribunal,

 

– enfin, nous accusons TOUS les députés européens qui continuent de participer à cette mascarade d'être, eux aussi, des malfaiteurs associés à ces meurtres.

 

En conséquence de quoi, soit les autorités en place prennent les dispositions qui s'imposent, soit ce sont les PEUPLES SOUVERAINS d'Europe, et les citoyens qui les constituent qui devront, au plus vite, s'en charger.

 

Il semblerait que cela fait un peu trop longtemps que des têtes n'ont pas été plantées au bout des piques.

 

Il semblerait que je suis loin d'être le seul à partager cette impatience.

Maurice G. Dantec

« La Chose venue de notre monde »

Montréal, Amérique du Nord, 24 février 2006
 

LE TRAIN

 

Société Néonationale des Civilités Ferroviaires

 

Comme le fait remarquer mon distingué collègue, processeur de liposophie, Pierre Marcelle, pour le fabriquant de papier-toilettes Libération : « on ne dira pas qu'il ne s'est rien passé dans le train express 17430 reliant Nice à Lyon à l'aube de l'an neuf ». Admirons d'emblée la fluidité jésuitique et l'exquise coprolalie du style inénarrable de cet ami, professionnel de la communication d'État.

 

Non, en effet, il ne s'agit surtout pas de nier l'évidence, mon estimé confrère sait fort bien que l'éthique journalistique qui nous anime, avec Arnaud Viviant, Jules Joffrin, Mona Chollet ou Aude Lancelin, se situe bien largement au-dessus de ce type de pratiques qui jettent l'opprobre sur toute notre corporation, le mot n'est pas trop faible.

 

On ne dira donc pas qu'il ne s'est rien passé, mais notre honnêteté de pigistes professionnels de la profession nous oblige tout de même à remettre les choses à leur place :

 

D'accord, quelques voyageurs de première classe d'un TGV, revenant de leurs luxueuses résidences du sud balnéaire, ont été quelque peu chahutés par de jeunes Français qui revenaient eux aussi de leurs vacances et n'avaient probablement pas trouvé de places assises dans le compartiment fumeur.

 

Qu'il y ait eu – bon, comme on dit – quelques attouchements sexuels, voyons, soyons sérieux une minute, comment pourrait-on juger avec la sévérité d'un vieux juge réactionnaire, voire catholique ! ce qui n'est après tout que la saine floraison des émois de la jeunesse ?

 

Que de vieilles personnes aient été, dit-on, molestées par quelques-uns de ces jeunes Français, voyons, sans doute ces antiquités geignardes s'étaient-elles plaintes d'un walkman au volume poussé trop fort, ou de quelque blague licencieuse que nous avons tous – AH ! AH ! AH ! – expérimentée au moins une fois dans notre jeunesse.

 

Il faut donc raison garder. Tous ceux qui ont osé parler d'une « attaque de train » dans cette affaire du TGV du 1er janvier auront décidément trop vu de westerns impérialistes américains, et pas assez lu la Vie du Rail.

 

Comment pourrait-on, je vous le demande un peu, attaquer un TGV ? Ce fleuron de notre industrie ferroviaire !

 

C'est non seulement impossible, mais tout syndicaliste de la CGT vous le confirmera, le seul moyen d'arrêter un TGV c'est de prononcer un mot d'ordre de grève.

 

On ne dira donc pas qu'il ne s'est rien passé. Évidemment non.

 

Une tentative malheureuse de saine compréhension intergénérationnelle, la volonté du vivransambleuh mal interprétée par de vulgaires voyageurs de commerce aigris et racistes, comme dans les bandes-dessinées de Cabu, voilà tout ce qu'il faut retenir de cette expérience.

 

Bien. On nous dit maintenant que les jeunes Français parlaient à l'aller de « faire un carnage ». Sans compter que nos pauvres analystes, qui n'ont même pas lu un seul ouvrage de Jean-Paul Sartre, sont incapables de décrypter la profondeur métaphorique du langage suburbain déployé, n'est-ce pas, par ces jeunes Français, il convient en plus de signaler qu'ils sont incapables de faire la différence entre l'expression totalement justifiée de la révolte contre les inégalités sociâhâleuh et, par exemple, ce qui relèverait d'actes de barbarie commis dans la gratuité et le sadisme le plus total.

 

Ne nous égarons pas. « Nous ne dirons pas qu'il ne s'est rien passé » non plus dans l'affaire que nous allons évoquer maintenant, mais encore une fois, le mélange de paranoïa fascisante, d'islamophobie rampante, de phantasmes sécuritaires doublés de l'incapacité chronique du français moyen de comprendre l'ôtreuh-essé-diffairanses, concept que ce pauvre Derrida n'a pas eu le temps de mener à son terme, aura une fois de plus conduit à ce qu'un simple fait divers, somme toute ordinaire, devienne tout de go une véritable affaire d'État.

 

Si j'osais, je dirais bien que l'ombre de la CIA, de l'Opus Dei et de la haute Banque Juive me semble à l'oeuvre derrière cette odieuse manipulation des faits, c'est d'ailleurs ce qu'affirment, preuves en mains (le Protocole des Sages de Sion, par exemple), nombre de penseurs de la Nouvelle Droite, comme Le fronhon-Nâtionâleuh, qui ne veulent pas de Turcs en Europe, mais acceptent très bien l'idée que des Arabes fanatiques prennent possession de la Terre d'Israël. Il faut en tout cas féliciter cette « extrême-droite » d'être encore plus mononeuronale que ses collègues de l'extrême-gauche, la lecture de notre éminent quotidien n'aura pas été sans conséquence, je crois, sur cette stupéfiante convergence de la haute pensée politique nationale, mais quoi qu'il en soit, n'ayez crainte, je dois tout de même, y compris pour mes piges à Libération, conserver la froide déontologie de l'objectivité journalistique.

 

J'espère néanmoins que le Mouvement contre le Réel et pour l'Abolition du Politique a su se saisir du dossier. On peut compter sur Mouloud Aounit pour que les choses ne restent pas impunément en l'état.

 

L'APPARTEMENT

 

Méditations sur trois semaines de convivialité inter-ethnique

Il faut rendre grâce, une fois encore, à la lucidité presque paranormale de mes collègues de Libération qui, dans l'en-tête de leur premier article sur l'affaire dont nous allons parler, ont su poser d'emblée la question essentielle : « comment un jeune homme gentil et timide a-t-il pu ainsi devenir un « barbare » ?

Que l'on ne se méprenne pas sur le sens des mots. Nous ne sommes pas de ceux qui nous indignons à chaque vulgaire fait divers, ou même à chaque problème-de-société, en hurlant, comme certains écrivains extrémistes, à la « barbarie », à la « bestialité », à la « sauvagerie » pour quelque bizutage banlieusard ayant légèrement dérapé.

 

Le mot « barbare », usité par mon éminent collègue, faisait référence, là encore, à ce néo-langage-de-la-rue – « the Barbarians » n'implique aucune fascination pour la « barbarie », allons donc ! – par lequel les jeunes Français en situation d'échec scolaire, et de réussite sociale dans le trafic de drogue, font entendre leur drohâ-allah-différanse, que refusent de leur accorder les ouvriers du bâtiment, les vrais chômeurs et les conducteurs de camions racistes, fascistes et réactionnaires, qui ont le toupet, en plus, d'être nés en France, et pire encore, d'être parfois descendants de familles présentes sur le sol national depuis plus de deux générations ! Ils devraient avoir honte, franchement. Ne se sont-ils pas rendus complices, ce faisant, des crimes odieux du colonialisme qui, heureusement, notre Ayatollah en chef va s'en charger très rapidement, sous l'oeil scrupuleux de la Ligue Arabe, sera retiré de notre héritage historique et constitutionnel, non mais des fois ?

Il faut rendre grâce à mon collègue bourmaliste, je le disais, car, encore une fois, l'hystérie collective menace, nous allons voir comment et pourquoi.

Soyons clairs : encore une fois nous ne dirons pas qu'il ne s'est rien passé, dans cet appartement de Bagneux, durant 23 jours d'affilée.

 

Bien sûr que non, pour qui nous prenez-vous ? Nous sommes des professionnels tout de même. Aux ordres, certes, mais pros jusqu'au bout.

Il ne s'est donc pas rien passé, ou disons qu'il s'est effectivement passé quelque chose.

Bon. Mais quoi ?

De jeunes Français, de toutes origines, ont décidé de faire une farce à un garçon juif qui avait le mauvais goût de travailler. Et de travailler, en plus, rien ne les arrête ces juifs, pour une compagnie de téléphonie mobile ! Autant dire pour une branche du capital multinational impérialiste. Je ne sais pas si vous vous rendez compte.

Bien, que la blague ait mal tournée, qui ne pourrait en convenir ? Mais de là à parler de TORTURES ! Alors que la victime n'a même pas été obligée de grimper sur un tabouret comme dans l'horrible prison fasciste-impérialiste-américaine d'Abou-Grahib !

 

Certes, ils ont légèrement abusé de la patience des parents de la victime en faisant entendre quelques borborygmes émis par leur fils, juif je le rappelle. On me dit même qu'ils auraient demandé une rançon de 450 000 euros et qu'ils auraient lu de nombreux passages du Coran au téléphone à sa mère, entre deux vagues de mots un peu vifs exprimés par Youssuf qui ne faisait, après tout, qu'extérioriser le malaise de la jeunesse française souffrant de la discrimination quotidienne. D'abord qu'y a-t-il de mal à parler un peu fort au téléphone à une dame qui, après tout, pouvait fort bien être un peu dure d'oreille ? De plus, hein ? – s'il s'était agi de la lecture du Bottin Téléphonique, je me demande si on ferait tout ce foin pour si peu. Je sens poindre ici des relents islamophobes qui ne sont pas sans rappeler les heures peu glorieuses de notre nation qui, ne l'oublions pas, collabore ouvertement, et ce depuis plus d'un siècle, avec l'odieuse firme impérialiste-américaine Coca-Cola !

 

Certains, la paranoïa réactionnaire ne connaît plus de limite, parleraient de liens avec des groupes islamistes ! Très franchement, que ferait un groupe salafiste de 450 000 euros ! On se le demande vraiment. Surtout quand on connaît le montant des subventions qui leur sont accordées par notre grand Ayatollah en chef et ses petits Mollahs de service.

Et cela semble continuer de plus belle, décidément, rien n'arrête les conspirateurs-fascistes-réactionnaires quand il s'agit d'exagérer sciemment une situation qui tient bien plus du drame social que d'un épisode de Navarro.

 

Par exemple, on nous dit maintenant que durant les 23 jours de la blague un peu poussée de Youssuf et de ses amis, Ilan n'aurait pu se nourrir qu'à l'aide d'une paille parce que l'adhésif qui lui recouvrait le visage ne lui fut jamais enlevé.

D'abord, boire dans une paille, même de la purée, n'a jamais fait de mal à personne, demandez donc aux vieillards des hospices.

 

Et pour le reste, soyons clairs, d'accord, un adhésif, ça colle un peu, mais si on y prend un peu garde, au moment du retrait, on peut assez aisément ne pas s'arracher trop de poils à la fois, c'est très bon pour la peau, et largement plus efficace que des bandes épilatoires, il faudrait tout de même ne pas chercher à abuser de notre candeur.

 

Ensuite, viennent les détails scatologiques dont la presse antidémocratique aime à se délecter : Ainsi, durant trois semaines, Youssuf et ses amis français auraient interdit à ce jeune juif d'aller aux toilettes tout en restant debout, et nu. Pas un mot, je répète : pas un mot sur le calvaire qui aura constitué à nettoyer régulièrement les excréments relâchés sans le moindre savoir-vivre par ce téléphoniste hébreu, je me demande ce que fait Tariq Ramadan : ne s'agit-il pas, encore une fois, de la preuve consistante, si je puis dire, du mépris de l'Occident tout entier pour ces jeunes Français, tout juste considérés comme des domestiques à son service ?

 

C'est comme l'acide que, nous dit-on, Youssuf et ses amis français ont allègrement distribué à Ilan.

De l'acide !

Constatez de vous-même le vice qui préside à la pensée fasciste anti-républicaine islamophobe : Ilan s'est pris de l'acide ?!

Et alors ? Nous aussi, au Larzac, au festival-off d'Avignon, aux concerts de Vincent Delerm ou à la dernière rave de Carla Bruni, voire dans notre salle de bains les jours de fête, nous en prenons de l'acide, contre toutes les lois fascistes-réactionnaires de la société de consommation capitaliste ! Que Youssuf et ses nombreux amis français aient tenté de décoincer un peu ce pauvre juif, qui travaillait, je ne le répèterais jamais assez, pour le Grand Kapital de la téléphonie mobile, comment pourrait-on, je vous le demande un peu, leur en vouloir ?

Vient ensuite le « clou du spectacle » de la réaction-raciste-xénophobe-qui-ne-lit-pas-Libé :

Youssuf et ses amis français auraient, semble-t-il, pour finir, aspergé Ilan, ce téléphoniste juif quasi-intégriste, d'un produit hautement inflammable.

 

Certes, il convient de le reconnaître, ce type de pratiques peut s'avérer dangereuses si l'on ne prend pas toutes les mesures de sécurité adéquates. Un casque de chantier, au moins, aurait probablement été nécessaire.

 

Nul ne sait trop comment mais, selon toute vraisemblance, le manque de collaboration et l'esprit sectaire du téléphoniste juif aura provoqué l'inévitable et d'ailleurs, très franchement, j'ose me le demander, si cela était si grave que cela, pourquoi ce spécialiste du téléphone n'a-t-il pas trouver le moyen d'appeler les pompiers, ou à tout le moins un service d'urgence, comme l'Abbé Pierre, par exemple ? On décèle ici comme une contradiction troublante que notre quotidien antiraciste ne pouvait s'empêcher de mettre en lumière, pour le bien de l'enquête.

 

On comprend en effet mieux pourquoi, après son arrestation en Côte d'Ivoire où il s'était réfugié, Youssuf Fofana ait pu être avant tout « abattu sur son propre sort et la perspective de passer des années en prison ».

 

Je vous disais bien qu'il ne s'agissait au fond que d'un bizutage qui a mal tourné, et sans doute à cause du manque d'esprit de coopération de ce jeune agent de la téléphonie mondiale, juif je le rappelle, qui a probablement, simple exemple, mal accepté d'être tenu attaché, nu, le visage masqué, face à de jeunes Français, prouvant à quel point il les tenait en haute estime !

Puis, à partir de cet odieux montage islamophobe, plus grave encore, on ose désormais parler d'un crime RACISTE !

 

Alors, là ! La victime a-t-elle été traitée de « sale nègre » ou de « mal blanchi », que nenni, de « bougnoule », de « raton », voire même de « salaud de chinetoque », même pas ! On le saurait, tout de même. Dieudonné en aurait parlé !

 

Alors, à bout d'arguments, on vient ensuite nous jeter au visage le mot « antisémitisme ».

On voit à quel point on frôle le délire maniaque. Voyons, il arrive tout de même très fréquemment à des gens, surtout juifs, d'être juifs ! On perçoit tout de suite la volonté manifeste de manipuler les statistiques pour jeter l'opprobre sur de jeunes Français, timides et gentils, comme ce pauvre Youssuf Fofana, victime de la discrimination, de l'inégalité socialeuh, et de l'impérialisme sioniste/américain, sans parler du colonialisme français d'il y a un siècle.

 

Bon, certains me font valoir des arguments de sainte-nitouche comme le fait que la victime, juive je le rappelle (aurait-elle eu quelque chose à se reprocher ?), portait une centaine de marques de cigarettes sur toute la surface du corps, brûlé de fait au troisième degré, dont les parties génitales. On saisit encore ici l'ignorance crasse du salaud de bourgeois de droite face à la vie intenable que les possesseurs de BMW au chômage doivent assumer chaque jour dans « les quartiers ».

 

Il faut voir les choses en face : si cela s'est produit ainsi c'est bien à cause de la MISÈREUH. Ces pauvres gens, imaginez un peu, n'avaient même pas de quoi s'acheter un cendrier.

 

On apprend maintenant que c'est toute une « cité », encore une fois désignée à la vindicte populiste, qui est placée sous le projecteur de la police et des médias. Est-ce vraiment un surplus de répression aveugle qui ramènera la joie de vivre et le calme républicain dans un quartier déjà traumatisé par la brutale arrestation de 14 jeunes Français ?

 

On s'avise d'arrêter des concierges, des voisins, des parents, des proches, sous le fallacieux prétexte qu'ils n'auraient pas alerté la police des faits qui se produisaient dans l'appartement en question.

 

Maizenfin, c'est à peine croyable, comme dirait mon distingué ami et styliste hors-pair Arnaud Viviant, si les voisins n'ont pas alerté la police c'est bien la preuve qu'ils n'ont rien entendu de suspect en provenance de cet appartement. Il n'y a donc eu ni tortures ni actes de barbarie, ou alors on ose franchir la ligne jaune du délit de faciès, je l'affirme, de la xénophobie et de la haine de classe, en déniant le droit à tous ces jeunes Français d'avoir le moindre sens civique. CQFD. Tous ceux qui, selon moi, tiendraient un discours contraire devraient être sur le champ poursuivis par M. Mouloud Aounit et son Mouvement contre le Réel et pour l'Abolition du Politique.

 

La lutte contre le racisme ne peut s'offrir le luxe de la moindre pause.

Soyons vigilants. Lucides. En éveil.

 

LE TROU

 

Armez-vous les uns les autres

 

Cela m'était déjà arrivé l'an dernier. Seigneur, je croyais le mal éradiqué, mais il me semble qu'une rechute menace.

 

À peu près à la même époque, vers mars 2004, j'étais parvenu à mettre en place un système de veille et d'alerte contre la propagande sionisto-impérialisto-catholique qui tentait de nous faire croire que les islamistes, après leurs actions de libération conduites en Espagne, auraient, je n'ose l'écrire de peur de m'étrangler de rire, « déclaré la guerre à l'Occident. ».

 

Comme si, déjà, le mot « Occident » relevait le moindre sens, puisque, comme l'a si bien dit notre Ayatollah en chef : la France et l'Europe partagent avec la Turquie un héritage musulman.

Comment donc, dites-moi z'un-peu, des musulmans pourraient-ils donc nous déclarer la guerre ? Et surtout, au nom de quelles valeurs, hein, je vous le demande ?

 

J'avais donc tenté de poursuivre l'oeuvre entreprise par certains grands penseurs de la modernité dont certains ne sont plus de ce monde, malheureusement, comme le regretté Derrida, et d'autres, comme Michel Onfray, ne l'ont jamais été.

 

Pourtant, quelque chose avait sombrement résisté. La propagande américano-fasciste de l'Histoire Non Révisée continuait de provoquer ses ravages, ce qui fait que de mon cri de ralliement joyeux pour la paix entre les peuples et les chameliers – j'avais écrit : Tout Va Bien, et l'avait répété à qui voulait l'entendre, c'était mon action humanitaire à moi, ma façon de venir en aide à mon prochain, ma méthode Coué à l'usage des nations – hé bien, oui, de ce cri de gorge digne d'un émeutier du Café de Flore, je ne sais comment, un doute terrible vint faire se rompre les mots dans mon larynx et, je m'en souviens encore, je n'avais pu faire autrement que d'émettre ce doute à l'attention de mes lecteurs.

 

Après tout, si l'on suivait à la lettre les règles déontologiques de l'objectivité scientifique, il restait une chance, très maigre certes, mais il restait une chance pour que les événements relatés en dehors du plan-cadre du Conseil de Révision Historique – chargé en premier lieu de réécrire l'histoire de notre aventure outremer, pleine de fascisme et d'injustices, mais alors pleine, pleine, pleine – que ces événements, disais-je, puissent avoir droit de cité dans une solide et saine discussion dialectique. Après tout, rien ne nous prouvait vraiment que les razzias arabo-islamiques qui s'étaient abattues sur l'Afrique noire depuis le Xe siècle n'avaient pas existé et qu'elles n'avaient point en fait accompli deux ou trois fois plus de déportations forcées que les négriers venus d'Europe, auprès desquels les Arabes furent par ailleurs parmi les premiers marchants d'esclaves officiels.

 

Alors si ce doute m'a un jour traversé l'esprit, et d'une façon si brutale – j'ai osé traversé la membrane du tabou pour me demander ouvertement si une notion comme le « racisme anti-blanc » pouvait revêtir quelque sens – comment vais-je faire, maintenant que j'ai la tête de ce cancrelat psychopathe nommé Fofana affichée en permanence sur mon écran d'ordinateur ?

 

Oui. C'est étrange, je regarde sa tronche de pauvre étron né d'une pissotière et d'un égout et je ne ressens rien d'autre qu'une indifférence clinique.

 

Je lis comme à livre ouvert dans cette face de crétin « gentil et timide », j'y perçois l'éclair alternatif de deux neurones fonctionnant, éventuellement, en alternance, j'y vois le néant absolu, la bêtise à l'état le plus plat, j'y vois une méchanceté assez moyenne tout compte fait, j'y vois l'insondable médiocrité de ce qui ne mérite plus le nom d'homme, et encore moins celui d'animal, pas même « sauvage ». Car, désormais, c'est une CHOSE. Et encore, c'est à peine une CHOSE, car si l'on y regarde de plus près, cette CHOSE n'est lisible qu'en creux, elle est une paradoxale « masse de vide absolu ». Pour faire court, cette CHOSE, en fait, ce n'est rien d'autre qu'un TROU.

 

Une CHOSE-TROU vaguement animée et dotée on ne sait comment d'un visage humain, mais elle n'est que CHOSE, absolue, absolument, réification suprême, chosification d'un vulgaire humanoïde post-urbain en une sorte de robot-Moulinex capable d'énumérer peut-être deux cent mots, deux fois moins qu'un chimpanzé Bonobo.

 

En cela, je le sens, oui, il est vraiment le « BRAIN OF BARBARIANS », le « cerveau des nullards », le cortex monocellulaire des 14, ou des 50, ou des 300 complices de ce « kidnapping » non-non-non pas du tout antisémite, pas du tout du tout du tout, je vous l'ai expliqué, je crois, au début.

 

Youssuf le merdaillon, Youssuf le petit sadique de clapiers à rongeurs, Youssuf-la CHOSE venue de cet inframonde-ci, Youssuf doit désormais crever de peur, à l'idée du châtiment qui s'en vient.

 

Mais tu es un gars chanceux, Youssuf-LA CHOSE, Youssuf-LE TROU.

 

Tu ne vis pas au Texas, ou un autre de ces pays civilisés où tu saurais déjà que les 15 ou 20 ans qu'il te reste à « vivre » se dérouleraient dans un couloir de la mort, avec la chaise électrique ou l'injection létale déjà prêtes pour ton dernier matin.

 

Tu as la chance d'être un jeune français, Youssuf-LA CHOSE-TROU, enfin jusqu'à ce que ladite « chance » se mette un beau jour à tourner, furieusement, comme tout un cyclone.

 

Oui, je sens que le barrage lâche, quelque chose a craqué dans la structure de maintien qui faisait de moi jusqu'ici un parfait apprenti pigiste pour Libération ou un « blog » du Oueb.

 

C'est peut-être à cet instant que la peur peut se retourner, plus vite encore que la haine. La peur est un langage, le langage du contrôle, et donc le contrôle du langage. La haine aussi est un langage, elle est le langage de l'anéantissement, et donc l'anéantissement du langage. Anéantissement. Contrôle. C'est le résumé le plus simple de notre futur, c'est la synthèse pratique de la guerre que nous aurons à mener aux CHOSES, surtout celles qui se targuent de penser, ou de « parler ».

 

Hors de portée de la flicaille Sarkozyenne, comme des troupes de madame le Général Alliot-Marie, de l'armée gouvernementale ivoirienne comme de leurs forces de sécurité, Youssuf la CHOSE fut durant quelques jours un homme libre.

 

Or la liberté est le pire état que puisse connaître un ESCLAVE. Il ne sait absolument pas quoi en faire. Il devient repérable, détectable, il se sent de plus en plus fort, impuni, au-dessus des lois, il commence à faire n'importe quoi, il perd ses rares alliés, il se retrouve de plus en plus seul, soumis au plus simple retour des choses, en premier lieu à la TRAHISON et à la COUARDISE, sans même s'en rendre compte, c'est un régal à observer, car c'est à ce moment-là, généralement, qu'il faut frapper. Et cette pauvre CHOSE n'a pas dérogé à la règle de son crétinisme ontologique.

 

Alors je crois maintenant qu'il vaut mieux pour moi de refermer le dossier, nous verrons maintenant comment la République finissante va oser le traiter. Nous verrons comment la dernière génération du Peuple Français va réagir. Nous verrons si cette nation en mérite encore le titre.

 

C'est sans doute lors de ses derniers moments que la République se remémore les instants de sa jeunesse, les instants de sa Genèse, si terrible. C'est pourquoi je sens en moi un étrange tremblement, quelque chose veut être dit, veut être chanté – précisément, quelque chose qui avait été hué par des milliers de jeunes Français lors d'un fameux match de football. Pourquoi cela surgit-il maintenant ? Annoncerait-ce, par hasard, l'imminence de quelque chose, la venue d'une onde sismique à nulle autre pareille ?

 

AUX ARMES, CITOYENS

FORMEZ VOS BATAILLONS

QU'UN SANG IMPUR

ABREUVE NOS SILLONS.

Maurice G. Dantec

« Les cent millions de morts du communisme sont des cons »

Montréal, le 25 janvier 2006
 

– Certains coupables sont très utiles : ils nous permettent l'édification des masses.

– Certaines victimes sont inutiles : elles empêchent l'avancée de la socialisation démocratique.

(paragraphe 1 du Catéchisme de la Bonne Démocratie Universelle)

 

Un document condamnant "les crimes commis par les régimes communistes totalitaires" a été rejeté mercredi soir par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Telle est la teneur de la dépêche AFP que j'ai reçue ce matin. Il y a des matins qui valent leur pesant d'armes de destruction massive !

Cela continuait ainsi : Le projet de recommandation présenté aux parlementaires au terme de trois heures de débat, n'a pas atteint la majorité requise des deux-tiers pour être adopté. Le document réclamait notamment "une déclaration officielle en faveur de la condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires" ainsi que l'organisation d'une conférence internationale sur ces crimes.

On pouvait se dire jusque là qu'il devait s'agir d'un malentendu. Voyons, c'était impossible, pensez donc : cette Super-Europe démocratique dont la Constitution turcopéenne est en cours de réécriture, cette Reine des droizumains, cette Impératrice des libertés de la femme et du louveteau sauvage, elle si prompte à dénoncer, partout dans le monde, les odieuses résurgences du Fâ-âscisme, comme l'horrible Naméricain Georges Bush qui ne fait rien qu'a nembêter nos chers amis Zarabes, non, cela devait être une erreur, voyons, toute cette magnifique Europe des Droits de l'Homme n'avait-elle pas chanté à l'unisson avec le peuple allemand lors de la Chute du Mur de Berlin ?

Elle n'avait pas chanté si fort en 1956, pour Budapest – me dîtes vous, ou pour Prague en 1968, ou même pour Varsovie, en 1980. Certes, certes, mais personne n'est parfait, allons donc, surtout pas une nation qui peut quand même se targuer de perdre au moins une guerre sur deux depuis trois siècles.

Les premières lignes de la nouvelle étaient somme toute surprenantes, mais pour quiconque connaît notre pays de cocagne, nourri au lait de Jean-Paul Sartre et à la bouillie philosophique altermondialiste, on pouvait à la rigueur admettre un peu d'exagération.

Mais pas du tout, pas du tout, pas du tout : encore une fois, je me trompais, je n'avais pas encore compris dans quel monde idéologiquement perfectionné j'étais entré. Cela fait longtemps que la France est l'infarctus du myocarde de l'Europe, cela fait longtemps que l'Europe est la dysenterie chronique de la France.

Ainsi la dépêche AFP continuait en ces termes :

Il invitait également les ex-pays communistes, tous membres de l'organisation paneuropéenne à l'exception du Bélarus, à lancer des campagnes de sensibilisation, à ériger des monuments commémoratifs aux victimes et à réviser leurs manuels scolaires. De Prague à Zagreb, en passant par Berlin, Athènes ou Paris, les partis communistes s'étaient mobilisés depuis plusieurs semaines contre une possible condamnation des "crimes communistes".

Que les communistes refusent de voir leurs crimes historiquement et à jamais mis à jour, et condamnés, surtout dans les manuels scolaires, on peut comprendre. Après tout, ils ont beau dire, et accomplir leurs contorsions de jésuites, nous savons bien qu'ils ne ressentent pas l'ombre d'un regret face aux dizaines de millions de cadavres qui remplissent les charniers de leur utopie.

Les criminels de guerre rouges défendent leur pré carré, osons dire leur carré de cimetière. Nous sommes encore dans le monde réel. Le monde du XXe siècle et de ses idiots assassins. Le monde du XXe siècle et de ses victimes encombrantes.

Mais la dépêche de ce matin nous montre fort bien à quel point nous avons changé de siècle.

Il est aujourd'hui non seulement interdit, mais juridiquement condamnable de posséder une Croix de Fer allemande de la seconde Guerre Mondiale, ou bien je ne sais quel emblème austro-hongrois, argentin ou slovaque qui n'a pas l'heur de plaire aux contrôleurs de Ministère du Fétichisme Démocratique. Posséder une étoile rouge soviétique, un t-shirt de Che-Guevara ou un emblème de la Chine Populaire ne porte strictement à aucune conséquence.

Et très franchement, au fond, à y bien réfléchir, qui pourrait ne pas le comprendre ?

Prenons un exemple simple : en 15 ans de pouvoir absolu, le régime de l'horrible général Pinochet s'est rendu coupable de l'exécution d'environ 3000 personnes. Heureusement, les redresseurs de tort de l'Europe Unie-à-la-Turquie savent tenir les comptes et l'affreux général finira bien par payer pour ses crimes.

À l'inverse, grâce aux efforts incessants d'Ignacio Ramonet, de Libération et de la Télévision Publique du Frankreich, nous avons pu éviter que l'on mette fallacieusement en comparaison ces chiffres avec les 45 années de pouvoir ininterrompu du Grand Lider Maximo : les 100,000 ou 150,000 victimes de sa répression passée n'étaient après tout que des laquais de Walt Disney et du Pentagone, et les 30,000 prisonniers politiques qui croupissent aujourd'hui dans ses prisons ne savaient pas, c'est bien clair, écouter les bonnes stations de radio, un peu de rééducation pratique ne leur fera donc pas de mal.

Là où la surprise est de taille, c'est le COURAGE EXEMPLAIRE avec lequel la députasserie euroturque a su mettre un point d'arrêt à cette ignoble tentative de désinformation impérialisto-sioniste au sujet des crimes du communisme.

Ce qu'ont dit, à une vaste majorité, les membres de la bourgeoisie représentative que nous tous, nous, tous les Français, nous, tous les Européens, avons élu dernièrement, est en effet d'une clarté évidente, limpide, lumineuse, ne souffrant pas la moindre contradiction :

1) Les communistes n'ont commis aucun crime puisqu'il est désormais interdit, ou presque, de l'affirmer (bientôt un amendement à la loi Gayssot ?). Il faudrait voir à respecter la règle du droit démocratique, tout de même.

2) Le communisme n'est pas une idéologie criminelle, pas plus, par exemple, que l'islamisme, ou le national-socialisme arabe qui sont déjà, en ce beau pays des libertés, protégés d'être attaqués de façon éminemment discriminatoire, pour ne pas dire râ-âciste.

3) les crimes du communisme n'étant pas des crimes, il est temps d'affirmer que toutes les soi-disant « victimes » de ces crimes sont soit des imposteurs, ou bien des faussaires, soit de purs fantômes, je veux dire des fictions, des chimères, des légendes, des mensonges, bref des gens qui n'existent pas.

À ce titre, l'Assemblée des Fossoyeurs Eurocrates aura une nouvelle fois parfaitement rempli sa mission, qu'elle a su avec génie appliquer à partir des préceptes orwelliens de 1984 : pour changer le futur, changez le passé. La liberté c'est l'esclavage. Le mensonge c'est la vérité.

Il va falloir que l'Eurofrance songe au plus vite à instaurer une « Journée de la Révision Historique », il est temps en effet de faire participer, dans la joie sans cesse renouvelée du vivransamble, toute la population de notre pays, et toutes celles de ce continent béni des Dieux, à cet effort collectif, courageux, pour ne pas dire héroïque, qui consiste à bien faire comprendre à tout le monde, absolument partout, sans oublier le moindre recoin du globe où la Démocratie et Thierry Ardisson ne sont pas encore arrivés, que les communistes étaient des gens super-cools, qui savaient danser le kazatchok, et collectiviser les terres et les industries.

Il est temps, en fait, et une bonne fois pour toutes, à l'unisson avec ce Parlement dont l'Histoire saura en toute certitude retenir le nom, l'existence, et les augustes réalisations, de prononcer cette sentence ultime, destinée à clore à jamais le tombeau du XXe siècle, et les odieux trucages de ces non-personnes qui, du Goulag à Katyn, de l'Ukraine à Srebrenica, ont osé manipuler les consciences innocentes qui n'avaient lu ni l'Humanité ni les oeuvres complètes d'Olivier Besancenot.

Il est temps en effet, pour tous ces illustres représentants démocratiques d'une Europe qui sait dire non au populisme de la droite réactionnaire-et-anti-progressiste, il est temps, pour tous ceux qui sont chargés de nous bâtir une « Maison Commune », d'éjecter du vestibule tous ces spectres d'un passé définitivement révolu.

Il est temps, en effet, pour l'élite politique de l'Eurabistan, de se préparer activement à accueillir en son sein la Grande Utopie de ce siècle, il devenait donc urgent de réhabiliter celle qui avait dominé le précédent, il était temps d'avoir enfin l'audace d'affirmer que les cent millions de morts victimes du communisme sont des cons.

Ce n'est pas Arnaud Viviant qui me contredira.

Maurice G. Dantec

« La Guerre des Mondes »

[7 juillet 2005?]

Les bobos parisiens étant partis en pèlerinage à Ouarzazate, leurs amis « libérateurs » du peuple arabe viennent d'assassiner une quarantaine de sales White Anglo-Saxon Christians, en plein sommet du G8, au coeur de la capitale londonienne quitte à faucher au passage la vie de quelques-uns de leurs propres coreligionnaires. La haine de ces gens-là, comme l'amour des enfants qu'ils ont assassiné, est aveugle.

L'été était à la porte. Son arrivée imminente, annoncée depuis des semaines par les vitrines, les slogans et les écrans, était fiévreusement et dévotement attendue. Défilés de mode, magazines, programmes de télé, tout gravitait autours de la planification du pèlerinage estival. Le compte à rebours touchait à sa fin et des centaines de millions de travailleurs mettaient les bouchées doubles. Tard dans la nuit, alors que les adolescents chargés d'hormones arpentaient les rues caniculaires, la vieille Europe toute entière était fébrile à l'approche de la saison des congés payés.

C'était sans compter les groupes terroristes du réseau Al-Qaida désireux eux aussi de gagner leur place au soleil et leur part du grand orgasme estival. Mais à la différence des vacanciers zéropéens dont le rêve se résumait à une simple escapade au Club Med de Djerba la Douce, les martyrs du Djihad, nourrissant des ambitions plus grandioses, songeaient davantage à un ticket sans retour au paradis des soixante-douze vierges promis par le Coran. Répondant en quelque sorte à l'agitation festive, les fous d'Allah ont choisi de faire exploser leurs engins de mort comme autant de feus d'artifices embrasant le ciel de solstice entre le quatre et le quatorze juillet, inaugurant ainsi en pompes funèbres la grande récréation annuelle.

Le matin du 7 juillet, Londres se réveillait dévastée et meurtrie comme aux heures les plus sombres de son histoire. Le spectre du national-socialisme, version couscous aux hormones, qui plane à nouveau sur l'Europe a frappé en son cœur comme il l'avait fait voilà près de soixante ans. La dernière fois que la cité britannique avait été attaquée par une force étrangère c'était, faut-il le rappeler, par le Troisième Reich. De tristes souvenirs, on se remémorera que les déflagrations mortifères qui tuèrent les derniers londoniens innocents, à l'exception de celles des bombes de l'IRA, avaient alors pris l'apparence apocalyptique des V2 nazis — dont on sait à présent qu'ils faillirent rugir du souffle nucléaire. Comment renoncer à faire cette comparaison devant les scènes étrangement familières de rues couvertes de gravats et de bouches de métro dévorées par le baiser mortel des engins explosifs ? Force est de reconnaître que dans le miroir faustien de l'histoire, ces deux Terreurs s'observent et se ressemblent cruellement.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, une nouvelle Guerre a commencé, une Guerre des Mondes. À l'ancien Dragon terrassé par Saint-Georges s'en ait substitué un nouveau, plus résolu et plus indomptable encore que le nazisme ou le communisme, une bête monstrueuse elle aussi en quête de lebensraum, elle aussi décidée à tout pour parvenir à ses fins, elle aussi prête à souffler son feu abject sur les populations civiles pour faire plier leurs souverains. De cette Guerre des Mondes, H.G. Wells nous a donné un avant-goût saisissant, mais c'est sans nul doute les écrits dystopiques d'Orwell qui dépeignent le mieux les événements tragiques auxquels nous venons d'être confrontés. Dans 1984, le romancier nous livre le témoignage d'anticipation d'un citoyen de Londres, capitale d'Océania soumise à une attaque surprise des forces d'Eura(b)ia, un témoignage saisissant qui aurait pu être livré en 2005:

 

Brusquement, toute la rue fut en ébullition. Le cri de sauve-qui-peut fusa de tous côtés. Les gens filaient chez eux comme des lapins. Une jeune femme jaillit d'une porte, s'empara d'un petit enfant qui jouait dans une flaque, l'enveloppa vivement de son tablier et rentra chez elle d'un bond. (…) Winston se jeta promptement sur le sol. (…) se couvrit la tête de ses bras repliés. On entendit un grondement sourd qui sembla soulever le pavé. Une pluie d'objets légers lui tomba en grêle sur le dos. Quand il se releva, il vit qu'il avait été couvert de fragments de vitre tombés d'une fenêtre voisine. Il reprit sa marche. La bombe avait démoli un groupe de maisons à deux cents mètres dans le haut de la rue. Une colonne de fumée noire pendait du ciel et, au-dessous, il y avait un nuage de poussière de plâtre dans lequel, autour des décombres, une foule se groupait déjà. Il vit devant lui, sur le pavé, un petit morceau de plâtre rayé d'un brillant trait rouge. Quand il l'atteignit, il identifia une main, sectionnée au poignet. La coupure était rouge, mais la main était si blême qu'elle ressemblait à un moulage de plâtre. Il poussa la chose du pied dans le caniveau[1].

 

De ce qui vient de se passer en Angleterre, peu de spécialistes auraient pu en prévoir le millième voilà plus de quatre ans. La science-fiction, elle, ne prétend pas voir dans l'avenir comme à travers une boule de cristal mais il faut admettre qu'il est des occasions où ses prophéties présentent d'étranges correspondances avec la marche — funèbre — du temps.

De ce qui vient de se passer en Angleterre, il n'est pourtant pas nécessaire d'être devin pour en imaginer les conséquences. Dans la fumée s'échappant des crevasses forées par les bombes islamistes, la Pythie lirait comme dans un livre ouvert : Les terroristes professionnels, dont le plus illustre représentant après Arafat vient d'être élu à la tête du régime islamique, n'entendront certainement pas s'arrêter en si bon chemin. S'ils sont conscients que certains occidentaux, pour la plupart habitant l'Ouest d'Océania, redoubleront d'effort dans la lutte contre le terrorisme, ils savent pertinemment que les autres, ceux qui peuplent les limes d'Eurabie se soumettront facilement au chantage de la terreur comme ils s'y sont docilement soumis aux lendemains des attentats de Madrid. Tel Rascar Kapac maudissant les égyptologues dans les 7 Boules de Cristal d'Hergé, Ben Laden et ses acolytes avaient maudit les membres de l'expédition en Irak. Les prochains sur la liste seraient le Danemark et l'Italie.

L’Ami Chirak, spécialiste de la guerre des mots plutôt que de la guerre des mondes, vient de déclarer « Ich bin min Londoner », il y a fort à parier toutefois qu'il n'a pas compris que le London Calling résonnait comme le glas de l'Occident se préparant une fois encore à capituler devant les exigences de la Oumma conquérante comme ses prédécesseurs ont capitulé en temps similaires à Munich. Pour lui, comme pour les plus couards et les plus impressionnables des dirigeants zéropéens, l'avenir semble d’ores et déjà se résumer à se coucher sur le tapis de la « soumission » (« aslama » en arabe) et à se lamenter sur le sort de ces pauvres gens colonisés par l'impérialisme yankee.

Il ne serait pas étonnant que les pays qui tentèrent de nous faire avaler la couleuvre de leur fameuse « constitution » européenne — qui devait apporter paix et prospérité au continent — ne se décident finalement à adhérer à la Conférence Islamique.

Nous pourrions au moins bénéficier de prix spéciaux Paris-Téhéran.


TOUT VA DE MIEUX EN MIEUX, DÉCIDEMMENT.

Maurice G. Dantec et Cyril Pahlavi

 

[1] George Orwell, 1984, Paris, Folio, 1950, p. 123-124.

 
 

« Oui, The People »

Le 2 juin 2005

Je tâte le pouls de l'Europe, et je sens qu'elle veut vivre : donc vous êtes morts.

Ernest Hello

 

Alors, plus personne n'osait s'y attendre, le peuple de France s'est réveillé.

 

Devenu depuis des années l'objet du mépris confédéré de toutes les bourgeoisies du pays, on l'avait un peu vite – moi le premier – imaginé abattu, couché sur la terre même qui l'avait vu naître, tel un pauvre chien asservi à jamais aux discours de la bien-pensance institutionnelle, aux sbires de la « Gouvernance » et de ses oukases.

 

Alors, avec la terrible sévérité des nations trahies, le peuple de France a dit : NON.

 

Il fallait avoir avalé jusqu'à la lie le traitement de la Guerre en Irak par les médias français – élixir quotidien de vomitive propagande – pour ne pas sentir son cœur immédiatement soulevé par les insultes et les divers noms d'oiseaux que les barons de Bruxelles et leurs prébendiers lâchèrent, des semaines durant, sur tous ceux qui eurent le toupet d'affirmer leur négative conviction, au contraire des petits collabos pour lesquels ce référendum n'était, après tout, qu'une formalité à laquelle on allait, comme il se devait, répondre par l'affirmative « citoyenne ». Cela vint d'à peu près tout le monde, je veux dire de tout ce « monde » des élites cooptées et sûres de leur fait : politicards, journalistes, artistes appointés, « intellectuels », ouebzineux, et nous eûmes droit à quasiment toute la panoplie disponible : hypocrites, cons, menteurs, salauds, révisionnistes, extrémistes, xénophobes, populistes, démagogues, falsificateurs, moutons noirs, j'en passe, le dictionnaire entier des injures pour gauchiste amateur n'y suffirait pas. La benne à ordures de la République se déversa sans compter sur les hommes et les femmes qui allaient, ô scandale, « mélanger leurs voix » à celles de Le Pen, ou de Villiers, et non pas avec celles de Hollande ou de Chirac, dont on connaît la proverbiale hauteur du sens éthique.

 

Mais ce n'était rien. Non, rien du tout à côté de ce qui se déverse par tombereaux entiers depuis la victoire, très nette, beaucoup trop nette sans doute (sans parler de l'uppercut néerlandais qui a suivi au finish), de ceux qui ne veulent pas de cette Europe de bureaucrates, de ceux qui ne veulent pas d'une « constitution » élaborée par un comité de barbons du genre de monsieur Giscard d'Estaing, de ceux qui ne veulent pas d'une Europe coupée de ses racines historiques bimillénaires, de ceux qui ne veulent pas d'une « constitution » qui ressemble à un « contrat » passé entre deux multinationales sur la vente de certains actifs.

 

Il faudra au plus vite tenir un Livre Noir du totalitarisme « démocratique », celui qui se traduit si précisément par l'aphorisme-éclair de Gòmez Davilà : Démagogie, mot qu'emploient les démocrates quand ils ont peur de la démocratie.

Il faudra en effet tenir le recensement exact des insanités sous lesquelles les « salauds de pauvres », les « ordures de ploucs », les « Le Penistes de comptoir », et autres spécimen du zoo des petits profs aigris, furent ensevelis par ces cohortes vociférantes de zombies littéraires devenus rois du blog, cette malédiction qui fait de chaque crétinoïde post-moderne l'éditeur « en-ligne » de sa propre déchetterie intellectuelle, il faudra les graver dans le marbre du mausolée des civilisations, tous ses « mots », à peine gros, mais débordant de cette suffisance et de cette haine qu'exsudent les bouches tordues en vilains rictus de donneurs de leçons.

 

Il va bien falloir leur expliquer, il va bien falloir les mettre au pied du mur.

Il va bien falloir leur dire que cette Europe, NOTRE EUROPE, c'est sans eux que nous allons la faire. Et peut-être même CONTRE eux.

 

Alors OUI, LE PEUPLE a dit NON à vos stériles bavardages socio-économiques qui, bien qu'étalés sur 430 amendements, ne fondent absolument rien, et passeront, dans quelques siècles, voire une ou deux décennies à peine, pour une mauvaise blague lâchée depuis son hospice par un ancien ministre du Budget atteint du Parkinson.

Alors, OUI, LE PEUPLE a dit NON à l'abandon de sa souveraineté et de ses libertés, il a dit NON à la NON-EUROPE que vous vouliez lui fourguer, comme de vulgaires dealers de poudre (aux yeux), il a dit NON à la destruction de sa civilisation, il a par conséquent dit OUI à ses traditions fondamentales, et il a dit OUI à son futur. Voilà pourquoi il a dit NON à votre faux avenir, NON à votre histoire truquée, NON à votre présent abominable.

 

Voilà aussi pourquoi notre « camp » était marqué du sceau de l'infamie par vous décrétée : hétérogénéité bien trop visible pour être honnête. Cela nous permit d'établir au passage le constat drolatique que le « pluralisme » n'a droit de cité qu'à la stricte condition qu'il fasse consensus, invention ô combien novatrice de nos suzerains démocrates : la pensée unique mono-plurielle !

Nous étions en effet largement plus nombreux que l'addition des électeurs traditionnels des formations politiques qui avaient, chacune pour leurs propres raisons et agendas, embrassé la cause de notre refus, nous n'étions du coup plus tout à fait définissables, étiquetables, repérables par tous les Yes-Men bien rangés, alignés, homogènes, derrière leurs petits chefs chiraquiens, libéraux, socialistes, écolos ou post-soixantuitards.

 

Voilà pourquoi, au fond, leur colère ne connaissait pas de fin.

 

Voilà pourquoi, WE, THE PEOPLE, nous avons fait ce qu'il y avait à faire : vous nous aviez effacés d'emblée de votre immonde papelard, je l'ai écrit dans un texte précédent, je ne reviendrais pas sur votre risible préambule de Chefs d'État classés par ordre alphabétique, mais dîtes vous bien que l'Histoire, la vraie, celle qui s'écrit non pas de la plume bien rôdée d'un sénateur, mais du sang toujours renouvelé des nations, a réellement horreur du vide et qu'elle se « venge » comme la nature le fait, c'est-à-dire avec beaucoup d'intelligence, de cruauté et d'efficience, mais sans la moindre once de cette agressivité qui est un sentiment bien trop humain pour avoir quelque chance de vous faire le moindre mal.

 

Alors l'Histoire s'est vengée, en se moquant de vous.

 

Les peuples européens étaient évacués du texte même censé faire d'eux les maîtres de leur destin ?! Seul un bureaucrate bruxellois, un Giscard d'Estaing, un olibrius cultivé quelconque, pouvait atteindre ainsi, sans coup férir, de tels Annapurna du comique involontaire.

 

Le « WE, THE PEOPLE » qu'il n'y a pas, et qu'il ne peut y avoir, dans cette « constitution » de syndics de propriété, est comme revenu en un terrible boomerang apophatique à la face de ceux qui l'avaient péniblement écrite, et qui avaient « oublié » l'essentiel.

 

WE, THE PEOPLE, nous vous avons donné un cours d'histoire et de politique, pour ne pas dire de « métapolitique », nous vous avons apporté la preuve tangible que vos machines se bloquent au moindre grain de sable, nous vous avons démontré que tant que vous ne les aurez pas détruits, les peuples d'Europe continueront de vous poser des problèmes, que tant que vous ne les aurez pas totalement asservis, il leur restera le gramme de liberté nécessaire à faire dérailler vos trains, qui arrivaient jusque là toujours à l'heure.

 

OUI, NOUS, LE PEUPLE, contre toute attente, nous vous avons confronté à l'esprit incendiaire de la liberté, WE, THE PEOPLE, nous avons osé faire acte de notre souveraineté avant qu'on nous la supprime, OUI, NOUS, LE PEUPLE, nous avons dit NON à notre anéantissement programmé.

 

OUI, THE PEOPLE, nous sommes encore là, vous ne nous avez pas encore tués.

Il nous reste quelques mots pour empêcher que votre Règne des Ténèbres vienne.

 

Quelques mots, parfois un seul, cela suffit pour redonner vie à la Parole.

Maurice G. Dantec

 

« Les Villes sous les Cendres »

Mai 2005

ANUS MUNDI –

 

Un livre récent paru chez Calmann-Lévy, Des voix sous la cendre, nous invite à prendre connaissance de l'indicible, de ce qui n'a jamais pu être nommé, de ce qui ne le pourra sûrement jamais. Les sonderkommandos des camps de la mort nazis, souvent obligés de faire partir en fumée les corps de leurs propres parents et enfants sortis tout violets-cyanosés de la chambre à gaz, parvinrent à laisser, cachées sous les cendres des crématoires, des lettres où, si cela revêt quelque sens, ces hommes conduits au-delà, ou plutôt en deçà de l'humanité, tentèrent de laisser un témoignage de ce qui, « ici », dans ce « non lieu » exorbité du temps, cet « anus mundi » situé à l'extrême limite du monde connu, et même partiellement éjecté hors de ce monde, était systématiquement accompli chaque « jour ».

 

Je n'évoque cela que pour que l'on ne se méprenne pas sur ce que je vais essayer de dire : nous sommes nés « là-bas ». Nous sommes les enfants de la cendre, les enfants de nulle part, de ce jour indéfini, sans cesse recommencé, ce jour rendu analogue à la nuit, ce jour rendu analogue à la mort. Nos vies se sont construites sur cette destruction générale, comme point d'ancrage préliminaire, comme tête de ligne. Nos vies se sont élaborées sur l'anéantissement de la vie.

 

Si nous sommes les enfants de personne, il nous faut bien l'entendre sous toutes ses acceptions : nous sommes les enfants de personne cela veut dire que nous ne sommes pas les enfants de quelqu'un de particulier – j'entends ici bien sûr : de deux singularités humaines – mais bien de personnes devenues des non-personnes, nous sommes les enfants d'êtres humains transformés en nihil, en matière première indifférenciable, jetable et recyclable ; si nous sommes les enfants de personne, des « nobody's children », cela signifie en fait que nous ne sommes absolument personne à notre tour et, plus terrifiant encore, que nous pourrions être absolument n'importe qui.

 

Nos vies sont contenues dans ces mots, retrouvés sous la cendre, nos vies sont en train de brûler sur ces lettres envoyées par delà les barbelés du temps, et l'encre qui a servi à les écrire, c'est de sang qu'elle est faite.

 

C'est pourquoi nous ne comprenons toujours pas que nous ne sommes pas sortis du Camp. Que le Camp est le Monde, c'est à dire qu'il a structuré en secret tout ce qui est venu « après » lui.

 

C'est pourquoi nous ne risquons pas de comprendre ce qui nous arrivera lorsque le Camp redeviendra son axe visible, lorsqu'il apparaîtra pour de nouveau se configurer en cet « anus mundi » qui fera des êtres humains de cette planète les cobayes d'une expérience biopolitique totale, sans début ni fin, sans origine ni terme, sans histoire ni géographie, sans politique ni religion, sans tradition et sans futur.

 

Le Camp que l'on nous prépare c'est un Camp d'extermination culturelle, c'est un Monde-de-la-Culture dont la finalité est de produire la Culture-du-Monde, c'est-à-dire le réseau globalitaire de l'anéantissement des singularités, le centre d'élevage et d'instruction des masses indifférenciées par leurs différences, la Très Grande Bibliothèque qui concentrera TOUS les livres, afin de mieux faire disparaître la LITTÉRATURE.

 

Ce Birkenau de la pensée aime à apparaître sous les allures festives d'un vaste Club Méditerranée. Ses G.O sont plutôt sympas et souriants, ils ont remplacé les dobermans par des tamagotchis, et c'est presque comme si on était à la télé. Le Camp d'extermination physico-mental de la biopolitique nazie était une expérience, centrale pour l'idéologie en question. Le Camp d'anéantissement sémantique/symbolique qui se met en place est une expérience non moins fondamentale pour la biopolitique onuzie qui, peu à peu, dessine ses contours tout autour du globe.

 

Ce Monde n'est pas tant fondé sur les massacres, qui bien sûr se poursuivent à un rythme soutenu, que sur l'idée génialement perverse de faire croire à l'ensemble des peuples de la planète, désormais unifiés par cette pensée humanitaire globale, que si tous ces génocides et autres atrocités se perpétuent c'est parce que l'Agence Mondiale de Gouvernance nommée ONU n'a pas encore assez étendu son pouvoir de domination !

 

Autant dire que si les chambres à gaz continuent de fonctionner c'est parce que le Camp n'est pas encore parvenu à sa pleine rentabilité.

 

TARGET CITY –

 

Depuis le début du XXe siècle, et l'apparition subséquente des armes de destruction massive, les villes, les cités humaines, sont devenues des cibles en soi, elles sont devenues les réceptacles potentiels de la mort à grande échelle, elles sont toutes des Sodome et Gomorrhe en attente de l'éclair lumineux qui viendra les souffler. Du blitz sur Londres à la phosphorisation de Dresde, de l'anéantissement de Varsovie à l'atomisation d'Hiroshima et Nagasaki, le siècle a posé ses jalons en quelques années, il a, de fait, créé un « nouveau monde », celui succédant à l'Apocalypse, quoique sa « révélation » tarde à nous parvenir, et il nous a offert ce legs, terrible, d'être Ceux d'Après.

 

James Ellroy le rappelle au début d'American Tabloïd : l'Amérique n'a jamais été innocente.

Cette forte vérité est cependant moins puissante qu'il n'y paraît à première vue, non qu'il s'agisse d'une lapalissade quelconque, mais simplement parce qu'elle cache une autre vérité, qui pourrait menacer d'emporter la première si jamais on l'apercevait : c'est la civilisation qui n'a jamais été innocente.

 

Ce que l'Amérique découvre au moment performatif de son « entrée dans le monde » c'est l'Histoire de la Chute qui du coup cesse métaphorique : « toute civilisation est mortelle » cela signifie que toute civilisation est humaine donc coupable, sortie du Jardin d'Éden, bientôt le sang de ses frères/sœurs sur les mains, cela implique qu'aucune civilisation ne peut en effet se targuer d'être innocente, pas plus l'Amérique que Rome, la France, l'Angleterre, la Chine, l'Arabie ou l'Allemagne.

 

Et aujourd'hui, cela signifie que dans ce monde, tout le monde, à tout moment, n'importe où, pour n'importe quel motif, peut être rayé de la carte, cela signifie que chaque ville est une cible potentielle, chaque ville est en sursis, chaque ville est une survivante de la guerre qui chaque jour se mène aux quatre coins de la planète.

 

Désormais chaque ville est un Camp.

 

Nous marchons sur les cendres qui recouvrent le Camp-Monde. Sous les cendres, les villes. Sous les cendres, des millions de voix, sous les cendres, des milliers de noms.

 

Lors du 11 septembre 2001, un certain nombre d'aspects « techniques » de la tragédie, donc essentiels pour l'époque où nous vivons, n'a pas été, me semble-t-il, noté comme il se devait.

Je sais que je m'expose à l'incompréhension ou plutôt à la mauvaise foi et à l'esprit d'amalgame de mes contemporains, mais tant pis. Lorsque les avions de ligne percutèrent les tours du World Trade Center, ils actualisèrent, en une fulgurance de micro-instants, tout ce que le Camp portait en lui. Et il n'est pas anodin de constater que cette ré-ingénierie du Camp, sur une autre orbite quantique de l'Histoire, se produit par la collision d'avions de tourisme contre le cristal vertical de l'Économie Universelle.

En quelques secondes, les tours furent transformés en une effroyable synthèse de chambres à gaz géantes et de fours crématoires de 100 étages. Les gens piégés dans les structures en feu succombèrent tout autant par l'effet des émanations toxiques de diverses natures que par la progression infernale du brasier.

 

Et pour finir, les Tours s'effondrèrent sur les corps des vivants et des morts, recouvrant le tout d'un immense champ de cendres qui entourait le cratère central, là où tout s'était contracté sous la force la gravité, là où les cendres avaient recouvert le monde, là où les cendres avaient recouvert l'écran. Ground Zero, là où il est tout le temps 10 heures 50 du matin, eastern times.

Dans le Camp-Monde, il n'y a pas d'histoire, le temps est aboli, comme à Treblinka où l'horloge du quai avait été fixée indéfiniment sur 3 heures. Entre les cendres des crématoires nazis qui clouent le vingtième siècle en son milieu et le Ground Zero qui ouvre le siècle qui suit, et le poursuit, ce qui se propage c'est une succession invisible d'inversions de rapports, ce qui se constitue c'est une métaforme de la vie considérée comme matériau recyclable, ce qui fait sens, étrangement, c'est l'absurdité de l'acte terroriste lorsqu'il est diffusé en direct sur des millions d'écrans de télévision.

La Nuit et le Brouillard convenaient parfaitement au Camp expérimental nazi de l'Avant-Après-Monde.

Désormais les exterminations de masse, les atomisations de cités, les dévastations bactériologiques, les attentats chimiques, toute la panoplie du Camp-Monde sera filmée en direct et diffusée sur internet, l'Apocalypse s'accomplira en pleine LUMIÈRE, et dans la clarté cathodique la plus nette. Il faut ajouter aussitôt que c'est ainsi que cela est écrit.

 

30 SECONDS OVER TOKYO –

Flew off early in the haze of dawn in a metal dragon locked in time, skimming waves of an underground sea in some kind of a dream world fantasy / Sun a hot circle on a canopy, '25 a racing blot on a bright green sea, ahead the dim blur of an alien land, time to give ourselves to strange gods' hands / Dark flak spiders bursting in the sky, reaching twisted claws on every side, no place to run, no place to hide, no turning back on a suicide ride / Toy city streets crawling through my sights, sprouting clumps of mushrooms like a world surreal / This dream won't ever seem to end, and time seems like it'll never begin / 30 seconds, and a one way ride, 30 seconds, and no place to hide, 30 seconds over Tokyo, 30 seconds over Tokyo...

(30 seconds over Tokyo / Père Ubu)

©1978 EMI Music (ROW),
Bug Music (US/Can)
Lyrics by David Thomas

Quoique le titre de la chanson fasse explicitement référence au film de Raoul Walsh narrant le fameux raid « Doolittle » de 1942 contre la capitale japonaise, la vision poétique de David Thomas pointe directement sur l'Événement ontologique global que représentent l'invention et l'utilisation de l'arme atomique. Vision d'un pilote s'apprêtant à larguer le cylindre fatal, la fulgurance de ses images : « dark flak spiders bursting in the sky », la noirceur lumineuse de son rythme : « no place to run, no place to hide, no turning back in a suicide ride », la précision chirurgicale/aphoristique de certaines de ses rimes : « this dream won't ever seem to end, and time seems like it'll never begin », tout concourt à l'expression d'une possible « poésie d'après Auschwitz », en tout cas, la démonstration est apportée que l'on peut, et même probablement que l'on doit écrire après Hiroshima.

 

LA FOSSE DE BERLIN –

 

Alors maintenant marchons, oui, je vous en prie, marchons ensemble au dessus des nuées qui ont recouvert le monde, nous volons sur les nuages, la Terre est un mirage. Je le sais, vous l'avez deviné, ce n'est pas à la surface de plantureux altocumulus que nous avançons, mais sur la cendre qui a recouvert les villes, sur la cendre qui a remplacé, qui a transformé, terminé, dé-terminé, sur la cendre qui est devenue le Monde.

 

Nous sommes les touristes de la fin des Temps et nous photographions notre mort souriante en millions de clichés aussitôt numérisés sur le réseau, cette grande famille métanationale qui habite momentanément cette planète, et dans laquelle nous sommes tous frères-et-sœurs. Grands Frères, et Grandes Sœurs.

Nous sommes les Résidents. Nous sommes les Locataires du Parc Humain. Et nous gambadons d'un pas léger vers notre disparition.

 

Marchez avec moi, je vous en supplie. Marchez avec moi jusque là-bas. Oui. Vers ce Ground Zero dont nous parlions tout à l'heure, cet axe inverti qui creuse une fosse là où s'élevait une tour.

Ah, tiens, celui-ci est différent. Un événement d'une autre nature, quoiqu'assez similaire, s'y est produit. Ce Ground Zero ne semble pas le résultat d'une chute verticale s'invertissant en une fosse dirigée vers le cœur de la terre.

 

Non, en effet : nous marchons toujours sur la cendre qui a recouvert le Camp-Monde mais nous ne sommes plus au-dessus de New-York City, ni d'Hiroshima, Nagasaki ou de Tokyo, nous marchons maintenant sur ce qui fut un jour nommé Berlin.

C'est ici que s'est produit l'autre événement. L'autre inversion des rapports de rapport. L'autre destruction-invention du monde.

 

C'est ici, avec le docteur Mengele, que je marche maintenant. Le docteur Mengele est l'homme de la situation. Il est l'homme qui a inventé ce monde, il est l'homme qui sait jusqu'à quel degré on peut conduire un être humain sur la voie du matériau biologique.

Il est l'homme des cendres, l'homme du Camp, l'homme qui a expérimenté sur l'homme.

Il a beaucoup de choses à nous apprendre.

 

En premier lieu, nous explique-t-il, il faut bien comprendre l'Anus Mundi comme un « Axis Mundi » en tous points inverti. L'axe pivotal transcendantal est réorienté tout entier vers les ténèbres sous la forme d'une fosse. La Fosse d'Auschwitz.

Or, lorsque cette Fosse d'Auschwitz s'est « effondrée », avec la Chute du Reich nazi, elle a transposé son niveau d'énergie vers le « Monde » suivant. De la Fosse « effondrée », c'est à dire en fait redressée, a surgi le Mur.

 

Le Mur n'a rien d'un axe pivotal, ce n'est pas une Tour – de Babel, ou de New York – c'est une FOSSE restructurée selon un autre espace-temps, comme si elle se trouvait multiplexée au régime de la division longitudinale, horizontale. L'unification catabolique de l'Europe sous la botte nazie se translate en une division anabolique du continent sous le double régime communiste/libéral.

 

C'est pour cette raison, me fait remarquer le docteur Mengele avec un sourire, que nous avons perdu la guerre, car en la perdant, nous étions en revanche presque certains de gagner le Monde, comprenez-vous ? Certes, cela ne fut pas vécu consciemment comme tel par tous ceux qui, comme moi, avaient la charge de mener à bien cette mise en esclavage du genre humain par ses aboutissements technique les plus avancés. Mais consciemment ou non, ce que nous avons fait a fonctionné au-delà de toutes nos attentes.

 

Car le Mur de Berlin, né de la Fosse d'Auschwitz, s'est effondré à son tour, creusant sur l'ancienne ligne-frontière le cratère d'un astéroïde migrateur. La Fosse d'Auschwitz laisse place au Monde de la Fosse de Berlin, ce monde où la Paix Universelle qui est garantie à chacun ressemble un peu plus chaque jour à une guerre de tous contre tous.

 

JUDGMENT DAY –

 

C'est alors que je me suis retrouvé sur le navire du Jugement Dernier. Ce navire a une histoire et, mieux encore, on peut dire qu'il est l'Histoire, ou plus exactement le point limite exact où, après un éclat à l'ultime magnitude, elle va disparaître. Ce navire a existé, et d'une certaine manière existera toujours, tout au moins au stade potentiel. Ce navire c'est l'Anti-Arche de Noé.

Ce navire est né du Monde de la Fosse de Berlin, ce navire est né du Monde du Camp, ce navire est en fait le point nodal où le nouvel Axis Mundi viendrait à passer si...

 

En 1962, peu de temps avant l'interdiction des essais nucléaires atmosphériques, les soviétiques procédèrent au plus puissant tir de Bombe H jamais réalisé dans l'Histoire. La bombe fut larguée sur l'arctique russe, pas très loin du Spitzberg.

 

L'onde de choc fut si puissante qu'elle fit plusieurs fois le tour de la terre et fut dûment détectée par les senseurs des centres de surveillance américains. Le verdict tomba rapidement : la bombe à fusion thermonucléaire que venait de lancer les soviétiques avait dépassé la puissance de 80 mégatonnes.

Les gens discutent souvent des choses techniques sans rien connaître du mécanisme qui les anime. À Hiroshima, la bombe était ce qu'on appelle une Bombe A, une bombe « atomique », c'est à dire basée sur la fission – dite « réaction en chaîne » – d'une « masse critique » d'uranium, ou de plutonium (ce fut le cas pour Nagasaki).

 

La puissance de la bombe à fission d'uranium d'Hiroshima est estimée à environ 15 kilotonnes de TNT.

La Bombe H est la fille de la Bombe A. Car il faut une Bombe A pour faire une Bombe H. La différence réside en ceci :

 

La bombe H, la bombe thermonucléaire, n'est pas fondée sur la réaction en chaîne d'une masse critique de matériau fissile, non, au contraire, son principe de base est la FUSION de deux atomes d'hydrogène en un atome d'hélium, processus en cours à chaque seconde dans notre soleil, par quadrillions de tonnes. Mais pour obtenir la température nécessaire à ce que cette fusion se réalise, il n'existe qu'un seul moyen connu à ce jour : la déflagration thermique d'une bombe atomique. Une bombe H c'est donc une Bombe A qui fait fusionner une certaine quantité d'hydrogène en hélium, propageant très exactement le même type de rayonnements à haute énergie créés au cœur de notre soleil. Et une Bombe H est donc mégatonnique par définition. La Bombe soviétique de 1962, qui flirtait avec les 90 mégatonnes représentait la puissance de 6,000 Hiroshima. C'était un très net progrès.

Mais le progrès est sans fin. Le Monde du Camp ne connaît aucune limite, son enclosure réside paradoxalement dans cette indéfinition du temps et du possible.

 

Après que les essais atmosphériques furent interdits, la course aux armements ne cessa pas pour autant et les soviétiques lancèrent un nouveau programme. Ils ressortirent des plans une vieille idée des années 50, datant de la fin du stalinisme. L'idée était fort simple : le Monde ne devait en aucun cas tomber aux mains de la barbarie capitaliste. Ce serait le communisme ou la mort.

La mort de toute l'humanité, bien entendu : si le communisme perdait le Monde, le Monde se perdrait lui-même. Il n'y avait désormais rien de plus simple à réaliser.

 

Alors je vogue sur le navire qui est né de ce programme secret. Les soviétiques eux mêmes le surnommèrent « Jugement Dernier », il est clair qu'en dépit de leur athéisme idéologique, ils avaient pleinement conscience de ce qu'ils étaient en train d'entreprendre.

Regardez ce beau méthanier transformé par la science soviétique en une arme de destruction totale. Nous naviguons dans les eaux glaciaires de l'arctique russe. Nous naviguons vers le pôle nord de la destruction générale, nous naviguons vers Pole Zero.

 

Le principe était fort simple car basé sur l'analyse approfondie du « super-tir » de 1962. Si l'on parvenait à produire une bombe suffisamment puissante, on pouvait dès lors parier sur un cataclysme général, métalocal. Peu importait l'endroit exact où la déflagration aurait lieu, peu importait le « ground zero » de l'impact fatal, le Monde en son entier succomberait à la chose. À La Chose. Cela avait des conséquences techniques et logistiques qui simplifiaient tout. Plus besoin d'avions bombardiers, de missiles, de sous-marins sophistiqués.

 

On n'aurait même pas à cibler une ville en particulier, on n'aurait même plus à cibler de ville du tout. Toutes les villes seraient ciblées. Par une seule et unique bombe.

La « Bombe du Jugement Dernier » est donc un simple navire. C'est bien le retournement antédiluvien de l'Arche. Les soviétiques avaient tout compris. Ils avaient tout prévu. Même s'ils ne croyaient qu'au socialisme. Peut-être même parce qu'ils ne croyaient qu'au socialisme.

 

Ils avaient raison avec le Diable, et la Mort.

C'est pourquoi je suis à la barre de ce navire qui vogue vers le Pôle.

Dans les soutes, on a placé une bonne vieille bombe atomique, au cœur d'une sorte de piscine remplie d'un liquide saturé de plutonium, bref de quoi faire fusionner un réservoir d'hydrogène qui, par sa taille, et celle de sa charge atomique de mise à feu, devrait pouvoir dégager la puissance de 1000 mégatonnes de TNT !

 

Oui, je navigue avec à mon bord la puissance de plus de soixante mille Hiroshima, je fais route vers le point d'impact, vers le « Pole Zero », cette simple ligne blanche, là-bas, à l'horizon, d'où partira bientôt une onde de choc si terrible qu'elle fera fondre la banquise entière en quelques minutes à peine, soulèvera une vague de plusieurs mètres de hauteur pour la propulser en un tsunami radioactif sur tout l'hémisphère boréal, et enverra jusqu'en orbite des morceaux de la planète que le navire du Jugement Dernier aura dévissé de leur matrice.

 

Je navigue vers le soleil que je vais faire naître sur la glace. Je navigue vers la nuit que je vais faire fondre sur la Terre.

 

GROUND ZERO TO MAJOR TOM –

 

Alors qui suis-je maintenant, sinon le dernier astronaute survivant dans sa cabine en orbite autour du monde en cendres, autour du Ground Zero global ?

Je ne cesse d'envoyer le même message sur toute la surface du globe, cette surface de cendres : Major Tom To Ground Control ? Major Tom to Ground Control ? Do you hear me Ground Control ?

Mais personne ne répond, d'ailleurs se peut-il qu'il y ait quelqu'un à la surface de cette planète plus morte encore que sa compagne sélénite ?

New-York City, ville-frontière du Nouveau Monde, est devenue le Monde, la Ville-Camp planétaire, La Ville-Camp globale et « éternelle », l'anti-Jérusalem surgie de la Fosse d'Auschwitz, l'anti-Jérusalem subterranéenne, troglodyte, infernale, mais rendue au régime géologique du visible, retournée vers la surface, sous la forme de ce champ de cendres répandu sur toute la superficie du Monde, qui n'est plus ni nouveau, ni ancien, mais sans âge, sans passé, ni futur, juste un présent carbonisé à chaque instant.

J'ai à bord assez de dvds pour vivre toute l'évolution humaine assis devant la télé. Tout ce qui fut l'homme et tout ce qui fut la Terre qui l'a vu naître m'accompagnent dans cette course orbitale sans cesse recommencée.

 

Le synthétiseur de nourriture fonctionnera pendant des siècles après ma mort, sa pile à deutérium devrait même pouvoir durer deux bons millénaires. Et la capsule continuera de tourner autour du Camp-Monde pour un temps au moins équivalent, son moteur à fusion lui garantissant assez d'énergie pour maintenir en permanence son altitude.

 

Suis-je même vraiment vivant ? Peut-on vraiment dire d'un être humain tout seul dans une capsule pressurisée orbitant autour d'une planète de cendres qu'il est vivant ?

Qui d'autre que lui peut en tout cas le certifier ?

Je tourne, je tourne, je tourne dans la journuit indéfinie de l'espace circumterrestre. J'orbite autour de ce qui un jour fut la Maison de l'Homme, et je regarde pour l'instant en même temps un match de foot Liverpool/Milan AC, datant de 2005, et une série américaine des studios Walt Disney contant par le menu l'histoire des dinosaures.

Alors, brusquement, je ne sais pourquoi, quelque chose répond à mes messages, oui, on me répond depuis la Terre en cendres, on me répond depuis le Ground Zero global !

J'entends une faible voix, non, des voix, comme mixées au travers d'une chambre d'écho à la dimension d'un camp, à la dimension d'un monde. Ces voix me disent simplement : Ground Zero to Major Tom... Ground Zero to Major Tom, do you hear me Major Tom?

 

Et je comprends que ce sont les voix tapies sous la cendre, les voix des villes anéanties, les voix des millions d'êtres humains carbonisés en un instant aussi brillant que le soleil.

 

Elles me parlent, ces voix, et même, on dirait qu'elles chantent. Et si elles me parlent, si elles chantent, alors qu'elles sont « mortes », c'est probablement parce qu'elle sont écrites. Ce sont des mots, jetés sur des notes que l'on retrouvera sous la cendre dans quelques âges géologiques, si jamais quelqu'un venu d'on ne sait où s'amusait à rendre visite à cet astre mort, où l'expérience de la vie consciente a échoué.

Ces voix sous la cendre, ce sont six milliards de haut-parleurs qui hurlent le fracas mégatonnique et qui, pourtant, murmurent un frisson de lumière.

 

Ces voix, je les entends nettement, très nettement, si nettement que c'est à croire que c'est la mienne.

Maurice G. Dantec

 

« Les Goebbels de l'Info »

Montréal, le 25 avril 2005

Il fallait bien sûr que cela arrive.

Il fallait bien sûr que cela arrive à la télévision.

Il fallait bien sûr que cela arrive à la télévision française.

Il fallait bien sûr que cela arrive sur le canal spécialisé « Caillera-Plus » destiné aux « cités » de la « République ».

 

Déjà, dès l'annonce du choix du conclave, on avait pu constater une élongation caractéristique de la mine d'ordinaire bienheureuse des journalistes chargés d'annoncer les nouvelles, quelque soit la chaîne regardée, au demeurant.

 

Véritables Poulidor de la tartufferie continentale (seuls les Belges, peut-être, l'emportent sur nous dans ce fameux Paris-Roubaix de l'hypocrisie néo-bourgeoise), les mêmes s'étaient pourtant livrés à une étrange séance de spiritualisme de prime-time où, par le jeu des réversibilités modernistes, la nomenklatura merdiatique nationale s'était trouvée, pendant deux ou trois jours, lors du décès de Jean-Paul II, des accents de nécrologue jésuite ou de correspondant de l'Osservatore Romano.

 

Il fallait bien, tout de même, honorer la mémoire de Léon Zitrone, sans compter que – ô bienheureux miracle pour paparazzi – un monarque monégasque n'allait pas tarder à casser sa pipe à son tour.

 

Bon, d'accord, c'est bien joli tout ça, – se dirent alors les gestapettes de la presse aux ordres, mais maintenant que nous avons accompli notre petite B.A. démocratique et interconfessionnelle, on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. Nous n'allons tout de même pas avoir l'air de rester en deçà des bonnes blagues anticléricales, et centenaires, du Canard Enchaîné.

 

En matière de production d'étrons télévisuels, cela fait longtemps que la chaîne de Bruno Gaccio et du si bien nommé Karl Zéro occupe une place de choix dans cette industrie d'asservissement de la pensée aux transits intestinaux de ses « animateurs », au point que son odeur pestilentielle a même fini par « inspirer » ses concurrents, comme le « service public » qui a ressorti des poubelles des années 80 le célèbre duo Labaffe/L'Ardicon, genre d'Abbott-et-Costello pétomanes, francophones (ou presque), mais parfumés Gucci. J'oserais ajouter, en ce qui concerne les pestilentielles ablutions des anus parlants de Canal-Plus, qu'il ne manque à ceux-ci que la médaille de Meilleur Ouvrier de France. Propagandistes palestino-islamistes confirmés, pro-yougoslaves aussi à une (autre) époque, anti-américains plus crétinisés encore que leurs grands frères de mai-68 et que ceux dont ces derniers s'inspirèrent – nazillons reconvertis dans le tiers-mondisme, communistes de diverses obédiences, abrutis théosophes et/ou déconstructionnistes –, ils ne peuvent, on le comprend aisément, être autre chose qu'antichrétiens tous azimuths, maintenant anti-russes (puisque pro-tchétchènes), antisémites de luxe et pro-turcopéens de base, le jour où le Ministère de la Collaboration Franco-Islamique sera en place, nul doute que nos humoristes de choc y trouveront rapidement un poste de choix.

 

Seul, sans doute, un torche-cul islamiste aurait pu ainsi oser surnommer le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, du tordant sobriquet Adolf-II. Et encore, lorsqu'on connaît la fascination que le Mahomet du Tyrol exerça et exerce encore sur les officines de désalphabétisation coraniques, on peut se dire qu'une telle assertion, sur une radio-télévision iranienne, pakistanaise, syrienne ou saoudienne, a été diffusée à une heure de grande écoute, en vue d'une hagiographie sans doute ironique de l'homme de l'Opus Deï, et que celle-ci a pu être captée subséquemment par l'antenne satellite de Karl Zéro, ou d'un de ses acolytes, branchée sur les fréquences d'Al-Manar ou d'Al-Jazeera, dont ils ont du mal à suivre les sous-titres.

 

À la limite, la sous-humanité « instruite » de Radio-Islam, ou du site négationniste ARRRGH, voire quelques névrosé(e)s hitlero-trotskistes, auraient probablement pu, et sans le moindre cahot « dialectique », s'offrir une telle glissade vers cette piscine coprolalique où seuls des hommes de télévision peuvent ainsi sans vergogne s'ébrouer. Il est même quasiment certain qu'à l'heure où je vous parle, ils ne se sont pas gênés, les pourceaux adorent s'ébattre dans leurs propres déjections rectales, c'est bien connu.

 

Mais les aspirants Reichführer de la chaîne chirako-mitterrandienne n'ont, en cette matière, ô combien fécale, de leçons à recevoir de personne.

 

La grande lessiveuse démocratique est entrée en action. Les Sections d'Assaut médiatico-culturelles sont fin prêtes. L'Ordre Vert émet désormais depuis les berges de la Seine.

 

Nos Goebbels de l'Info se croient les animateurs de leurs marionnettes. Ils semblent ignorer les grands classiques du film d'épouvante.

 

Dans la Maison de Cire de la Modernité, c'est ce qui est inanimé qui peut se prévaloir d'être vivant, et ce sont ceux qui croient l'être qui s'agitent au bout des fils du nihilisme.

 

Nous sommes un certain nombre à aiguiser chaque jour nos paires de ciseaux.

Bien dégagé derrière les testicules ?

Maurice G. Dantec

 

« Au matin, on pense »

Montréal, le 27 mars 2005

Avec Didier Jacob nous tenons enfin notre nouveau Jdanov, ou tout du moins un de ses épigones de la Grande Époque. Le Nouvel Observateur de la semaine dernière publie l'intégralité de son article de saison, une descente en règle du dernier livre de Philippe Muray, ouvrage d'entretiens avec Élisabeth Lévy que Didier Jacob n'a pas peur de qualifier — guillemets incluses — de « fracassants », comme s'il avait pu prendre cet adjectif quelque part dans l'ouvrage en question, ou un commentaire d'avant-propos, alors que bien sûr il n'en est rien.

 

Ce qui déclenche les foudres de l'anti-Muray ?

 

L'usage, par l'auteur visé, de locutions aussi jubilatoires que : « spasmophiles de la techno », « l'horreur technomaniaque », « teknivaleurs ou autres catégories de populations nouvelles », « les avortons brechtiens », « les démagogues modernes du type Delanoë ».

 

Il y en a pourtant bien d'autres encore dans le zoo post-moderne décrit ainsi par Philippe Muray : « parti Pluriel unique », « monde confuso-onirique », « transgénisme à roulettes », « terrorisme modernopathe », j'en passe et des plus exhilarantes encore. Je ne sais exactement dans laquelle Didier Jacob s'est reconnu, mais on se doute que son délicat œsophage néo-bourgeois a éprouvé quelque difficulté à avaler la pilule.

 

Avec un tel dossier à charge, Philippe Muray risquait déjà gros face à notre Djerzinsky de la culture pop, mais cet affreux réactionnaire ne se contente pas de détester le monde moderne, il déteste encore plus ses propagandistes dont il nous retrace la genèse, vous m'avez compris : les thuriféraires de mai 68. Du coup, Didier Jacob hallucine une « liste noire fantasmée » dans laquelle se retrouvent pêle-mêle : Les fumeurs de pétards. Les colonnes de Buren. Les tours de la TGB. Les tomates qui n'ont plus le goût de la tomate. La pollution. Les verts. Les pollueurs. Les anti-pollueurs. Le centre Pompidou. La RATP. Les syndicats. La nouvelle cuisine. L'art contemporain. Paris-Plage. Les couloirs de bus. José Bové. Les mini-jupes. Les taggeurs. Les squatteurs. Les tags. Les squats.

 

Le procédé est efficace, il avait permis en son temps à des rhétoriciens staliniens de se demander – peu après 1945 ! – : « faut-il brûler Kafka ? », question qui sous-entendait très distinctement son petit tas de bûches crématoires.

 

En donnant à penser que Muray n'est qu'un « Poujade » aigri, une sorte de misanthrope ridicule et passéiste qui ose mettre sur le même plan José Bové et la compagnie Total (crime de lèse-dialectique), Didier Jacob prouve à quel point il a assimilé la « culture maison » du papier-torchon qui l'emploie, soit le résidu terminal de 50 années de post-marxisme lyophilisé : car ce qui compte dans cette énumération de petit fonctionnaire minutieux c'est sa conclusion irrémissible : Et les pédés ? Et les noirs ? Inutile, pour savoir ce que pense Muray, d'acheter son livre ou d'ouvrir le Fig Mag. Trouvez n'importe quel Café des sports, et vous entendrez bien un vieux con faire son Muray en sirotant une Seize.

 

On sent là, pour commencer, l'habitué de tels estaminets et des « vieux cons » qui les fréquentent, sans parler du mépris si typique du provincial arrivé à Paris pour les cafés de province de son enfance, tout autant que l'amateur d'alcool de gentiane qui se cache sous le masque d'un goûteur de sushis. C'est une très ancienne tactique des sophistes, et des abrutis, que de projeter sur l'autre ses propres caractères, surtout si pour une raison ou une autre, on ne les considère pas comme très nets.

 

Ensuite, j'ai eu beau chercher dans Festivus Festivus, mais je n'y ai trouvé aucune apologie du Ku-Klux-Klan ou des razzias négrières arabes et, quant à l'homosexualité, Muray se contente de fustiger les prétentions du monde moderne à l'émergence d'une « culture » sexuellement orientée. On comprend l'urgence de le comparer à l'un des ces « beaufs » à rouflaquettes que le dessinateur gauchiste Cabu avait su représenter en synthèse accomplie de toute la barbarie traditionnelle, et populaire, d'une France qui ne patinait pas encore en blade-rollers tous les vendredis soir sous ecstasy.

 

Anti-jeune, anti-porno, anti-actuel : on sait de quel cliché il se réchauffe.

 

En lisant Didier Jacob, incontestable arbitre de la culture anabolisée d'aujourd'hui, on sait tout de suite de quel bois il se chauffe. Celui dont on fait les battants de guillotine. Celui sur lequel on paraphe des « contrats sociaux » qui conduiront à des centaines de millions de morts ! Celui dont on se sert pour brûler les livres dangereux !

 

Car, bien sûr, le procédé de Didier Jacob est d'une simplicité déconcertante, testée un nombre incalculable de fois, avec moult succès, par tous les procureurs communistes de la planète : mensonge, plus amalgame, égal : condamnation. Jamais Muray n'utilise de telles expressions et on ne lit dans son ouvrage aucun libelle en soi « anti-jeune », ou « anti-actuel », ou « anti-porno », cette pauvre coucourge journalistique se prend vraiment pour un démiurge : il fait user par tous les autres de son sous-langage merdique fait de catégories vissées au nihil de sa pensée.

 

Nous allons voir d'ailleurs qu'il ne s'agissait que d'une petite mise en train, dans l'art de la manipulation syntaxique, M. Jacob est un maître, osons le dire : une sorte de Jack Lang.

 

Premier effort : après l'avoir ridiculisé en préambule, comme tout propagandiste qualifié sait le faire, Didier Jacob s'ingénie ensuite à véritablement décrédibiliser la pensée de Muray en se la réappropriant, on l'a déjà vu plus haut, en la déformant, la caricature pétomaniaque est le propre des petits dobermans de la gauche bien-pensante, puis en opérant sciemment une multitude de glissements de sens qui mettront ainsi dans la bouche de l'accusé des choses qu'il n'a jamais dites, et en tout cas, pas ainsi. J'oserais dire que je m'y connais, surtout avec le magazine hebdomadaire dont il est question ici.

 

Voici ensuite l'Annapurna sur lequel notre alpiniste du progrès vient se hisser :

 

Druon ne dit pas autre chose, mais l'avantage, avec lui, c'est qu'il ne se prend pas pour Muray : il écrit dans une prose simple. Alors que Muray : « Le franchissement du mur de juillet (Avignon), événement tout à fait imprévu et absolument inédit depuis le début de l'ère des loisirs acquis, signifie l'entrée de la politique ou ce qu'il en restait dans l'épilepsie. Le passage de la politique à l'épilepsie. » L'épilepsie, joli mot qui donne à penser quand il n'y a rien à comprendre.

 

Il faut ici oser tout reprendre, et laisser agir les miracles de la réversibilité, tant vantés par Guy Debord, qui n'osa pourtant jamais aller jusqu'au bout des conséquences qu'une telle démarche impliquait (sans quoi le « situationnisme » ne serait pas devenu le populaire placement philosophique qu'il est devenu) :

Muray dit tout à fait autre chose que Druon, pour lequel il ne se prend pas du tout, alors que, selon toute vraisemblance, Didier Jacob cherche à concurrencer à peu près tous les cuistres et les histrions de sa « profession » depuis qu'elle existe, autant dire du plus vieux métier du monde.

 

Par exemple, notre Paul Bourget pour chaisières post-soixantuitardes ne parvient pas, la totalité des cellules nerveuses de son cortex pourtant mises à contribution, à comprendre la phrase lumineuse de Muray sur le passage de « la politique à l'épilepsie ». Sans doute Didier Jacob n'a-t-il jamais assisté à l'une de ces désespérantes « créations » de théâtre de rue dont Philippe Muray nous offre les descriptions cliniques, ou plutôt, si, gageons que le festiveur journalier est un habitué d'Avignon et qu'il y trouve chaque année son rata de « culture ».

 

On comprend mieux dès lors son incapacité à saisir ce « passage de la politique à l'épilepsie », puisqu'il en est lui-même le syndrome incarné, les lèvres écumantes de leur mousse discursive, comme l'ensemble de ses congénères, ceux-là mêmes qui ont « créé » cet univers abject dans lequel ils veulent nous faire vivre. Mais voyons comment l'imbécile heureux du monde tel qu'il va parvient à s'en sortir sur ce coup là. Et bien : par un aphorisme de sa confection, tout à fait délicieux, car absolument révélateur : Épilepsie, un joli mot qui donne à penser quand il n'y a rien à comprendre.

 

Saint Léon Bloy, priez pour nous. Comme vous aviez su si bien l'expliquer il y a un siècle, la moindre formulation vacillante d'un bourgeois, son plus futile cliché, est en mesure de faire s'ouvrir des mondes entiers. Sans le savoir, Didier Jacob, sous-prolétaire de la communication de demi-luxe, prononce une vérité absolument colossale, bien plus infinie que lui : un mot qui donne à penser quand il n'y a (plus) rien à comprendre, c'est précisément la définition d'un concept philosophique, c'est-à-dire le moment où la pensée est en mesure d'émerger des cendres du sens, le moment miraculeux ou l'action de penser surpasse les limites de la compréhension commune.

 

Didier Jacob, en parfait monsieur Jourdain de notre Basse Époque, assène cette vérité en croyant qu'il laisse échapper un bon mot, qui lui vaudrait une carte de membre à Tout-le-monde-en-parle. Il y a des moments, pour sûr, qui dans la vie méritent d'être vécus.

 

Mais notre comique troupier ne s'en tient pas là. Ouh-la-la que nenni. Il en réserve encore une bonne dans sa besace, notre journalier de l'étron locutoire. Après l'Annapurna, l'Everest, rien n'arrête notre roi de l'escalade.

 

Rien de tel que cette vieillotte et absurde hérésie à la fois « anti » et post-chrétienne qu'est l'Islam pour aujourd'hui balancer un peu de sel sur les plaies purulentes de la nation. Rien de tel que cette « religion » pour faire passer à peu près n'importe quel « message » de zombie microcéphale, Muray lui-même le note très bien : de Glucksmann à Nabe, de Meyssan à Dieudonné (ou l'inverse), en ce moment le concours aux débiles mentaux est ouvert, et bien largement.

 

Alors voyons comment Didier Jacob nous tricote son affaire :

 

Une autre énormité ? « L'islam, j'en suis persuadé, est entré en agonie, contrairement à ce que tout le monde pense, une agonie qui sera longue et fera encore, certes, de très gros dégâts, mais qui me paraît irréversible. » Madame Soleil a parlé. Mieux informé que tous les stratèges de la planète, qui dépensent des millions de dollars en équipements d'observation ultra-sophistiqués, plus averti que tous les reporters du monde entier qui risquent quotidiennement leur vie pour annoncer au monde qu'il ne faut décidément pas se risquer à de trop hâtives interprétations, Philippe Muray vous l'annonce sans coup férir : l'Islam est mort. C'était un reportage, en direct live, de notre envoyé spécial à Saint-Germain-des-Prés.

 

Je crois pouvoir le dire sans trop m'avancer, cette petite dizaine de lignes aurait mérité son Karl Kraus, son George Steiner, je me sens presque écrasé devant une telle énormité dans l'abjection, dans la plus pure bêtise devrais-je dire, une bêtise proprement ubuesque, intergalactique, sans plus la moindre mesure, même avec ce à quoi nous avait habitué jusque là ce logomachique bibelot pour trotskiste rangé.

 

Madame Soleil a parlé ! Décidément, on voit ici toutes les références livresques auxquelles Didier Jacob s'est préparé depuis l'enfance. Pour ce tubulaire suppositoire de la sous-pensée moderniste, en effet, seuls des millions de dollars en équipements d'observation ultra-sophistiqués sont — c'est l' évidence selon Saint Technikart ! — en mesure de voir le monde tel qu'il est, sans parler des « stratèges » qui les emploient, ceux de l'Armée Française, je présume. Pour cette saucisse sous cellophane de la pensée nunuche, seuls tous les reporters du monde entier qui risquent quotidiennement leur vie pour annoncer au monde qu'il ne faut décidément pas se risquer à de trop hâtives interprétations ont droit à la parole ! On se risque alors à imaginer un monde défini par notre caporal du Nouvel Obs : un monde de « reporters » qui — l'Irak nous l'a montré ! — sont en effet les seuls à « risquer quotidiennement leur vie » pour « annoncer » qu'il ne faut pas se « risquer à de hâtives interprétations », par exemple, SURTOUT PAS : que l'Islam est notre ennemi, mais qu'il est sans doute en voie de perdre, car déjà avalé par la dévolution générale.

 

Seul un « reporter », sans plus la moindre « frontière » — concept ô combien réactionnaire — est en effet en mesure de penser notre monde, demandez à Didier Jacob, il appartient à la corporation, il sait de quoi il parle.

 

D'autant plus qu'il ne dit strictement rien.

Maurice G. Dantec

 

« La seconde mort de Van Gogh »

Montréal, Amérique du Nord, le 8 novembre 2004

Le XXIe siècle risque d'être franchement impitoyable pour tous les plombiers de l'événementiel, et du non-événement, tous ceux qui, par exemple, ont fait croire aux Français que Kerry avait la moindre chance d'être élu par une majorité d'Américains !

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le plus grand nombre de voix jamais attribué à un candidat dans toute l'histoire des États-Unis. Plus de 3,5 millions de bulletins d'écart. Aucun gain notable des Démocrates, voire l'inverse, dans les populations « sensibles » – soi-disant – à leur discours : perte de terrain chez les femmes mariées comme chez les mères célibataires, chez les latinos, chez les ouvriers, les juifs, les catholiques, les jeunes, bref dans toute la base traditionnelle du Parti. Avoir gagné les baby-boomers des centre-villes, les homos indifférencialistes, les néo-bourgeois pacifistes d'Hollywood et les universitaires marxistes n'aura pas suffi à pallier ce déficit historique.

 

Le réveil fut brutal, il allait se révéler plus traumatique encore. En l'espace de deux ou trois jours, le monde allait envoyer une série de messages très clairs aux hommes qui l'habitent et qui, prétendument, le pensent.

 

Premier message, le 3 novembre : l'Amérique est la citadelle assiégée de la liberté, elle se tient droite alors que, dans le même temps, l'Europe, et tout particulièrement ce qui un jour mérita le nom de « France », s'est déjà couchée, s'abandonnant sans partage à la domination de ses nouveaux maîtres.

Second message, simultanément ou presque : Yasser Arafat, responsable de la déréliction totale de l'Autorité Palestinienne, entre dans le coma en même temps que dans un hôpital parisien.

 

Troisième message, dans la foulée : Un écrivain et cinéaste hollandais, arrière petit-neveu du peintre le plus connu de la planète, est abattu en pleine rue par une crapule islamiste.

 

Dans tous les cas on peut statuer sur la mort clinique de l'Europe, on peut lire l'acte de décès en toutes lettres, entre le 2 et le 5 novembre, le RÉEL aura réussi un come-back imprévisible, de ceux qui ne risquent pas d'être prévus, en tout cas, par les zombies lobotomisés de la nomenklatura médiatique franchouille.

 

Car décidemment le hasard est une idole qui n'aura pas tenu bien longtemps sur son socle de sable dialectique : L'assassinat de Théo Van Gogh par un microcéphale islamiste signe l'arrêt de mort de la civilisation « européenne », et en cela il paraphe aussi la seconde mort de son ancêtre, la seconde mort de Van Gogh. Pourquoi ? Oh, non pas à cause du fait que par cet assassinat, l'abruti nommé Mohamed B. l'aura tuée, cette Europe que le peintre à l'oreille tranchée avait su porter à l'état d'incandescence artistique, mais plutôt parce que ce meurtre révèle brutalement en un acte unique comment tout le continent va périr, je devrais dire : a déjà péri.

 

Car cette mort qui, visiblement, ne suscite aucune réaction particulière de Fred Vargas ou des autres courageux écrivains-rebelles de notre République, cette mort qui ne semble pas digne de mobiliser les « résistances » et le « désir de justice » des belles âmes humanitaires, cette mort, par l'absence, justement, de riposte effective ou ne serait-ce que de quelques mots outragés en provenance de notre Émirat des Zarzélettres, généralement plus volubile lorsque les « droits de l'homme sont menacés par la politique américaine ou israélienne », cette mort — disais-je, indique le corps mort de ce qui fut un jour nommé Europe. La seconde mort de Van Gogh désigne le cadavre, non pas de son descendant, mais de nous tous, en tant qu'Européens, ou plutôt en tant que Non-Européens.

 

Car si comme Günther Anders le disait il y a quarante ans, nous sommes tous des « fils d'Eichmann », osons dire que nous sommes tous aussi des arrière petits neveux de Vincent Van Gogh.

 

Je n'ai pas été mis au courant sur Internet ou ailleurs que des manifestations de soutien à la liberté d'expression des écrivains européens soient en cours d'organisation, afin de répondre au crime des nazillons talibans. J'attends toujours la vague d'indignation qu'un tel acte se devrait de susciter chez mes confrères, et je ne parle pas des hommes, ou femmes, dits « politiques ».

 

Où sont les pétitions ? Mais où est donc passé le MRAP ? Que fait Nick Mamère ? Qu'en pense Harold Pinter ?

 

Je n'ose imaginer ce qui se serait produit si un artiste quelconque, mais venant du monde arabe, avait été poignardé à mort par un skinhead néonazi batave. Sans doute une nouvelle loi, interdisant le port de Doc Marten's dans les lieux publics, serait-elle en préparation à l'Assemblée nationale ?

 

C'est étrange, non ? Même Salman Rushdie ou Taslima Nasreen parvenaient à faire naître un poil de commisération dans le coeur desséché du bobo made-in-Chirakistan, ou de son confrère écoloboche.

 

Y aurait-il quelque chose dans les origines de la victime, ou bien alors de son bourreau, qui interdirait que l'on puisse parler de « fascisme » pour cet acte aussi lâche qu'odieux ?

 

Hé bien, disons que la réponse est contenue dans la question, n'est-ce-pas ?

 

Je le dis très calmement : La France me dégoûte. Elle me révulse. Me fait littéralement vomir. Cette vieille catin édentée fait toujours mine de sourire alors que sa ménopause historique l'a rejetée au bas de l'échelle des nations prostituées. Son tapin, maintenant, elle le pratique direct avec les Ayatollahs de Téhéran, se rendant complice des crimes chaque jour accomplis par ce régime obscurantiste.

 

Les génocidaires communistes étant passés de mode, les péripatéticiennes du trottoir républicain ouvrent désormais leurs orifices au nihilisme terminal, celui qui venu du désert fera du monde un désert, celui dont Nietzsche parlait, et « qui sans cesse croît ».

 

Au lieu d'entreprendre avec l'Amérique et le Nouvel Occident russe la nécessaire guerre de libération des peuples musulmans de l'idéologie qui les maintient dans l'esclavage, l'Union Zéropéenne a décidé d'effacer de sa propre Constitution germinale toute référence à ses fondations historiques chrétiennes, afin de faire entrer dans le « machin » ainsi créé, et au plus vite siouplaît, la Turquie dans un premier temps, puis probablement les pays du Maghreb, voire qui sait, l'Iran, le Liban, la Syrie...

 

L'Europe se sera donc coupée aussi bien de son Occident — le Nouveau Monde — que de son Orient (je veux dire Byzance, soit la Russie et le monde slave), elle se sera intégrée de facto dans une « sphère de coopération euro-arabe » qui, bien sûr, n'est que le prélude à son islamisation générale.

 

Un spectre hante l'Europe, en effet, depuis longtemps. Ce spectre, il est déjà en train de se réveiller, avec des habits neufs, et exotiques. Ce spectre qu'est la future guerre civile européenne, et dont le noyau décisif, fissile, est bien entendu la France, ce spectre, il marche désormais en toute impunité dans les rues de Londres ou de Madrid, d'Amsterdam ou de Paris, et non seulement l'Europe n'a rien fait, ne fait rien, ne fera rien pour conjurer cette destinée fatale, mais pire encore, elle aura tout fait, absolument TOUT CE QUI ÉTAIT EN SON POUVOIR, afin que cela survienne, afin que son propre anéantissement s'accomplisse, que tout ce qui fut elle, tout ce qui est né de son génie singulier, soit un jour détruit, comme les statues bouddhistes d'Afghanistan par les criminels de guerre talibans.

 

L'extermination du génie européen a commencé. Quoique de plus naturel que de débuter l'opération par ses écrivains, dans le silence contrit des peuples d'esclaves ?

 

Le fait que le premier artiste européen à être assassiné par la racaille islamiste soit dénommé THÉO VAN GOGH ne devrait laisser place à aucun doute concernant la nature de la guerre en cours. C'est la plus belle épitaphe que la civilisation chrétienne des origines pouvait laisser pour les visiteurs du cimetière de l'histoire, dans les siècles futurs. Du suicide du peintre génial dédaigné de son vivant par les Bourgeois éclairés, jusqu'au meurtre de l'écrivain-cinéaste auquel ne répond que le silence du néo-Bourgeois de plus en plus éclairé, c'est tout le XXe siècle européen qui est ici résumé comme dans une tragique « saga » familiale, et il se résume en un mot : PÉTOCHE.

 

Car, sérieusement, peut-on imaginer des écrivains et des cinéastes français « en colère » qui défileraient devant l'Ambassade du Maroc, ou le domicile de Tariq Ramadan ? Qui appelleraient à la « résistance » contre le révisionnisme islamique ? Contre les décapiteurs encagoulés et les spécialistes du tir dans le dos d'écoliers ?

 

Allons, allons... restons raisonnables, ce Théo Van Gogh, comme les Américains le 11 septembre 2001, il ne l'aurait pas un peu mérité, lui aussi ?

 

Il faudra veiller à demander à Thierry Meyssan ce qu'il en pense, nul doute qu'en fait aucun islamiste ne s'est abattu sur le vélo de l'écrivain, nos spécialistes nationaux de la balistique ne vont pas tarder à en recueillir les « preuves irréfutables ».

 

En attendant, et pour des raisons franchement incompréhensibles, cette thèse ne semble guère attirer l'attention du gouvernement néerlandais qui vient officiellement de « déclarer la guerre à l'islamisme », rejoignant ainsi la Sainte Alliance des Nations Occidentales, et propageant la fracture transatlantique en plein coeur de l'Europe, à quelques encablures de Bruxelles, et du nouvel État collabo Français.

 

Voilà. C'est fait. La guerre civile européenne vient tout juste de commencer.

On me dit que Chirac prévoit de passer ses prochaines vacances chez son ami le roi du Maroc.

Maurice G. Dantec

 

« Nord Atlantique »

[15 avril 2004]

Prenons un point de l’espace et du temps : 1963, plage du Releck-Kerhuon, Finistère sud, Bretagne, France.

C’est un point comme un autre, à priori, mais c’est le point de départ qui nous intéresse.

Un petit garçon savoure un choco-BN sur le sable chaud et humide, les fesses posées sur un coussin gonflable, emmailloté dans une serviette de bain en mousse bleu azur, il regarde sa petite soeur, qui frissonne dans une serviette identique, mais de couleur jaune, dévorer son biscuit le regard perdu en direction du grand ouest.

Le petit garçon jette ensuite son œil curieux de tout sur son père, un peu à l’écart, qui prend des photos au bord d’une petite dune, puis sur sa mère qui sort de l’eau, dans un maillot une pièce de couleur sombre, l’écume bouillonnant à ses pieds. Des gens courent et s’amusent dans les vagues derrière elle, de petits enfants se dirigent vers les flots bleus en maintenant de leurs mains roses et boudinées leurs bouées-canards autour de la taille.

Sa mère se penche vers lui et lui dit un mot gentil avant de s’asseoir à côté d’eux. À un moment donné, le petit garçon se rend compte que sa sœur s’est mise à faire des pâtés de sable un peu plus loin mais que c’est sa mère qui à son tour fixe de ses yeux l’horizon, là-bas, en direction du soleil qui décline, dans un halo orangé. Alors lui aussi il observe l’astre qui rougit très progressivement et trace partout dans les cieux des enluminures de nuages en couches, torsades et filaments roses, violets, rouges, bleus, pourpre…

Il ressent, pour la première fois de façon consciente en tout cas, une impression de béatitude et d’accomplissement, comme si ce bref instant pouvait contenir toute sa vie, celle à venir, et tout ce que le monde a vécu, vit, vivra.

Il ne sait encore comment, ni pourquoi, mais son cerveau vient d’enregistrer un des souvenirs les plus nets de son enfance.

Il est train loin de se douter qu’à cet instant, son exil permanent vient de commencer.

 

L’exil se constitue loin des territoires, loin de l’histoire, il est une géographie en devenir, il est un secret que l’on porte sans même le savoir et qui vous déporte brutalement hors du réel, vers un autre réel, dans un mouvement qui déporte avec lui tout l’imaginaire dont il est composé, il se trouve lui-même dans la béance qu’à chaque instant il ouvre sur le monde, il n’existe pas encore qu’en fait il est déjà là, il est une petite pluie mauve qui vient rayer les fenêtres de l’appartement de la rue Louis-Bertrand, à Ivry, alors que les lumières de la ville s’allument une à une et que le petit garçon âgé maintenant de 5 ou 6 ans vient d’arrêter son tricycle à côté du poste de télévision sur lequel ses parents regardent les informations d’un œil tout en tapant des documents à la machine à écrire, pour ma mère, ou fumant Gitanes sur Gitanes plongé dans la lecture d’un article à remettre pour l’aube, du côté paternel.

Cette pluie mauve se combine aux jets furieux des étincelles de l’incendie de l’Usine Schneider, qui se déroula juste sous les fenêtres de notre appartement, haut situé dans la tour A. Cette nuit-là, réveillés par les sirènes et le grabuge, nos parents nous avaient autorisé à nous lever, ma sœur et moi, afin que nous puissions regarder le spectacle depuis le balcon qui donnait juste sur l’Usine en feu.

Les flammes faisaient exploser les vitres, et tournoyaient au dehors des ouvertures en crachant une fumée noire remplie d’étincelles qui virevoltaient dans l’atmosphère en hordes de lucioles affolées.

Ces événement forment désormais un continuum de moments inséparables, ils forment une vie. Ils forment une trajectoire singulière vers la mort.

Ce bloc de vie est un cristal dans lequel viennent se réfracter des sources de lumière diverses. Il y a le ciel des fins d’après-midi et des crépuscules, il y a les lueurs électriques de la ville sous la pluie nocturne, il y a les incendies catastrophiques qui ressemblent aux images de la guerre captées sur l’écran de télévision, et il y a l’écran de télévision lui-même.

Je pourrais revendiquer fièrement de faire partie de la toute première génération électronique de l’histoire. Il n’y a pas de quoi être fier, et au demeurant comment être fier de ce pourquoi on n’est pour rien ? Je suis né dans l’environnement créé par la génération de mes parents, et de leurs propres parents. Je suis en enfant de la guerre froide, à l'âge de 5 ou 6 ans je savais déjà que mes parents étaient communistes, je savais déjà que le revolver d’ordonnance de l’armée française, calibre 8mm, modèle 1892, planqué au fond d'une antique sacoche de cuir à fermeture de laiton, était un souvenir du paternel datant de sa fringante jeunesse dans les FTP du Massif Central, et prêt à l’emploi au cas où…

Les images en noir-et-blanc de l’ORTF à peine née sont inclues dans ce bloc mémoriel ni plus ni moins insécable qu’un atome. Tentez de le briser pour en extirper cette « réalité », cette réalité de l’écran électronique, et vous désintégrez le monde. En 1964, ou 1965, le monde est en effet celui de la Guerre Froide, et à cette époque cela signifie que c’est toute la Seconde Guerre Mondiale qui ne cesse de se survivre à elle-même, dans nos imaginaires pour commencer.

Du Jour le plus long à La Guerre [Bataille] du Rail, de la Guerre [Bataille] de l’Eau Lourde à Babette s’en va-t’en guerre, du Pont de la Rivière Kwaï aux Maraudeurs de Birmanie, les années soixante, sur le petit écran c’est d’abord la mise en images de la tragédie qui s’est donc déroulée un peu avant que je naisse, 15, 20 années tout au plus. Et cette tragédie, dans les années soixante, semble se poursuivre tout naturellement dans les images de la « réalité », les images de la troisième guerre mondiale : Crise des Missiles, expérimentations atomiques, Guerre d’Algérie puis du Vietnam, Pop-Music et conquête spatiale, Mai-68, Prague.

Je suis un enfant de la troisième guerre mondiale, je suis un orphelin de la civilisation française.

Car si la seconde guerre mondiale semble bien pouvoir encore focaliser les yeux du monde sur notre pays, il me semble bien, déjà à l’époque, qu’en ce qui concerne la guerre qui se déroule chaque jour devant les miens, sur l’écran de télévision, elle implique des puissances bien plus colossales, dont mes parents parlent toujours avec une forme de respect, admiratif et enthousiaste pour la Russie soviétique, admiratif et craintif pour les États-Unis d’Amérique.

L’Une est à l’Est, l’autre à l’Ouest.

Je prends très vite conscience que nous sommes au « milieu », comme le vieil Empire Chinois, je prends très vite conscience que la France est une sorte de spectre vaguement congelé et dans lequel je ne deviendrais jamais astronaute.

Je prends conscience que si je suis français, quelque chose me sépare de ce que ce pays représente maintenant, après son suicide, cette tragédie absurde que mes parents ont vécu, je suis Français, certes, comme les chevaliers de Saint-Louis, les Mousquetaires du Roy, les Paladins de Charlemagne, les Gaulois d’Astérix, ou les Forces Françaises Libres, mais déjà d’autres identités sont à l’œuvre, tissant une structure complexe qui, 35 ans plus tard, conduira à la désorbitation nord-américaine, dans une ligne de fuite qui conjuguera tant l’imaginaire en écriture et celui déjà écrit que le réel, c’est-à-dire le flux invisible qui structure notre rapport au concret.

À 35 ans de distance, l’Amérique se dévoile elle-même, tout autant que comme le secret enfoui au plus profond de ma propre enfance, l’Amérique se révèle et conséquemment fait la lumière sur la transcription continuelle dont elle était la CARTE, avant d’en devenir le TERRITOIRE.

 

Je ne saurais dire si — comme on le dit depuis fort longtemps — les rêves sont des cartes, nous indiquant l’existence d’un autre monde, peut-être plus VRAI que le nôtre, mais je suis en mesure d’affirmer que les cartes sont des rêves, des potentialités illimitées de recombinaison de l’imaginaire dans le concret, elles sont bien plus que des représentations symboliques de territoires « réels », à ce moment clé des années soixante, alors que le petit garçon de la guerre froide essaie de comprendre quel est ce monde dans lequel il commence à vivre, ce monde est déjà « englobé », symboliquement, et sémantiquement, par le flux des images à la télévision, et par les pages d’un Atlas géographique.

Ce monde on en fait le tour à la vitesse d’un spoutnik, on peut le détruire complètement avec des bombes atomiques, il est très beau, très tôt le matin, ou tard dans l’après-midi, et ses nuits étoilées aspirent l’âme jusqu’à l’éclat originel des astres en myriades.

Mais ces mêmes nuits, désormais, sont accompagnées des visites régulières de la Faucheuse, sous la forme de crises asthmatiques qui frôlent l’asphyxie et obligent le médecin à prescrire une opération courante à l’époque : l’ablation des végétations.

C’est à cette époque originelle de la prime enfance que j’ai fait connaissance avec Elle, avec la Mort, je pourrais lui en vouloir d’être venue perturbée si tôt la vie heureuse d’un petit garçon insouciant des années 60, mais j’ai appris depuis ce que je lui dois, j’ai appris depuis le message que — sans doute — elle avait été chargée de m’envoyer dès cet instant, afin que je fus prêt le jour venu, le jour où son ombre se dresserait à nouveau, sur moi, et pire encore, sur les miens.

 

Mais en cet instant j’étouffe, j’aspire de l’air qui ne vient plus, je suis l’astronaute piégé hors de la capsule alors que sa combinaison se dépressurise.

Maurice G. Dantec

 

« To Burn Jewish Schools Is Pretty Cool ou

Nos "idées" sont des armes. Et elles tuent »

Le 6 avril 2004

Depuis que le monde est ce qu'il est, im-monde, il existe deux types d'enculés : les enculés et les enculeurs. Les seconds enculent les premiers, c'est tout. Ils s'entendent très bien.

Depuis que l'escroquerie politico-intellectuelle du nihilisme est apparue, en gros à partir de la sinistre Révolution Française, il existe deux types de terroristes : la racaille qui guillotine, et la racaille qui applaudit à la vue du sang. Il arrive parfois que les premiers guillotinent quelques uns des seconds, mais dans l'ensemble, ils s'entendent très bien.

Aujourd'hui on pourrait illustrer la chose ainsi : la non-humanité qui génocide à tour de bras, et celle qui en fait la promotion.

Un très fatal rapport qui unit 800,000 personnes tuées à la machette, et la fameuse Radio-Mille Collines, une relation aussi complémentaire qu'un « spectacle » du dégénéré post-hippie nommé Stevie-O, et les abrutis, accompagnés de leurs porcinettes à piercing, qui se sont offerts une pseudo-émeute merdique sur la rue Sainte Catherine il y a deux jours.

Stevie-O se fait des couilles en or, en les montrant au public et en lui pissant dessus.

Le public ouvre grand la bouche, et montre son cul aux caméras de télévision.

Là encore, règne une entente toute fraternelle.

Existe-t-il dès lors une réelle différence entre ces deux typologies de la (non)-humanité actuelle, que l'on pourrait tenter de mettre en lumière ?

Ténue, pour ne pas dire microfilmique, cette « épaisseur » différentielle, à peine inférieure à celle d'une capote prophylactique, contient pourtant tout ce qui sépare une ordure qui programme des attentats du type 11 septembre new-yorkais ou 11 mars madrilène d'une ordure qui se contente de vomir sa crasseuse haine d'elle-même dans quelque torchon de cuisine nanarchiste, elle contient la différence entre un islamiste marocain qui a les burnes de se faire sauter dans l'immeuble d'une banlieue espagnole et une tarlouze gauchisto-nazie de Montréal qui, 40 ans après les exploits du FLQ à l'encontre des boîtes à lettres fédérales, va mettre le feu à une école juive.

Pour le nihiliste islamiste, la destruction de notre civilisation est une question de VIE ET DE MORT, ce qui pour lui revient au même. Le Juif est pour lui un Ennemi Théologique, et Ontologique, puisque par son existence même, il rappelle scandaleusement que c'est avec le Peuple d'Israël que Dieu a établi sa Première Alliance. Le Chrétien, quant à lui, pire encore, rappelle par sa simple présence, que la Seconde fut scellée par la Divine Incarnation, qui fut le véritable sceau des Prophètes.

Pour le nihiliste nanarchiste, le Juif représente simplement TOUT ce qu'il hait par définition préalable tirée de ses pathétiques lectures « anti-cléricales ». Pour les gauchistes, quelle que soit la sous-race à laquelle ils appartiennent, en effet, le Juif est un « instrument » bien pratique, dès lors qu'il ne sort pas de son rôle de victime EXPIATOIRE du très-méchant-fascisme OCCIDENTAL.

Qu'il se dote d'un État, qu'il récupère la Terre qu'on lui a volée il y a des siècles, qu'il se tienne droit, avec son Dieu, face aux merdaillons des Intifadas programmées, et le Nanarchiste commence à voir trouble, si j'ose dire.

Le venin de la bêtise moderne a déjà ramolli son cortex au point qu'une infection de l'encéphalite spongiforme bovine pourrait lui être profitable, mais désormais c'est le concentré d'excréments de la non-pensée post-communiste qui lui dicte les quelques locutions vaguement cohérentes qu'il est en mesure de proférer.

Ainsi, sur notre site, nous n'avons pu résister à IMMORTALISER la prose des nazillons rouges du Trouble, publiée moins de 2 mois après les attentats du 11 septembre :

J'en ai rêvé.

Ben Laden l'a fait.

Le Nanarchiste du Trouble, comme tous les autres parasites accrochés en bancs de polypes sur les cuvettes de WC puantes de l'Université Islamique de Concordia, ou d'une autre du même acabit, n'aura en effet jamais plus de cran que de RÊVER – la main gauche sur la visière de sa casquette, la droite solidement refermée sur un membre inférieur, quoique central, de son organisme –  de rêver, disais-je, à son merdiculaire phantasme de révolution-pour-nanarchiste.

Le Nanarchiste, petite crevure que la société de contestation a fabriqué pour les besoins de son anus colonisé de métastases, le Nanarchiste, en plus d'être un con, et comme je le disais, une CREVURE, le Nanarchiste peut, par l'équivalent pour lui d'un héroïque sursaut de courage lacédémonien, chier sa haine sanguinolente sur quelque papier-cul que la démocratie subventionnaire lui octroie royalement.

On le verra éventuellement s'attaquer à quelques coupables Honda Civic malencontreusement garées sur son chemin, voire brandir, avec la fierté de ceux qui sont fiers d'être ce qu'ils sont, un doigt d'honneur devant une escouade anti-émeutes. Il ne lui est pas interdit de descendre quelques vitrines, puis de boire une bière en évaluant les dégâts. À ce titre, on peut facilement l'imaginer comme une sorte de miroir « politisé » des dégénérations qui — avec leurs divers Stevie-O — n'osent même pas aller au bout de leur « convictions » autodestructrices, ce qui, au moins, représenterait l'intérêt de nous débarrasser d'un seul coup, un peu comme les membres d'une secte, de toute cette déshumanité (dé)cultivée, grâce aux vertus, pas encore suffisamment promues selon moi, du suicide collectif.

Le Nanarchiste, on le comprend à ces mots n'est donc rien d'autre qu'un petit RIGOLO.

Une crevure, certes, on ne le redira jamais assez.

Mais une crevure COMIQUE.

Cela existe. Il suffit de se rendre à une manif « altermondialisation » pour pouvoir en saisir le portrait, aussi multiple qu'il renvoie à une unique réalité : celle de l'aliénation ultime.

C'est en effet le moment où l'aliénation est parvenue au point de surfusion fétichiste que ni Marx ni Debord ne pouvaient prévoir (il étaient... marxistes) ; c'est le moment où l'Aliénation devient Révolution. C'est-à-dire le moment où la Révolution devient une marque de T-shirts fabriqués en cannabis équitable.

C'est le moment — exquis, dois-je le spécifier ? — de l'HUMOUR involontaire du Nanarchiste, le moment où toute sa prétention bouffie, gonflée paradoxalement par tous les vrais livres qu'il ne lira jamais, apparaît dans toute sa splendide nudité, comme une mémère obèse et octogénaire qui tenterait de livrer la marchandise sur le stage d'un bar à danseuses pour bikers.

Avant de poursuivre ce rapide exposé des déjections intellectuelles qui sont en train de préparer les consciences à l'acceptation du révisionnisme historique général comme base du système orwellien-cool qui se profile, et qui ne mène à rien d'autre qu'au statut de dhimmi, je me dois de dire que le Nanarchiste n'apparaît pas par hasard dans la société occidentale crépusculaire de ce début de XXIe siècle.

Il est le PRODUIT, au sens mathématique, de toutes les équations qu'une société comme le Québec a imposé aux consciences en termes de limites et fondations de la pensée collective.

Depuis que le journal, cette invention des médiocres, a inventé son ultime parasite : le journaliste, la bêtise instruite a produit plus de génocides et de catastrophes régressives que 6000 ans d'histoire écrite n'avaient même pu l'imaginer.

Ainsi, nous allons déjà pouvoir établir sans trop de mal cette vérité consternante que si une école juive a brûlé hier dans les quartiers nord-ouest de Montréal, l'acte n'est pas isolé. Au delà même de la courbe statistique qui démontre que le Québec, comme son « modèle » caché, la République Jacobine du Chirakistan, connaît une vertigineuse progression des actes criminels antisémites, cet acte n'est pas seulement relié aux autres actes du même genre, il est à relier à un ensemble très cohérent de discours : une véritable sémiologie de l'antisémitisme gauchiste contemporain (tout antisémite est un gauchiste, et réciproquement) reste sans doute à établir mais il ne fait aucun doute que ce geste terroriste a été programmé par des dizaines et des dizaines, je devrais dire des centaines et des centaines d'articles de presse, de commentaires radiophoniques, de chroniques télévisuelles — de Télé-Québec à Radio Canada, d'Amir Khadir à Anne-Marie Dussault, de feu Pierre Bourgault au non moins mort Pierre Foglia, des banalités libérales de La Presse aux coprolaliques déjections des divers Nanars locaux, des gauchards du PQ aux abrutis du NPD (dont cette ordure de Svend Robinson, complice des génocidaires communistes serbes entre 1991 et 1994) — qui ont calmement propagé le plus insidieux des antisémitismes, celui-là même qui conduisit un jour les Onuzis islamophiles et afrocentristes de l'Unesco à décréter que le sionisme était une forme de racisme !

Comme je l'ai déjà dit dans un ouvrage qui date de quelques années qui paraissent maintenant des siècles, on reproche aux Juifs d'aujourd'hui très exactement le contraire de ce qu'on leur reprochait il y a 60 ou 100 ans, soit d'avoir une nation et de se battre pour elle. Pire, il apparaît bien que cette nation ne connaît vraisemblablement pas le destin de n'importe quelle nation sur la Terre. Conception absurde pour un souverainiste-laïcard modèle UFP, un Libéral bourgeois bon teint ou un excrément du Nanarchisme, ce caca très coté pour certaines couches-culottes intellectuelles fournies en kit par une bonne partie des sociologues locaux. C'est pourquoi, tout le monde, au Québec particulièrement, doit être considéré comme le complice actif ou passif de cette petite Krystallnacht, mode couille-molle locale.

Quand le journal La Presse titre : « l'antisémitisme monte d'un cran », dans son numéro du 6 avril 2004, il omet une information des plus importantes. Il aurait dû rajouter, s'il restait dans les crânes de la bourgeoisie gaucho-centriste un microgramme d'honnêteté intellectuelle : et nous y sommes pour quelque chose.

Ainsi, il peut arriver que le Nanarchiste, après une mauvaise lecture de trop, et d'une manière à peu près aussi impromptue que celle avec laquelle sa diarrhée verbale se déverse, à ses pieds, comme sur ceux de ses infortunés voisins, se décide quand même à suivre quelque peu les traces fuligineuses laissées par ses maîtres à penser, par les vraies crevures, les vrais génocidaires, les vrais assassins, ses amis du Syndicat International des Djihâdistes.

Le voici à nouveau, son membre bien en main, en train de rêver à ce que Ben Laden est parvenu à accomplir, ce que lui, pauvre toutou toiletté du léninisme universitaire, s'est jusque là contenté de fantasmer.

Il ne peut tout de même pas détruire deux tours à New York. D'ailleurs, c'est déjà fait.

Et qui, en toute franchise, voudrait se sacrifier sur le stade olympique de Montréal ?

D'ailleurs, qui parle de sacrifice ?

Si l'Islamiste, dans son infâme hérésie, parvient à travestir cette notion jusqu'à celle du suicide-kamikaze, le Nanarchiste, lui, est bien embêté.

Bon, bien sûr, si par hasard il est une star de rock engagée, franchouille de surcroît, il peut toujours avoiner une femme à coups de poing et la laisser mourir dans son sang en se biturant la tronche à coup de vodka, mais s'il n'est rien d'autre que le rédacteur en chef ou le simple pigiste culturel d'une feuille de chou antisioniste et anti-américaine, ou même tout simplement un étudiant attardé et subventionné à ne rien produire durant des années, cela ne lui procurera que des inconvénients. Il se pourrait même qu'il aille en prison. Pour longtemps, je veux dire.

C'est à ce moment que la lueur intérieure du Nanarchiste s'éveille.

Entre l'écoute d'un groupe de rap raciste anti-blanc et l'agitation frénétique de sa main sur son RÊVE, un courant s'établit.

Une étincelle.

Oui.

Voilà. Une étincelle, un peu d'accélérant, une cible à forte charge symbolique, une revendication qui prend appui sur un conflit multimillénaire auquel notre bovidé du noamchomskysme ne comprend bien évidemment pas le plus microscopique appendice historique, et le tour est joué.

Le Nanarchiste, qui suit éventuellement quelques cours d'islamisation rapide grâce à des cassettes de rap made-in-Frankistan, a pu enfin franchir le stade de l'ACTIVISME. Or comme je l'ai appris récemment, en regardant une émission du service public de la CBC, en matière de « culture » seul l'ACTIVISME est aujourd'hui méritoire.

Par exemple Michel-Ange n'était pas vraiment un activiste, et il semblerait que l'on puisse dire la même chose de nombreux peintres de la Renaissance.

On comprend mieux dès lors pourquoi nos Musées d'Art Contemporains préfèrent exposer des crottins d'artistes prélevés directement dans leur bol matinal. Et je ne parle pas de la « culture hip-hop ».

Et on comprend encore mieux pourquoi le Nanarchiste a enfin décidé de passer la vitesse supérieure : les derniers tracts en provenance de son milieu d'adoption l'ont clamé durant des semaines sur les murs de Montréal :

NOS IDÉES SONT DES ARMES.

Pour Nanar, et ses éventuels amis d'une mosquée clandestine ou d'une madrassa d'appartement, il était temps d'agir.

Il était temps de démontrer la vérité de l'assertion : nos idées sont des armes.

Ce fut légèrement plus difficile que prévu, néanmoins.

En effet pour que l'assertion fût vérifiée, il aurait fallu que Nanar soit capable d'émettre, voire même de recevoir, la moindre IDÉE.

On imagine sa perplexité. Ce qui a pour conséquence que la proposition des coalitions pacifisto-nazies doit en fait être lue, par le miracle de la réversibilité dialectique déjà mille fois expliquée par Guy Debord, de la façon suivante :

NOS ARMES SONT NOS IDÉES.

Ah. On comprend déjà mieux pourquoi ELLES TUENT.

Et on comprend encore mieux pourquoi ce furent des LIVRES qui furent l'objet de l'ire des néo-collabos rouges-bruns-verts.

Le Nanarchiste, en effet, n'est rien d'autre qu'un nazillon rouge qui a peur d'assumer PUBLIQUEMENT son admiration pour les autodafés.

Il a peur d'assumer PUBLIQUEMENT sa passion secrète (ce qui fait, en comparaison, du vrai Nazi un modèle d'honnêteté intellectuelle) mais c'est à croire qu'elle le brûle intérieurement, comme aucune autre. Surtout s'il s'agit d'autodafés de livres religieux.

La seule exception serait que quelqu'un veuille un jour brûler le Coran, car pour Nanar, le Coran est plutôt à ranger du côté des manuels pratiques de révolution, il est donc hors de question qu'il le jette au feu avec des exemplaires de la Torah ou des Évangiles.

Mahomet est à placer avec Marx, Bakounine, Lénine, Makhno, Trotski, Castro, Noam-le-Kapo, et les mémoires du chanteur Renaud.

Ce qui fait que Nanar, au sommet de la jouissance, éjacule enfin son texte revendicateur alors que son incendie dévore les livres destinés à l'enseignement des enfants juifs de l'école United Talmud Torahs.

Nanar est au sommet de la gloire, il est le roi de la ville, the King of the Revolution, le Ben Laden du Café Chaos, le Omar Guevara des cultural studies de l'UQAM.

Enfin il a agi.

Il a FAIT.

Juste sous lui.

Ayons une pensée charitable pour Nanar, quelque soient ses origines « ethniques », et son véritable nom, lui qui a su courageusement détruire quelques milliers de LIVRES :

Une âme forgée dans l'acier le plus pur viendra te torcher, j'espère, juste avant de te livrer au feu du Shéol.

Maurice G. Dantec

 

« Tout, va, bien »

[11 mars 2004]

Don't think twice, it's all right.

Bob Dylan

Tout va bien. Je me dis ces mots : tout, va, bien, alors que les images des corps déchiquetés par les attentats en Espagne défilent sur ce qui me tient lieu de lien avec le monde.

Nous sommes le 11 mars 2004 et tout va bien – me dis-je et me redis-je comme si quelque chose voulait me forcer à ne pas croire au mantra. Les derniers opuscules de Philippe-Christian Bobin-Delerm sont là, heureusement, pour me le murmurer à l'oreille.

Tout va bien. 200 morts, 1500 blessés. Plusieurs attentats réglés au chronomètre, en pleine foule, dont certains ont foiré, c'est tout.

Même les islamistes d'Irak ne sont pas allés jusque là.

Non-non-non. Allons-allons-allons, tout, va, bien. Je crois que je vais m'abonner aux Inrockuptibles, qui se battent courageusement, à ce que je sais, pour sauver (ce qui reste de) l'intelligence nationale. Je devrais sans doute me rendre au prochain Festival de la Nanarchie, à Montréal, il est désormais officiel que la place de premier vendeur de non-fiction au Canada n'est occupée par nul autre que ce vieux farceur juif anti-juif de Noam Chomsky, maître incontesté de la déconstruction de la Parole, il me faudrait peut-être aller voir Les Invasions Barbares au cinéma, les critiques des journaux en ont dit le plus grand bien. Je crois que je vais croire à un monde sans Dieu, je crois que je vais croire à un monde où TOUT VA BIEN.

Oui, car tout va bien. Cette ombre de corps sur le trottoir, vaguement recouverte d'un linceul de fortune, entre des débris calcinés de toutes sortes, c'est celle d'un enfant. Tout va bien. Les wagons éventrés comme de vulgaires boîtes de sardines sous les coups d'un burin de feu ont été choisis pour leur capacité à faire le plus dégâts humains possibles. Tout, va, bien. Il n'y a pas de guerre. Non, non, non. Non-non-non-non-non-non-non.

Pas de guerre. Tout va bien. Les peuples s'aiment et aspirent à vivre ensemble.

NOUS AIMONS LA MORT, ET VOUS AIMEZ LA VIE. C'était indiqué clairement sur le texte revendicateur.

NOUS AIMONS LA MORT, ET VOUS AIMEZ LA VIE.

Cela me rappelle quelque chose, mais quoi ? En espagnol, peut-être... Viva la muerte, non, quelque chose comme ça ?

Non-non-non-non-non-non-non-tout-va-bien.

Ce genre de questions n'a pas lieu d'être. Non-non-non-non-non-non-non car TOUT VA BIEN.

Il n'y a pas de guerre, personne n'est « illégal », il n'y a pas de guerre, qui donc voudrait faire la guerre à l'Occident, voyons ?

NOUS AIMONS LA MORT, ET VOUS AIMEZ LA VIE – il n'existe aucun conglomérat politico-religieux qui voudrait ramener le monde à l'époque des tribus bédouines, voire dans le néant théocratique le plus limbique, et ce au prix de la destruction de toute civilisation humaine sur cette planète, c'est un pur phantasme, alimenté par la peur, financée par les grands trusts internationaux, et heureusement dénoncée par les coalitions pacifistes et altermondialistes. Or nous ne devons pas avoir peur : car TOUT VA BIEN.

NOUS AIMONS LA MORT, ET VOUS AIMEZ LA VIE.

Un grand élan mondial d'unification de la race humaine est en cours, qui en douterait ?

Des fascistes, voyons.

Heureusement que les Zah-artistes sont là.

Ah-âh-oui. Heureusement qu'ils sont là pour nous dire : non-non-non-non-non-non-non-à la guerre.

Heureusement qu'ils sont là pour nous dire oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui- tout va bien mais malheureusement c'est dommage c'est comme s'il y avait la guerre, qu'il faut alors anéantir de la pure dénégation fétichiste : non-non-non-non-non-non-non- il n'y a pas de guerre et si jamais, par hasard, il y a une guerre alors :

C'EST TRÈS MAL.

Mais il ne peut pas y avoir de MAL, n'est-ce pas ? – dans un monde où TOUT VA BIEN.

Il n'y a donc pas, non-non-non-non-non- il n'y a pas de guerre.

Surtout pas, n'imaginez pas ça, surtout pas, non-non-non-non-non, surtout pas de guerre planétaire ! Cela se saurait.

Ce n'est d'ailleurs pas une vraie guerre. Ce n'est d'ailleurs même pas une guerre. D'ailleurs Baudrillard, expert en théories de la simulation et en simulations de la théorie, nous l'a bien affirmé : c'est un simulacre.

La guerre du Golfe n'a pas eu lieu, et le 11 septembre non plus. La preuve ? Vous n'y étiez pas, et moi non plus, et lui non plus. Donc ? Donc c'est un simulâhâcreuh-deuh-laha-sôhôcihété-du-hu-spectâhâcleuh. Ce n'était qu'une image sur un poste de télé, pour faire bref, donc cela n'avait qu'une existence de phantasme. On devine ici tout le parcours astronomique que la pensée philosophique française a accompli ces 25 dernières années !

Ce n'était pas des événements, voire – naïfs que vous êtes ! – des « méta-événements » (capables de structurer ontologiquement tous les autres) non-non-non-non-non, cela est impossible dans un monde où TOUT VA BIEN. C'est, au choix, mais les menus composés sont acceptés :

1) une manipulation des services secrets américains, ces affreux mercenaires de l'impérialisme.

2) un coup des Juifs (ils ne sont pas à ça près, déjà qu'ils prétendent que Jérusalem est une ville juive !!!)

3) un retour à l'envoyeur, bien fait pour eux puisqu'ils avaient aidé Ben Laden lors de la guerre en Afghanistan contre nos zamis les communistes de Moscou.

Comment ? Ben Laden n'est apparu en Afghanistan qu'après le départ des Soviétiques, et c'est en fait un certain Shah Massoud, que le précédent a fait exécuter 2 jours avant le 11 septembre, qui fut le grand chef de la résistance afghane ?

Pour qui nous prenez-vous ?

Ah, non mais dites donc !

Il ne faut pas croire que nous allons nous en laisser conter aussi aisément par les officines de la propagande américano-sioniste ! Nous avons tous lu bien en choeur Thierry Meyssan, Marc-Édouard Nabe, Noam Chomsky et Michaël Moore, nous.

Soyons audacieusement synthétique : TOUTVABIEN.

La preuve : Chirac est au pouvoir, et au vu des derniers résultats électoraux, heu... TOUTVABIEN.

En tout cas, Chirac, tout le monde a pu le constater, ne cachait pas sa joie en apprenant les nouvelles en provenance des urnes espagnoles, 3 jours après les attentats de la gare d'Atocha : avec son confrère pacifisto-socialiste, ils vont pouvoir tranquillement s'assurer de la DESTRUCTION DE LA CIVILISATION EUROPÉENNE, en lui déniant tout héritage judéo-chrétien, en anéantissant 20 siècles d'histoire. Quel bienfait pour l'Humanité ! Deux millénaires d'affreux colonialisme culturel enfin balancés dans la benne à ordures des avortement politiques !

Qui pourrait s'en plaindre ?

Des fâ-hâscistes, assurément.

Car je le répète, il faut que je le répète, je dois impérativement franchir la page 18 du dernier Bernard Lindensky, je dois le répéter à qui veut l'entendre : TOUTVABIEN.

Oui, tout va bien. Il faudrait être fou pour demander plus, ou moins, cela dépend des cas.

Par exemple, oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-tout-va-bien, pourquoi s'inquiéter de la présence de centres de viol à la serbo-bosniaque sur le sol de la République, dites-moi ? Environ mille « cités » considérées comme « sensibles » et dans lesquelles des viols de prépubères ou d'adolescentes, répétitifs, récurrents, sont perpétrés par ceux là mêmes que les victimes côtoient chaque jour (mesdames les féministes osez établir la différence avec un viol unique, commis par un inconnu de passage, là il s'agit d'un acte IRRÉVERSIBLE commis au quotidien, par vos voisins de palier), mais, est-ce donc possible ? Je m'emporte, encore un mauvais coup de ce démon qui m'a poussé un jour à oser dire que non-non-non-non-non-non-non tout n'allait peut-être pas tout-à-fait bien.

Alors que c'est l'évidence : oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui- tout va parfaitement bien.

Quel idiot. Quel crétin. Heureusement que les jou-hournalistes sont là, comme Arnaud Viviant par exemple, le Lyssenko culturel des Inrocks, ou Pierre Marcelle, maréchal-des-logis à la caserne Libération, qui ont su, en bons apologistes du TOUTVABIEN, me remettre illico dans le droit chemin.

Sans la presse, en effet, que deviendrions-nous ? Imaginez un peu la catastrophe : plus de oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-tout-va-bien.

Par exemple – et alors que j'ai pu constater entre-temps que les images des attentats espagnols ont été nettoyées de toute représentation de la violence qui ne serait pas, non-non-non-non-non-non-non, admissible –, par exemple, disais-je, les médias ont désormais une explication ultime – causa finalis – pour les crimes de masse aveugles qui ont tué 200 personnes et blessés 1500 autres, non-non-non-non-non tout-va-bien.

S'il y a une guerre c'est de la faute aux Zaméricains, Ah oui, ah oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-les-Zaméricains. Par exemple un ami me raconte que ses propres collègues de travail, au bureau, lui ont dit, au matin du 11 mars, comme illuminés d'une lueur de conscience intérieure rivalisant avec l'éclair heideggerien, voire le sommet indépassable de la contemplation boddhisattvique : tu vois bien, c'est de la faute aux Zaméricains.

Vous voulez dire : un peu de la façon selon laquelle les représailles nazies aux opérations alliées durant la 2e guerre mondiale étaient représentées par la presse de Vichy ?

Ah-non, ah que-non-non-non-non-non, pas l'ôhôdi-heu-seuh-presseuh-de-Vichy. Pas ça. Pas nous. C'est im-pos-si-ble. Ne dérapez pas.

S'il y a la guerre en Espagne, si des musulmans fanatiques tuent à l'aveuglette en Espagne, c'est de la faute aux sales Zaméricains-en-Irak, ainsi qu'à ce fumier de franquiste-fasciste-réactionnaire d'Aznar qui a payé pour avoir osé suivre les sales Zaméricains-en-Irak, menaçant l'ordre du TOUTVABIEN, du non-non-non-non-non-il n'y a pas de guerre, oui-oui-oui-à-la-paix-dans le-monde. C'est de sa faute, ah, ça, oui-oui-oui-oui-oui. C'est de sa faute et de celle des Zaméricains-en-Irak. Mais ce n'est pas la faute des terroristes musulmans. Ce n'est pas la faute de leur idéologie de domination planétaire. Ce n'est pas la faute de leur hérésie fanatique et criminelle. Ah-non-non-non-non-non-non-non, si jamais quelqu'un se compromettait à proférer une telle absurdité, il se pourrait que Tariq Ramadan, Mouloud Aounit, Jacques Chirac, Nick Mamère, voire même Jean-Marie Le Pen ne soient pas contents. Oh, ça, non-non-non-non-non-non pas contents du tout.

Car cela voudrait dire alors que les Français – et les Confédérés de Bruxelles – sont prêts à se coucher devant la menace des Bédouins, et ça, alors ça, non-non-non-non-non-pas-du-tout, vous comprenez ? Car si les Zéropéens se couchent devant le totalitarisme islamique c'est, soyez en assurés, de la faute aux Zaméricains-en-Irak et de ce franquiste-fasciste-réactionnaire d'Aznar.

Oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui, car ainsi même s'il y a la guerre :

TOUTVABIEN.

Donc : Tout va bien. Par exemple, le racisme, grâce aux bons soins de SOS-Racisme, de Mitterand, du Mrap, de Roger Hanin et de l'Unesco, a été éradiqué de la planète.

Il faut bien s'entendre là-dessus, car comme je le disais : TOUTVABIEN, et mettre au clair certaines définitions axiomatiques, en préalable à toute discussion, ainsi : être raciste c'est affirmer la supériorité des hommes de race blanche sur ceux des autres races, en particulier ceux de race noire.

De ce point de vue, certes, subsistent encore ça et là quelques poches de sauvagerie redneck et de totale inculture, en tout cas les livres de Naomi Klein n'y parviennent point, c'est dire !, mais en gros ce racisme n'a plus droit de cité, et c'est tant mieux car ainsi TOUTVABIEN, le racisme a disparu ! La puissance magique du TOUTVABIEN, ce nouveau Dieu dont les vestales se dandinent, sur les plateaux de la télévision nationale-contemporaine, entre les deux avatars « dialectiques » de l'extrême-centrisme consensuel « politiquement incorrect » : soit la posture rebellitaire et le néoconformisme post-bourgeois, la force du TOUTVABIEN est à peine croyable.

TOUT

VA

BIEN.

Le racisme a disparu, comme je le disais, car le racisme des blancs anti-noirs est désormais condamnable sous toutes ses formes, même en rêve.

Bien sûr, me direz-vous, je vous reconnais, agents du démon, avocats du Diable, il existerait aussi un soi-disant « racisme anti-blanc », pur phantasme agité par les multi-hinâtionâ-âleuh au service du Grand-Kapital. Il ne peut y avoir de racisme anti-blanc. Non seulement c'est impossible mais la loi d'exception française a prévu le coup, pensez-donc, et elle en a par conséquence BANNI toute espèce de représentation légale possible.

Il n'y pas de racisme anti-blanc, car TOUTVABIEN, les racistes anti-blancs ne sont pas des racistes.

Ce ne sont pas des racistes parce que, TOUTVABIEN, ce sont justement des ANTIRACISTES.

C'est simple comme bonjour. Je vous explique, croyez en la force du TOUTVABIEN :

Un raciste est un raciste blanc anti-noir, voire spécifiquement anti-maghrébin, plus rarement anti-jaune. C'est un sale skinhead, un white trash, une ordure facho.

Un antiraciste est un noir, un arabo-maghrébin, un asiatique, ou même un européen blanc – généralement un « rappeur engagé socialement », voire dealer ou proxénète à ses heures perdues – qui pratique sous quelque forme que ce soit le racisme antiblanc, parce que, TOUTVABIEN, le racisme antiblanc, ou anti-européen, ou anti-américain, n'est pas du racisme.

C'est la pointe avancée des cultural studies.

C'est de l'antiracisme.

Ce n'est pas plus compliqué que ça. Il faudrait être un immonde salaud de nazi pour trouver ici une perversion quelconque, un « cercle vicieux », un sophisme destructeur.

Qu'il est doux de se dire que l'on vit ainsi dans un monde où TOUTVABIEN et où les antiracistes antiblancs et anti-européens veillent ainsi sur le droit des peuples, et spécialement des minorités.

TOUTVABIEN. Les images du carnage espagnol sont rouges du sang des vrais martyrs. TOUTVABIEN.

Ce n'est rien.

Non-non-non-non-non-non-non- il n'y a pas de guerre. 200 morts. 1500 blessés.

Oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui- TOUTVABIEN.

Il y a une dizaine d'années – je m'en souviens comme si c'était hier – alors que les cratères ouverts par les explosions sont jonchés de débris métalliques noircis et qu'on aperçoit tout autour les restes de quelque chaussure d'enfant ou des traces de sang encore fraîches – il y a une dizaine d'années je me souviens, disais-je, que beaucoup hurlaient très fort en rapport à la guerre en Bosnie, et au fait que c'était à 2 heures d'avion de Paris. Ils hurlaient beaucoup mais je les y ai rarement vus, en ces endroits où la mort fait ses trous.

Ils hurlaient beaucoup, mais là, maintenant, alors que Madrid est aux mêmes deux heures d'avion de Paris, seul un silence funèbre règne. Le silence de la parole vide, le silence assourdissant du nihil commémoratif avec ses putains de drapeaux blancs de la REDDITION, que seul le gamma noir du deuil vient relever de quelque dignité.

Non, non, non. Non-non-non-non-non-non-non- tout-va-bien. Pas d'affolement.

AL QAEDA A DÉCLARÉ LA GUERRE AU PEUPLE ESPAGNOL.

Ah non, ah non, ah non-non-non, surtout pas ça. Non-non-non-non-non-non-non tout va bien. 200 morts 1500 blessés.

AL QAEDA A VISÉ LE PEUPLE ESPAGNOL NON SEULEMENT POUR SA POLITIQUE PRÉSENTE, MAIS POUR TOUTE SON HISTOIRE.

Ah non, ah non-non-non-non-non. Ab-so-lu-ment-pas. Vous délirez complètement.

AL QAEDA A FRAPPÉ LE PEUPLE ESPAGNOL À CAUSE DE LA RECONQUISTA ET DE SON PREMIER EMPIRE GLOBAL-CHRÉTIEN, PRODUCTEUR HISTORIQUE DE L'AMÉRIQUE.

Ah non, ah non, ah-non-pas-du-tout-quelle-erreur, car cela voudrait dire que Ben Laden est vraiment le petit soldat de l'Antéchrist, cela voudrait dire que les Croisades ne se sont jamais terminées, cela voudrait dire que l'Histoire n'est pas ce qu'on prétend qu'elle est.

Or, c'est im-pos-si-ble. Ah ça, non-non-non-non-non : formellement im-pos-si-ble.

Observons, par exemple, la déroute, la Bérézina – devrais-je dire – que vient de subir la droite française aux dernières élections régionales. Oui, observons là attentivement car tout va bien.

En fait, tout le monde a bien compris que le Front National stagne, et commence peut-être à donner des signes d'essoufflement, c'est normal : sa vision du monde du XXIe siècle est à peu près la même, immigration exceptée, mais sans la moindre cohérence géopolitique (qui s'en soucie à la JMLP Inc. ?), que celle des autres partis de France.

La gauche va contrôler 20 des 22 sièges régionaux, ces nouvelles féodalités qui sont venues interférer avec le vieux projet de France fédérale, chère à Maurras.

Il n'y a plus que des politiciens de gauche en France. La « première » gauche, la gauche libérale, républicaine et post-gaulliste vient de se faire laminer par la « seconde » gauche, la gauche plurielle socialo-coco-écolo, celle avec laquelle la première a gouverné pendant des années de cohabitation, et qui va prendre la relève. Et la seule « alternative » politique, diaboliquement dialectique, réside dans les coalitions gauchistes pro-islamistes, d'une part, et les éructations Le Penistes contre l'impérialisme américano-sioniste d'autre part.

On comprend à ces mots à quel point, vraiment, TOUT VA BIEN.

En tout cas, et cela semble l'essentiel : TOUT LE MONDE EST D'ACCORD pour l'affirmer.

Autre exemple des paranoïas distillées par les fâ-hâscistes qui n'adhèrent pas au non-non-non-non-non-non-à-la-guerre, oui-oui-oui-à-la-paix-dans-le-monde : la soi-disant « épuration antichrétienne » conduite par les terroristes albanais de l'UCK au Kosovo, ou – pire encore – le génocide que les islamistes de Khartoum commettraient en ce moment même contre des dizaines de milliers de chrétiens dans le sud-ouest soudanais. Or, soyons bien clairs, TOUTVABIEN, il ne peut exister d'épuration ethnique antichrétienne, c'est ab-so-lu-ment-im-pos-si-ble. Ainsi quand des albanophones musulmans – qui furent protégés par le bouclier de l'Otan lorsque des communistes serbes voulaient les chasser de leurs terres – mettent maintenant le feu à des églises orthodoxes historiques, et à leurs occupants, rien n'est de nature, ab-so-lu-ment-pas, à venir contredire cette assertion [1].

Ainsi, pouvons-nous affirmer, du haut de nos chaires doctorales en géopolitique du Café du Commerce Équitable qu'il n'y a pas d'épuration ethnique antichrétienne au Kosovo, ou au Soudan, ou ailleurs dans le monde, parce que l'épuration ethnique antichrétienne n'existe pas.

C'est un phantasme fâ-hâsciste. Comme le dit Michel Bounan, autre expert en Grand-Kapital (pour Michel Bounan, tout, toujours, tout le temps, partout, est une conspiration du Grand-Kapital) : le terrorisme ne peut pas exister, donc il n'existe pas.

CQFD.

Des philosophes comme ceux-là, il faut dire qu'on en manquait un peu ces derniers temps dans l'Ère du TOUTVABIEN. Cela risquait de devenir légèrement monotone comme prêche, oui-oui-oui-oui-oui-oui-oui-tout-va-bien, il fallait trouver mieux, et, grâce aux subtilités du nihilisme dialectique contemporain, nous allons voir comment la Nouvelle Religion s'est en premier lieu créée un contre-pôle fort utile, et très agréable à utiliser comme couche-culotte de la pensée post-moderne, celui du TOUTVAMAL.

Le TOUTVAMAL est ce qu'on pourrait appeler une Bounanerie, soit une réversion névropathologique des mêmes infâmes dialectiques post-marxistes (ou néo-hégeliennes, ce qui paradoxalement revient au même) avec lesquelles LE TOUTVABIEN se constitue. C'est pratique, une Bounanerie, dans l'ère du TOUTVABIEN.

Celui qui « sait » que le TOUTVABIEN cache comme qui dirait une sorte de « fumisterie », ou plutôt que le TOUTVABIEN actuel ne va pas aussi bien qu'il le prétend et qu'on pourrait l'améliorer, le rendre TOUTVABIENMIEUX, celui-là est un futur directeur de production pour usinage de TOUTVABIEN. On peut ainsi considérer un TOUTVAMAL comme une version compétitive du TOUTVABIEN, chargée soit de le supplanter et d'assurer alors le règne du TOUTVABIEN nouveau modèle, soit d'obliger la version présente à s'améliorer au plus vite. Cela suit pour ainsi dire les préceptes darwiniens, et inflexibles, de la sélection naturelle.

En disant que non-non-non-non-non-tout va mal, on accrédite l'idée que tout POURRAIT aller bien, si l'on suivait les prescriptions du docteur Bounan, par exemple. Or c'est précisément là le coeur du dispositif du TOUTVABIEN : il ne tient que par la floraison des dialecticiens de service qui, grâce à leur TOUTVAMAL particulier, et son antidote TOUTVABIENMIEUX médicinal-révolutionnaire, lui apportent tout le soutien que la critique nihiliste est en mesure de lui apporter, elle qui ne tient que sur le vide.

Et c'est alors que, vraiment, là, pour le coup : TOUTVABIENPIRE.

Car en fait, je me dois de l'avouer, sous l'emprise du diable de la vérité, grâce au TOUTVABIEN/TOUTVAMAL des fétichistes dialecticiens modernes, on croit vivre hors du cercle fuligineux de la peur mais, bien sûr, c'est une opinion parfaitement erronée.

Au moment où le TOUTVABIEN règne, et que son contre-pôle TOUTVAMAL « contre-gouverne », jouant le rôle d'un cabinet-fantôme dans l'espace spectral de la post-histoire, la peur, déjà, a étendu son emprise invisible sur les âmes.

On ne peut comprendre la peur qu'au moment où elle s'exprime. En vous-mêmes, pour commencer.

La peur n'est absolument pas le signe d'une quelconque lâcheté, ou de toute autre émotion humaine en soi. Car la peur est un instrument.

La peur est un instrument, comme un Stradivarius. Certains domineront l'instrument, d'autres se laisseront dominer par lui.

Le « lâche » et le « courageux » sont placés devant les mêmes choix, avec le même instrument en main, ou plutôt en plein coeur. Ils sont donc confrontés très exactement à la même peur. Ce qui les différencie n'a pas grand chose à voir, je me permets de l'affirmer, avec le « courage », ou son antinome, tels qu'on s'est plut à les réduire, depuis au moins deux siècles. Le « courage », aujourd'hui, consiste à faire exploser des bombes dans des trains surpeuplés, la « peur » serait sans doute assimilée à la compassion et au refus de tuer un adversaire mis hors de combat.

Car le point central que vise la peur, justement, c'est ce lieu de l'être, pour paraphraser Heidegger, où s'élaborent consubstantiellement liberté et esclavage.

Les deux sont face à la peur, et la peur, très vite, si elle n'est pas convenablement maîtrisée, se transforme en TERREUR.

La Peur n'est que la porte du Temple Terreur. Que ce lieu de l'être ne soit plus que le sanctuaire désolé du nihilisme et l'Ange déchu vient y trôner en puissance, et j'oserais dire en droit.

L'esclave tombera à genoux devant l'Idole, dès l'entrée du sanctuaire, et il rampera jusqu'à l'immonde autel en se prosternant à ses pieds.

L'homme libre regardera la peur en face, ne se soumettra pas à l'idole, et rasera jusqu'aux fondations du sanctuaire démoniaque.

ATTENTION.

DERNIER AVERTISSEMENT

Vous devez vous conformer aux règles toutes puissantes du TOUTVABIEN.

Mais vous avez le droit de disposer d'un TOUTVAMAL révolutionnaire-portable et de ses pétitions de principe en faveur de :

– l'écologie à bretelles.

– le droit des femmes à ne plus être des femmes.

– le droit des minorités sexuelles, des plantes rares et des animaux de compagnie.

– Le droit des terroristes à terroriser.

– le droit des esclaves de la peur à décider pour les hommes libres.

– le droit pour les hommes libres de se taire.

Comme le faisait remarquer Chesterton il y a un siècle, je cite et traduis de mémoire un texte lu il y a longtemps en langue anglaise, qu'on me pardonne : en s'attaquant directement à la religion catholique comme « système d'oppression », les philosophes des « lumières » sont en effet parvenus à leurs fins soit : détruire ou du moins grandement affaiblir la foi chrétienne ; ils ne se sont pas rendus compte que ce faisant, ils détruisaient la source qui alimentait leur propre liberté.

Je risque désormais je ne sais quel châtiment de la Douce Inquisitrice Moralitaire si je poursuis ainsi mon délire anti-TOUTVABIEN/TOUTVAMAL. Déjà les traceurs du contrôle neuro-éthique ont été lâchés sur moi, des pigistes culturels, rétribués par des officines de désinformation pseudo-civiles, et tenues par des apôtres de l'esclavage volontaire, sont paraît-il à ma recherche, avec des mandats de chasseurs de primes, afin d'au plus vite me réduire au silence.

Je ne sais ce qui s'est produit.

TOUT ALLAIT SI BIEN.

Je regardais la télévision et – non-non-non-non-non-tout va bien – des images en provenance d'une zone de guerre sont apparues. Ou du moins l'ai-je pensé un instant. Ce qui a provoqué la mise en route immédiate du programme d'autosurveillance éthique. Mais depuis quelque temps, celui-ci ne marche plus très bien, je reconnais que c'est une version quelque peu obsolète, je me serais offert le dernier cri en la matière, la collection complète des numéros du Nouvel Observateur, par exemple, rien sans doute ne me serait arrivé. Je ne serais pas en train de devenir cinglé et de me translater dans un futur à peine plus lointain qu'une guerre mondiale telle qu'on en a encore jamais connue, je ne serais pas en train d'essayer d'écrire ce texte, planqué au plus profond d'une cave logée sous les décombres de l'avenir, dans une de ces catacombes où seuls les témoins, ceux qui brûlent du feu de la Parole pour les autres, peuvent parfois se réfugier, alors qu'au-dessus de moi j'entends très distinctement le son des déflagrations, le hurlement des femmes et des enfants qu'on viole et qu'on égorge et que

TOUT

VA

BIEN.

Maurice G. Dantec

An 01 de l'autodestruction de l'Europe

 

« Le grand nettoyage de printemps est en avance »

Le 24 janvier 2004

Durant un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, de fastidieux auteurs nous ont fait croire qu'un avenir radieux était déjà là, que rien jamais de tragique ne viendrait modifier nos existences, que celles-ci prospéreraient tranquillement sous la coupole holographique du Grand Club Med Mondial.

Un beau matin de septembre, au tout début de ce siècle, 19 touristes venus du proche-orient nous ont remis face au visage terrible du RÉEL. On pouvait attendre de cette humanité endormie par plus d'un siècle de progrès des droits humains, n'est-ce pas ?, qu'elle allait s'extirper de sa torpeur et la France, de la propagande laïcarde et pseudo-démocratique qui est en train de la conduire droit dans un mur qui n'est indicible que pour ceux qui n'ont jamais vu une guerre civile.

Mais c'était sans compter sur la floraison copromorphe des étrons du journalisme, osons dire : des officines de désinformation générale de la « Kultur » nationale-contemporaine.

Parlons net :

J'ai en effet pris sur moi d'ENFREINDRE UN SACRO-SAINT TABOU en entamant un dialogue avec des gens dont la plupart des opinions politiques, sur des points essentiels, se situent à mon opposé : il n'y a pas si longtemps — sur des forums de discussion proches précisément des Identitaires — j'étais traité de valet américano-sioniste par des groupes d'intervenants, se disant parfois « nationaux-socialistes », ou plutôt « nationaux-révolutionnaires »....

Pourquoi ai-je donc essayé stupidement de m'adresser à ces gens ? Pourquoi ?

Parce qu'en dépit des origines « douteuses » et de leur parcours souvent chaotique (et Serge July, qui publia Vers la guerre civile  en 1972 [1969], doit-il être aussi poursuivi pour incitation au terrorisme ?) je me trouvais en accord avec eux, ô crime impardonnable en République Franchouille, sur le danger irrémédiable que l'Islamisme fait peser sur la France, mais plus encore — ce que je m'apprêtais à faire dans un courrier qui ne verra probablement jamais le jour — les kapos du camp de concentration culturel ont bien fait leur boulot — : j'entendais leur montrer bien en face la menace des nihilismes modernes et post-modernes, dont CEUX QUI PRÉCISÉMENT empoisonnaient leur propre mouvement, comme d'une manière plus générale, tous les partis de la droite nationale, et j'allais y venir : à peu près tous les secteurs partisans de la vie politique française.

J'étais également en accord, Ô crime impardonnable dans notre belle République des Droits de l'Homme, avec leur combat juridique et activiste contre les groupes de rap nazis et ultraracistes vantant ouvertement la DESTRUCTION de la civilisation française, le viol des « Blanches », le meurtre des juifs et des chrétiens.

Je commence à en avoir franchement assez de ces étiquettes collées à la va vite et des amalgames douteux : Le Bloc-Identitaire, si je ne me trompe pas, est un rassemblement hétéroclite dont seulement un certain nombre d'éléments ont précisément quitté le navire Unité Radicale, dans lequel, si mes informations sont correctes, Maxine Brunerie n'aurait même pas été un militant actif.

Je suis en violent désaccord sur leurs positions ethnicistes de l'identité nationale, je suis en violent désaccord avec leur positions anti-américaines, et antisionistes, souvent paganistes, etc.

Je suis en désaccord avec tout cela et je le dis, mais cela ne suffit pas : je leur ai souhaité bonne année. Je n'aurais pas dû le faire, et je prie les agents de la police de la pensée de bien vouloir m'en excuser.

Je voudrais m'incliner bien bas devant ce nouveau pentalogue :

– IL EST INTERDIT D'ENGAGER LE DIALOGUE AVEC DES GENS QUI SONT DÉCRÉTÉS « NAZIS » PAR CEUX-LÀ MÊME QUI PROMEUVENT LA CULTURE DE MORT.

– IL EST INTERDIT D'ENGAGER LE MOINDRE DIALOGUE AVEC DES GENS QUI SE TROMPENT.

– IL EST DE SURCROÎT INTERDIT DE LEUR DIRE QU'ILS NE SE TROMPENT PAS SUR TOUT.

– CAR IL EST INTERDIT DE PENSER QUE CES GENS NE PUISSENT PAS AVOIR ABSOLUMENT TORT SUR TOUT.

– IL EST DONC INTERDIT D'INTERDIRE, SAUF CE QUE NOUS AVONS DÉCIDÉ D'INTERDIRE, C'EST-À-DIRE TOUT CE QUI NE PENSE PAS COMME NOUS.

J'avais osé finir ma lettre d'abonnement à leur newsletter (car tout est parti de cela, je le rappelle, de la volonté de voir par moi-même ce dont il s'agissait) par ses mots : « La contre-révolution a commencé, et elle a commencé en Amérique ».

Cela me sera d'autant moins pardonné, que tout le monde a bien compris que c'était vrai. Et que cela risquait de durer un bout de temps.

Un siècle, probablement.

C'est pourquoi la grande lessiveuse des bien-pensants — qui avait peiné un peu lors de la micro-affaire Linderberg — s'est-elle remise en route afin de détruire cet auteur de cyberpolars qui commence en effet à faire chier le populo, depuis son « appartement branché » de Montréal (à 500 Euros par mois !). La France ne va t-elle pas décidemment mieux, tout ne nous pousse-t-il pas à envisager, avec la sérénité d'un fonctionnaire en RTT, l'avenir radieux que le socialisme général nous prépare ?

À très bientôt –

L'année 2004 sera pleine de rebondissements.

Maurice G. Dantec

 

« Last Exit to Brussels »

[Le 28 juin 2003], Salamandra, n° ?, juin 2003?

J’ai vu l’Europe du futur, un soir, alors que le soleil tombait sur Sarajevo dans un silence majestueux, même pas troublé par le tir des snipers.

C’était beau comme un monde qui s’effondrait sous son propre poids. C’était aussi beau, et terrible, sans doute, qu’un trou noir. J’en avais les larmes aux yeux.

J’allais rentrer en France, la Paix de Dayton serait bientôt signée, c’était la FIN, dans tous les sens du terme.

L’Europe du futur, je croisais son uniforme tous les jours, celui des forces de l’ONU, cette maréchaussée des génocides, l’Europe du futur c’était cette impotence assumée comme telle, ce pacifisme de caniveau démocratique, ces vieilles harpies du bolchevisme qui commettaient toutes leurs abominations au nom de l’Homme sous les yeux impassibles des gouvernements libéraux ou sociaux-démocrates qui mettaient la main à la pâte de Schengen et de Maastricht, en laissant s’accomplir sur ce qui était sensé devenir leur territoire futur le pire programme de génocide commis depuis la seconde guerre mondiale, et alors même que les peuples de l’Europe orientale s’étaient libérés, sans le moindre secours de leur part, évidemment, d’un joug totalitaire demi-centenaire.

Dans un siècle seulement, la honte nous clouera au cercueil de l’histoire, dans un demi-siècle on commencera sans doute à parler ouvertement de trahison, et dans une génération l’Europe connaîtra le prix du sang et larmes

Il n’y a pas que Milosevic, et l’on espère un jour l’inénarrable duo Mladic et Karadjic, comme toutes les autres salopes du communisme yougoslave, qui ont pour très longtemps encore entaché le nom du Christianisme Orthodoxe des pires exactions capables de commettre un régime rouge, pour notre plus grand malheur à tous, nous autres chrétiens, non il n’y a pas que les criminels de guerre yougoslaves qui devraient aujourd’hui transpirer sous les néons du Tribunal de La Haye.

Il faudrait citer ici tout le personnel politique et diplomatique français : Mitterand, bien sûr, le Pétain de la Gauche Unie, mais aussi Guigou, Dumas, tous les ministres en charge à l’époque et qui n’ont pas démissionné, l’ensemble de l’Assemblée des Députasses, sans compter toutes les catins présentes dans l’Administration, dont l’Armée, il faudrait y rajouter la ganache canadienne Mackenzie, le nabot Akashi, la momie Boutros-Boutros Ghali, il faudrait y adjoindre la totalité de la Commission de Bruxelles, et une bonne partie des organisations de l’ONU.

On ne serait pas au bout de nos peines, et le retour sur investissement médiatico-mondain à peu près nul. Il est beaucoup plus glamour d’essayer, depuis Bruxelles — tiens ? — d’inculper Henry Kissinger pour quelque phantasmatique « crime » de guerre, ou l’État d’Israël pour le même genre de calembredaines. 3000 victimes au Chili à cause de la dérive collectiviste d’Allende (et du coup d’État militaire qui s’ensuivit), 300 à Sabra-et-Chatila (et ce n’est même pas l’armée israélienne qui est directement responsable du massacre le plus médiatisé de toute l’histoire des massacres du Liban), je ne nie pas l’horreur des dictatures et des carnages mais puisque les bourgeois néo-contestataires aiment les chiffres et les comparaisons, qu’ils comparent un peu avec les 250,000 victimes d’un génocide planifié par un corpus de textes et de lois, sur une population de 7 ou 8 millions d’habitants, ce que connurent en quatre ans les républiques ex-yougoslaves prises toutes ensembles, et alors qu’elles étaient membres à part entière de la soi-disant « communauté internationale », cette association de malfaiteurs à l’échelle du globe.

Aaah, l’Europe…

L’Europe du futur, lorsque je rentrai de Sarajevo, faisait la grève générale contre un gouvernement et un président qu’elle venait tout juste d’élire, on me permettra de trouver quelque analogie avec la situation présente.

Les Agents de la Fonction Publique avaient des revendications très pressantes — on les comprend, pauvres diables —, et les Étudiants aussi. À plusieurs d’entre eux, dans la rue, lors de leurs déambulations manifestatoires, je demandais à brûle-pourpoint s’ils n’avaient pas quelques livres à céder pour de malheureux collégiens dont les écoles avaient été rasées et les instituteurs fusillés par une bande de psychopathes, dans un pays EUROPÉEN. J’évitais de justesse à plusieurs reprises l’incident diplomatique, façon Crise des Missiles.

J’avais vu l’Europe du futur dans le crépuscule de Sarajevo, je voyais maintenant son centre opératif présent, en action, à la lumière de toute la société qui était soi-disant la mienne.

Car l’Europe du Futur, c’est la France bien sûr.

Qui pourrait oser penser, sans prendre le risque d’un ridicule cuisant, que quelque chose d’Européen — en quelque domaine que ce soit — puisse se faire sans la France ?

Et mieux encore, que quelque chose de Français puisse se faire sans l’Europe ? C’est-à-dire sans l’Europe que la France a faite, ou plus précisément encore : sans l’Europe que la France n’a pas faite, n’a pas su faire, ne veut pas faire, et a toujours défait le jour venu [1] ?

 

Il existe plusieurs méthodes pour tuer une civilisation.

L’une d’entre elle, et c’est une des meilleures, consiste à la rendre malade puis à lui faire croire qu’on la sauve, et que la médecine administrée, en réalité un très méchant poison, va la remettre sur pied en deux temps, trois mouvements.

C’est ce qu’est en train de nous vendre l’eurocratie bruxelloise, grâce au cartel des barbons giscardiens, avec cet informe papelard que d’aucuns osent dénommer « constitution ».

Oui, j’ai vu l’Europe du futur : une grande zone libérale-socialiste sans plus la moindre souveraineté politique, et encore moins religieuse, sans plus la moindre HISTOIRE : et les Américains, dont on se gausse à ce sujet un peu trop souvent, nous rabattrons bien vite le caquet, comme d’habitude depuis un siècle, c’est d’ailleurs déjà fait.

Oui j’ai vu l’Europe du futur : celle des Borgia et des Guerres de Religion fera piètre figure en regard du formidable processus implosif qui attend ce continent qui tourne le dos à lui-même, à l’Occident, au Christianisme, à la Liberté.

Ah, j’entends déjà les voix nasillardes des bonnes de chambre de la République, celle des journalistes aux ordres, venir geindre à mes oreilles : fasciste, Cassandre, « Bushiste », j’en passe, la racaille gauchiste au pouvoir depuis 25 ans n’aime pas qu’on lui rappelle ses crimes, ses mensonges, ses errements, et encore moins ceux qu’elle se prépare à commettre.

Et pendant que 25 siècles d’histoire européenne agonisent aux pieds de la bureaucratie bruxelloise, pendant que l’on tente — depuis Paris, tiens ? — de supprimer toute référence active à la civilisation chrétienne dans ce qui est censé modeler la Charte du futur citoyen de la Nouvelle Union, alors que l’on cherche péniblement à recoller les morceaux pulvérisés par la pitoyable mascarade de la République Chirakienne lors de la seconde Guerre du Golfe, oui, tandis que se programme doucement l’ultime convulsion du mourant, les vendeurs d’opérettes sociales et les boutiquiers des avenirs radieux s’affairent autour de sa carcasse, et essaient de lui arracher quelques dernières concessions.

Alors, c’est sûr, en dehors de la ténébreuse certitude de cette extinction prochaine, je ne vois qu’une zone grise, avec en arrière plan, au loin, une ligne de feu bien rouge, comme si un profond et dense brouillard recouvrait de ses nuées la présence d’un violent incendie à l’horizon.

 

Un soir, il y a longtemps, c’était vers 1977, ou 78, je roulais avec quelques compagnons dans une ancienne Simca aux alentours de Poissy, lorsque nous étions passés le long des anciennes usines dudit constructeur automobile, puis, sans que je puisse me rappeler où nous étions avec précision, nous avions traversé un très beau pont métallique sur la Seine, dans un décor de friches industrielles et de voies d’autoroutes qui se déploya comme un écran cinémascope sur le pare-brise, irisé par une pluie fine qui tombait d’un ciel aux nuages intermittents, dans une lumière étrange et douce, argentée ; et tandis qu’une cassette de Kraftwerk déroulait ses boucles électroniques dans l’habitacle humide, j’avais alors, sous l’influence ouvertement néo-constructiviste, ou néo-futuriste, des musiciens rhénans, et de plusieurs substances illicites, imaginé le même coin anonyme de la banlieue projeté un demi-siècle plus tard, avec des lignes d’aérotrains à sustentation magnétique qui relieraient Paris, Berlin, Moscou, des immeubles géodésiques dédiés à la science spatiale germano-russe plantés sur le terrain des usines désaffectées, des cathédrales en forme de nef cosmiques s’élevant à l’horizon, puis beaucoup plus tard dans la nuit, alors que la drogue me tenait éveillé dans une maison où tout le monde dormait à poings fermés, une sorte d’urbanisme géopolitique prit forme dans ma tête.

J’imaginai une vaste fédération euro-russe, après que l’Otan eût victorieusement disposé du communisme est-européen, puisqu’une « anti-révolution de 17 » eût remis en place une monarchie impériale constitutionnelle en Russie. Une alliance hémisphérique boréale se dessinerait alors, parallèlement à une unification hémisphérique panaméricaine, de l’Alaska à Ushuaïa. Seule une telle union à « double-polarité », est-ouest et nord-sud, me semblait en mesure de contenir le futur géant chinois, et les différentes formes de despotisme oriental qu’il trouverait comme alliées dans le « tiers-monde », ou ailleurs. Seule une telle « construction européenne » me semblait en mesure de proposer un avenir aux populations divisées du continent, et au reste du globe, sans quoi, me disais-je….

J’étais alors très jeune, j’avais encore peu lu, et encore moins vécu, mais je n’allais pas tarder à comprendre.

Au début des années 80, et au fil des ans plus encore, le rêve sombra peu à peu, alors qu’il devenait évident que toutes les trahisons de la civilisation européenne étaient en voie d’être accomplies par nos gouvernements, de gauche comme de droite, socialistes comme libéraux et que, pire encore, une dialectique mortifère avait fort à propos contaminé les esprits et rendu tout authentique débat impossible : en effet, entre l’Europe de Bruxelles (qui serait bientôt celle de Maastricht) et les diverses rodomontades « souverainistes » qui déjà se faisaient entendre (PCF, FN, néogauchistes, archéogaullistes, etc.), nul autre choix, comprenez le bien, n’était possible. Entre les merdiques gestionnaires libéraux-socialistes et l’opposition facho-coco, point de salut. Entre la République bourgeoise girondine, et ses compromissions, et la République bourgeoise jacobine, et ses crimes, pas de troisième terme, je le savais depuis le collège, ne me l’avait-on pas assez répété !

On comprendra dès lors un peu mieux comment l’idée de ce « troisième terme », à priori impossible, n’est-ce pas ? a commencé, et à mon corps défendant, à venir trotter dans ma tête, sous la forme d’une couronne, d’un sceptre, et d’un globe terrestre surplombé d’une croix.

Qu’on ne m’en veuille pas si, après Nietzsche, et par lui, j’en vins à Joseph de Maistre, m’accordera-t-on quelque circonstance atténuante si je prétends que le rêve européen est en attente depuis douze siècle d’un nouveau Rex Carolingus ?

 

Aïe, aïe, aïe, vous n’êtes pas sérieux dîtes-nous, jeune homme, quoique vous soyez déjà quadragénaire, ce qui aggrave d’autant plus votre cas…

Nous voulons du RATIONNEL. Du POLITIQUE, enfin tel que nous comprenons ce mot, i.e. une variation de l’économie ou de la sociologie. Nous voulons un PLAN. Genre quinquennal. Nous voulons la démocratie pour 450 millions d’européens, et sans que cela nous coûte trop cher, en taxes diverses, comme en pétitions de principe, quoique de ce point de vue là nos réserves soient considérables.

Alors vous comprenez, vous et vos chimériques visions du Saint Empire Romain Germanique…

Je sais, je sais, suis-je dans l’obligation d’avouer, ce n’est pas sérieux, de ce sérieux qu’empruntent (à très bas taux) les bourgeois dès qu’il s’agit de perpétrer leurs méfaits, mais que voulez-vous, ce n’est pas ma faute si je crois que l’Europe est mal barrée depuis le désastreux Traité de Verdun de 843, qui non seulement réduisit la France à un minable bandeau de terre s’étendant de la Somme au Languedoc, mais la divisa à tout jamais de sa fonction impériale.

Clovis et la dynastie franque avaient su faire de leur Royaume naissant la fille aînée de l’Église, dès 496, consacrant ainsi le premier État chrétien d’Occident, vingt ans après la Chute de l’Empire Romain d’Augustule.

Lorsque Charlemagne prend en main le sceptre royal de France, un peu moins de trois siècles plus tard, il accomplit ce processus historial en faisant en sorte d’être ordonné, grâce à la clairvoyance des Papes de l’époque, comme premier Empereur chrétien d’Occident, en concurrence certes avec les basileus de Constantinople, représentant l’Empire d’Orient qui durerait jusqu’en 1453, mais uni à eux par la même religion, car en cette lointaine et brillante époque, le Catholicisme s’étendait sans la moindre division intestine de l’Atlantique à la Méditerranée orientale, unifiant une multitude de peuples, de langues, de cultures, dans un projet civilisationnel dont même les échecs futurs stupéfieraient le monde par la grandeur.

 

Mais en 843, l’union du Royaume de France et de l’Empire d’Occident est brisée, par des Papes de moins en moins clairvoyants, et au Xe siècle le Globe Impérial finira dans les mains des puissances germaniques, pour le plus grand malheur des peuples.

Le nationalisme bourgeois ne pouvait que s’étendre, la compétition économique l’envenimer, les guerres ravager le continent, les grandes hérésies se reconstituer, les schismes advenir, et finalement le modernisme social et industriel se propager. Seule la France aurait pu en ses années cruciales fonder, c’est-à-dire fondre, fusionner, une civilisation européenne chrétienne qui se serait étendue de Galway au Bosphore, et plus loin encore. À la fois celte, romaine et germanique, elle seule pouvait prétendre à un catholicisme — c’est-à-dire un universalisme — politique pour tout l’Occident, elle seule aurait pu devenir l’axis europei qui jamais ne se fixa.

Mais vous vous enfoncez, jeune homme de quarante ans et des poussières, que nous importent en effet vos jérémiades sur un passé datant d’un millénaire ? Ne savez-vous pas que le monde est né aux alentours de 1968, avec la pilule anticonceptionnelle, le double album blanc des Beatles, l’Internationale Situationniste et les romans d’Henri Troyat ? Que sans l’invention de l’ampoule électrique, de la machine à vapeur et de la presse à imprimer, nous ne serions tout juste que des êtres à l’apparence simiesque ? Que le christianisme certes, c’est parfois très beau, n’est-ce pas, mais de là à vouloir en faire un projet de société contemporain, et plus encore pour 25 nations aussi différentes, je crois que la prise de vos médicaments s’impose de toute urgence.

Certes, certes, j’en conviens, je n’ai pas encore pris ma petite pilule au lithium qui m’aide à supporter l’insupportable, sans pour autant me faire tolérer l’intolérable, je me confesse : je me suis laissé emporter.

En effet, je dois le reconnaître humblement, que pourrait bien accomplir une religion comme le judéo-christianisme pour UNIFIER 25 nations, dont l’une sera d’ailleurs à forte composante islamique ?

Que pourrait faire, c’est vrai, en toute honnêteté, un principe religieux qui durant mille ans avait permis au continent, et à tous ses peuples, de commencer à devenir une civilisation ?

En effet, cher monsieur, nous ne vous le faisons pas dire. On peine à croire qu’un homme comme vous, pourtant né comme nous autres à peu près au moment de la Création-Du-Monde, n’ait pas songé à proposer une version marxiste-léniniste dopée aux phéromones Debordistes, qui font tant fureur aujourd’hui, ou alors une de ces litanies anticapitalistes humanitaires qui rythment le parcours obligé de tout auteur français qui se respecte, voire — comme vous le disiez vous-même nous semble-t-il — l’épopée d’une vaste confédération euro-russe qui permettrait par exemple aux agriculteurs du Roussillon d’échanger leurs tomates ou leurs poires contre des tonnes de viande de renne venue de Sibérie, vraiment, nous ne comprenons pas, il y a pourtant du bon dans la constitution eurogiscardienne, surtout pour nos Airbus, mais évidemment, si pour vous, seule une RELIGION peut unifier tant de différences, c’est que vraiment vous ne croyez ni aux miracles de la Centrale-à-Charbon, ni à ceux de la Réglementation, et moins encore à ceux de la démocratie parlementaire, il est hautement probable que vous soyez en fait un dangereux réactionnaire, monsieur, et cela, sachez-le, dans la Patrie-des-Droits-de-l’Homme-et-de-l’Urinoir, cela ne se fait pas, nous vous dénoncerons à la Police Intellectuelle dès que vous aurez un peu tourné le dos.

 

Alors comment imaginer, dîtes-moi, une Europe du futur, puisque Aix-la-Chapelle n’est plus qu’une petite bourgade folklorique et que c’est à Bruxelles que se dessinent les plans de l’avorton terminal ?

Quiconque a traversé ce non-pays qu’est la Belgique pour se rendre dans sa capitale, ne peut, me semble-t-il, que ressentir une terrible impression de dérision et de ridicule, devant la désolante banalité des paysages et des hommes, cette bourgeoisie incarnée génétiquement, et finir par se dire que, pour sûr, l’Europe actuelle ne pouvait surgir que d’un tel endroit, et qu’un tel endroit avait été nécessairement choisi pour accoucher d’une telle Europe.

La Belgique a ainsi été intronisée, on ne sait pourquoi, centre de gravité historique du continent, ce fut une des plus fondamentales manoeuvres des artisans de cette « construction européenne », juste après la seconde guerre mondiale, que de se servir de cette dernière, et des abominations du nazisme, pour adapter à l’échelle continentale les immondes institutions de l’ONU, et donc éradiquer de la conscience des peuples européens toute notion de souveraineté politique et religieuse.

Le projet suit son cours. Dans une génération, deux grand maximum, la catastrophe démographique post-communiste aura réduit la population russe à environ cent millions d’individus, pour plus de 150 aujourd’hui, qui n’appelle pas cela un authentique désastre, surtout dans la configuration géopolitique et ethnico-religieuse de l’ex-URSS est un docteur Knock de la politique.

Une constitution sociale-libérale aura achevé de déchristianiser politiquement et sociologiquement le continent à l’ouest de la Vistule, terminant le travail que le communisme aura accompli en trois quarts de siècle de l’autre bord.

Ce qui se profile aux États-Unis, avec les attaques en règle contre toutes les institutions chrétiennes, et leurs symboles, conduites par la confédération transpolitique du « gauchisme libéral », et qui vaut à ce pays des batailles constitutionnelles toujours recommencées et jamais vraiment terminées (les avis de la Cour Suprême peuvent être annulés, ou « amendés »… par la Cour Suprême), prendra racine sur le terreau social-libéral de la gauche européenne sans le moindre espoir de retour.

Une idéologie politico-religieuse bien plus dynamique, et violemment opposée aussi bien au judéo-christianisme qu’au modernisme post-chrétien, saura sans doute judicieusement utiliser ce vaste espace vide, peuplé de 450 millions de Bruxellois.

Maurice G. Dantec

 

[1] Je ne reviendrais pas, exemple crucial, sur la terrible « fausse couche » de la Communauté Européenne de Défense, en 1954 déjà ! causée par l’union des libéraux frileux, des communistes et des « gaullistes », alors que si ce projet avait été mené à bien, l’Europe militaire DONC l’Europe politique existeraient déjà depuis deux générations.

 
 

« L'ami mou des mollahs durs »

Amérique Française, le 20 juin 2003

Il ne restait plus grand chose à accomplir par ce gouvernement de catins qui dirige la France depuis la « quinzaine anti-Le Pen »[1] de l’an dernier pour descendre de façon irrémissible en deçà de toute ignominie.

Inutile d’épiloguer sur le soutien sans réserve que la social-démocratie franchouille a offert au boucher de Bagdad depuis l’intronisation de celui-ci dans les années 70, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, Giscard, Mitterrand, Jospin, Chirac même combat; la guerre qui vient de se dérouler en a apporté la preuve ultime, que l’histoire se chargera de graver pour la postérité.

La postérité, l’histoire, voilà précisément ce qui chatouille l’orifice le plus sensible de l’anatomie de Notre-Grand-Président-Total-Chirak et, grâce aux 82% de voix récoltées l’an dernier à la fin de la Consensuelle-Élection-Des-Démocrates-Unis, puis aux 92% de nationaux-sondés[2] qui l’ont soutenu sans faille lors de sa déballonnade guignolesque face au Parti Baas et au Satrape de Babylone, la démangeaison suit et précède l’ouverture toujours plus accentuée dudit orifice, ce qui demande sans cesse un godemichet plus efficient.

Connaissant notre amateur présidentiel de la tête de veau sauce gribiche, on pouvait compter sur lui pour s’en procurer un au plus vite.

Il ne restait plus grand chose à faire, en effet, pour éjecter 15 siècles de civilisation française dans la bonde des images d’Épinal, il ne restait plus qu’à passer de la complicité passive à la collaboration active.

Après la Guerre en Irak toutes les hypothèses étaient ouvertes, même les plus invraisemblables à priori.

Il fallait avoir vu, en effet, durant 3 semaines pleines, les tronches impavides des présentateurs de la TéléChiraquie, en compagnie de leurs commentateurs invités, tenir des propos invraisemblables sur un « nouveau Viêt-nam » à longueur de journée, et d’interminables « nocturnes », allant même jusqu’à oser nous parler de STALINGRAD (Stalingrad !) à la veille de l’entrée des troupes US dans la capitale irakienne.

Il fallait avoir vu les mêmes tronches sinistres, deux jours plus tard, longues comme des utopies de pissotières, quand il s’avéra qu’il s’agissait probablement de la guerre du Viêt-nam la plus courte de l’histoire, et d’une bataille de Stalingrad à peu près aussi virtuelle qu’un jeu d’arcades pour intellectuels assoupis !

Pour une fois, Baudrillard a bien eu raison, et comme avant terme, s’il-vous-plaît : car cette fois ci, en effet, la Guerre du Golfe n’a pas eu lieu.

Vous les avez donc vues comme moi, ces tronches de robots démocratiques, refusant obstinément d’admettre que la « bulle phantasmatico-politique » dans laquelle vit la France depuis la Grandeuh-Victoireuh-Des-Forceuh-Démocratiqueuh de l’an dernier a éclaté comme une bulle de savonnette, que les prétentions régaliennes de Chirak, les goitreuses rodomontades de Villeputain n’étaient sans doute pas la meilleure des politiques étrangères à suivre, en pleine explosion transnationale du terrorisme islamiste, et en pleine « construction européenne » — et quelle « construction » ! et pour quelle « Europe » ! lisez donc l’informe papelard que les crânes d’œufs de la bande à Giscard ont concocté en guise de « constitution », vous m’en direz des nouvelles —, oui vous les avez vues et entendues ces caisses enregistreuses de la Parole d’État, d’un bord à l’autre de l’Atlantique, car au Québec, comme en France, c’est le même parti qui domine, et qui domine partout, puisqu’il domine le CHAMP DE LA PAROLE.

 

Toutes les hypothèses étaient envisageables, donc.

Une alliance militaire avec la Corée du Nord ? L’envoi de nos parachutistes aux côtés des FARC colombiennes ? L’ouverture de stages commandos officiels pour les recrues du Djihad Islamique ? Une déclaration de guerre à la Grande-Bretagne ? Une tentative de reconquête des Amériques ?

Nous n’avions pas — je crois — prêté assez d’attention à la visite expresse (c’est le mot) qu’avait effectué Dominique de Villeputain aux Mollahs de Téhéran, juste après la fin des hostilités en Irak.

La presse-aux-ordres, au demeurant la même en France qu’au Québec, et aux ordres du même parti, celui de la destruction du pôle occidental de souveraineté, la presse des aboyeurs post-gauchistes professionnels, donc, nous fit part d’un voyage diligenté par la signature d’on ne savait trop quels contrats civils (les mêmes qu’avec notre ancien copain de Bagdad sans doute) et par la nécessité de renouer on ne savait trop non plus quels liens diplomatiques.

Mais maintenant nous savons.

Nous savons quel « contrat » le gouvernement de Total-Chirak a passé avec les Ayatollahs-Dictateurs, nous savons de quels types de liens « diplomatiques » il s’agit :

Il y a trois jours la Gestapo Chirakienne est intervenue en masse pour arrêter plus de 160 OPPOSANTS au régime islamiste de Téhéran.

Comme à l’époque de nos « Sections Spéciales » et de notre « Police Française » (à prononcer avec un fort accent prussien), nous effectuons NOUS-MÊMES le travail de répression des tyrans, en échange de quelques Airbus, et d’une relative tranquillité sur notre sol.

Et afin que notre honte soit à jamais inscrite au fronton des abominations révisionnistes post-modernes, cette action de supplétif à la solde du Hezbollah et des Pasdarans est présentée au peuple français, plongé dans son Hypnose Consensuelle Générale, comme une opération participant de la « lutte internationale contre le terrorisme » !

Si jamais des crimes doivent se payer au XXIe siècle, comptez sur moi pour que l’acte d’accusation n’oublie pas ce gouvernement de pures salopes.

 

Dans l’attente de ce jour bienheureux que je ne connaîtrai certainement pas, inutile d’imaginer que des intellectuels du Québec, ou quelque officine d’« étudiants » d’une Université ou une autre, appellent à une manifestation devant le Consulat de France à Montréal pour dénoncer publiquement la guerre que cette nation conduit désormais aux côtés des régimes terroristes et donc contre leurs populations asservies, et plus encore contre les foyers de résistance au totalitarisme.

Ils ont bien mieux à faire avec leurs « vigiles » devant l’Ambassade d’Israël, rue Peel, tout le monde sait qu’un démocrate (ou pire un monarchiste) iranien ne vaut pas le centième de la dent en or d’un gangster du Hamas.

Quant à la racaille gauchiste française, du P.S. au hitlero-trotskistes de diverses obédiences, son silence est plus lourd et plus assourdissant qu’un Boeing qui s’écrase sur une tour. Pas un connard de professeur de sociologie pour discourir à n’en plus finir sur les « martyrs » (des vrais, ceux-là, et y compris au sens coranique) qui s’immolent par le feu devant les Ambassades de la Grosse Truie, un peu partout dans le monde. Pas un postier de la IVe Internationale déguisé en apprentie-députasse, pas une seule féministe en guerre quotidienne contre la discrimination et le patriarcat, pas le moindre éditorialiste en vogue, pas l’ombre d’un épicier de ragots révisionnistes, pas un Nick Mamère, pas un Thierry Fraudisson, non, pas une seule crevure de la nouvelle Oligarchie Culturelle ne s’est indignée des pratiques du gouvernement franchouille qui, s’il s’en était pris ainsi à trois chiliens vingt ans après le Coup d’État de Pinochet aurait vu se dérouler un peu partout des manifestations à peu près aussi nombreuses et « spontanées » que lors des déambulations collectives contre la Guerre en Irak.

Il n’y aura même pas d’acteurs de cinéma pour nous taper une bonne petite apoplexie humanitaire, d’abord d’où sortent-ils ces Iraniens ? Pourquoi ont-ils le culot de défier ainsi les Mollahs de Téhéran et le Moghol de l’Élysée ?

Les Québécois, comme les Français, ont désormais bien d’autres choses à faire, entre deux manifestations pacifistes ou anti-mondialisation : ils doivent s’occuper de leur retraites, et de leurs 35 heures, pour les uns, de leurs fonds de pension, et de leurs infrastructures routières, pour les autres.

Ne reste plus qu’à espérer pour qu’un jour ce pays qui fut la France, et trahit à chaque occasion la grandeur de son histoire, passe sur la liste des « États-voyous ». Avec un Chirak à sa tête, c’est tout simplement le mieux qu’on peut lui souhaiter.

Maurice G. Dantec

 

[1] Excellente dénomination que je me permets de reprendre à Philippe Muray.

[2] Le sondage-national est le premier parti de France, il regroupe les 90 ou 95% pour cent de sondés, par l’anus, et leur République, et qui continuent de sourire.

 
 

« Total-Chirak »

Les Provinciales, 17 mars 2003, p. 8.

Le dégoût ressenti pour les pacifistes francoboches est tel, aux USA, qu'après s'être manifesté par la haine et le mépris auxquels ils ont droit en effet, à défaut d'une rafale de Kalachnikov, une tendance nouvelle – qui, je l'espère, sera destinée au plus grand succès – est en train de prendre racine.

Cette tendance c'est déjà le signal, apparaissant sur le radar des nations comateuses, que le temps des grandes institutions internationales héritées de la Seconde Guerre mondiale puis de la guerre froide qui s'ensuivit est – enfin ! – définitivement révolu. Ceux qui croyaient à la finitude de l'Histoire, et donc à l'infinitude du grand parc de loisirs n'ont pas encore pleinement mesuré que le 11 septembre 2001, qui ouvrait ce XXIe siècle dont nous ne soupçonnons pas encore la terrifiante réalité, signifiait précisément la FIN de ce rêve aux fausses couleurs d'INFINI.

Car cette tendance est une sorte de « rétrotranscription active » de l'histoire post-humaine de l'Amérique, elle est sa « progression à rebours » pour reprendre Hegel. Cette tendance c'est en fait le retour génétique, non-dialectique, des fondations mêmes de la société américaine au cœur de la société américaine, c'est celui de son PACIFISME originel (Thoreau, Jefferson), et de son ISOLATIONNISME structurel (voir la difficile entrée en guerre de Roosevelt pour défendre l'Europe, il fallut attendre Pearl Harbour pour que l'opinion se décide). Il s'agit donc d'une volonté de rupture totale avec la vieille Europe des nihilismes rances. Pour le moment cette tendance est marginale, et parcellaire, certes, mais elle s'exprime aussi bien à gauche qu'à droite, à l'extrême gauche qu'à l'extrême droite, ce qui est extrêmement encourageant, car cela signifie qu'elle se situe bien au-delà de ces mêmes nihilistes démocratiques européens dont, malheureusement, l'Amérique fut contaminée (et donc par suite l'agent contaminateur).

Bien sûr, cet isolationnisme ne peut être le même que celui qui, traditionnellement « passif », aurait éventuellement ressurgi dans les consciences AVANT le 11 septembre 2001. Ce néo-isolationnisme, en gestation, est bien plus enthousiasmant, car ACTIF, il signe l'arrêt de mort de Zéropa-Land et des ambitions du Charles-de-Gaulle de sous-préfecture (et dont l'hélice principale est défectueuse) que 80 % d'électeurs abrutis ont porté au pouvoir.

Cette nouvelle tendance américaine peut être résumée en quelques mots : le réacteur Ô-Chirak et le pacifiste hyper-cool Schroeder ne veulent pas d'intervention dans leur mets-au-pot-ami pétrolifère ? Ils veulent protéger les dictateurs arabes à chimiothérapie de masse, ou leurs terroristes pouilleux ? Ils veulent isoler les USA du reste du monde ? Ils veulent devenir les nouveaux Super-Héros de la planète ? PRENONS-LES AU MOT.

Primo : retrait inconditionnel de toutes les troupes US du Golfe, y compris les Émirats, d'Arabie Saoudite, and co. Laissons les Lieux Saints de l'Islam, en effet, à l'antique désert qui les protège. Suppression des no-fly zones : laissons la Francobochie en charge du problème dont elle se contrefiche : exterminations de Chiites, génocides de Kurdes, massacres de sunnites opposants, quelle importance, ce sont de mauvais musulmans, n'est-ce-pas ? ils ne se font pas sauter dans des discothèques juives pour quelques dollars de plus. Si demain Saddam Hussein menace de nouveau ses voisins (comme il l'a fait par deux fois en une décennie), envoyons leur quelques Carambars signés Kouchner et faisons savoir au Satrape de Bagdad que nous n'interviendrons JAMAIS PLUS pour défendre quelques bédouins ou des puits de pétrole dont nous n'avons plus que faire (à la différence de Total-Chirak, ou de Elfe de Villepin), puisque dans une quinzaine d'années on roulera à l'hydrogène, et que nos approvisionnements pétroliers ont d'ores et déjà pour sources principales l'Alberta, le Venezuela, le Mexique ou l'Afrique de l'Ouest (et bientôt l'Alaska et la Sibérie).

Secondo : retrait inconditionnel de toutes les troupes US de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de Macédoine et d'Albanie, si demain une guerre civile se réactualise dans les Balkans, laissons les Francoboches s'occuper du bordel (ils ont montré leur niveau de compétence entre 1991 et 1995), et surtout faisons peser notre DROIT DE VETO, à notre tour, comme de juste.

Tertio : retrait inconditionnel des troupes US du 38e parallèle en Corée. Si demain les station-maoistes de Pyong Yang envahissent la Corée du Sud, comme en 1950, laissons les pacifistes francoboches, Chinetoques et Cosaques s'occuper du problème, avec un droit de VETO au cul, cela va de soi.

Quarto : laisser la France aux prises avec la désagrégation de l'Afrique dont elle sait si bien régler les problèmes (voir le Congo, la Côte d'Ivoire, et la dernière visite de Villepinte en Angola pour arracher un vote en sa faveur au Conseil de Sécurité). Bien entendu, au prochain Rwanda : DROIT DE VETO.

Pour corser le tout, laissons à son destin moribond l'ONU et ses 114 pays « non-alignés », dont les trois-quarts sont des dictatures infâmes dirigées par des abrutis incultes et multimilliardaires (la Malaisie par exemple), ou bien des régimes de criminels de guerre mafieux comme dans l'arc de la mort centrafricain ; que Kofi Annan se débrouille avec ses républiques-Banania.

Pour terminer : laissons les Tchétchènes (ou d'autres) faire sauter des buildings fédéraux dans la Russie Poutinesque, celui lui rappellera qu'Oklahoma-City n'était qu'un événement précurseur du régime métalocal de la quatrième guerre mondiale sur cette planète. Mettons en place un programme de défense anti-missile de troisième génération (au moment où l'Agence spatiale zéropéenne licencie à tour de bras, on embauche comme jamais dans l'industrie aéro-militaire US). Et surtout, surtout, laissons les Iraniens développer gentiment un arsenal nucléaire.

En clair, messieurs les Francoboches : RIGOLONS UN PEU.

Dans une génération, quand les groupuscules du Hamas ou du Hezbo s'agiteront sur tout le « territoire occupé du Franquistan », quand l'OTAN sera un vieux et doux rêve en forme de nounous que caresseront en pleurant le soir dans leur chambre dévastée la vieille gouine Ô-Chirak et ses 80 % d'électeurs néo-munichois, nous reprendrons les slogans de vos pathétiques manifestations, en demandant aux institutions nord-américains de ne plus JAMAIS faire mourir un GI pour une salope de franchouillarde, ou un enculé de néo-boche.

La civilisation européenne ne vaut pas la disparition d'un seul clébard de New-York City.

Bonne chance à vous tous, et toutes. Bonnes manifs.

M. g.  D.

From French America

NE PAS SUBIR GÉNÉRAL DE LATTRE

 

« Blues pour les écrivains que l'on tue après leur mort »

Montréal, le 25 février 2003

Il est de nos jours des écrivains si essentiels, si « incontournâââbles » — comme on le dit sur les (mille) plateaux des émissions littéraires — que leur mort, après 90 années passées au service de la littérature la plus haute, et après avoir laissé dans ce sillage une cinquantaine d’ouvrages le plus souvent exceptionnels, est expédiée en exactement QUINZE SECONDES au journal d’informations de France 2.

15 secondes, montre en main, le temps de dire, sur le ton de circonstance : « hier, l’écrivain Maurice Blanchot, connu pour son œuvre étrange, est décédé à son domicile rue Untel, à telle heure », puis d’enchaîner (véridique) sur les résultats du championnat de France de football.

15 secondes, Blanchot n’aura pas à se plaindre, il aura eu droit à son quart de minute de célébrité post-warholienne.

Que la disparition d’un écrivain français authentiquement génial, et dont l’œuvre essentielle est reconnue comme telle par ses pairs depuis au moins un demi-siècle, soit EXPÉDIÉE tel un colis postal par la nation qui l’a vu naître, qui peut franchement s’en étonner, quand la République jacobine en est rendue à protéger les tyrans de la géopolitique génocidaire (Milosevic, puis Saddam), et à s’offrir une sorte de « Lamartine » d’occasion comme ministre des affaires étrangères, suscitant dans son ex-colonie nord-américaine un hybride de stupéfaction et de franche rigolade sarcastique ? Blanchot est mort, mais qu’importe, le spécialiste du théâtre dans les colonnes d’ICI-MONTRÉAL a découvert, comme Alain Minc, et Philippe Sollers, un authentique « poète», doublé d’un « orateur » d’exception, en la personne de ce guignolesque moignon diplomatique d’aristocrate d’Empire nommé Villepin, clone improbable de notre fameux homme de lettres et académicien « romantique » susnommé auquel on aime en effet à le comparer, dans un moment d’hallucination post-historique que Philippe Muray a depuis longtemps diagnostiqué (quoique les deux représentent typiquement le faux aristocrate, mais vrai bourgeois-libéral).

Mais laissons là les ministres plénipotentiaires et les « poitrinaires bleuâtres » comme disait aimablement Flaubert à propos du Villepin de son époque, et essayons de regarder le jour nouveau avec un peu d’espoir.

Si France 2 a expédié Blanchot en 15 secondes, il ne fallait pas compter sur un micro-module d’attention des télévisions québécoises qui ont bien mieux à faire, je le comprends, avec Marie Labrèque et ses coupes de cheveux hyper-tendance, ou Michel Tremblay, et sa littérature si « proche des préoccupations existentielles du peuple québécois contemporain » — si, si, je l’ai lu, ça, ou entendu, il n’y a pas si longtemps.

Aussi ce jour nouveau aura laissé sur ma misérable mémoire d’occidental perdu une trace de cendres : ce matin, j’ai consulté la presse de Montréal en son entier. Je n’y ai lu aucune, à moins qu’elle ne m’ait échappé, je dis bien AUCUNE mention de la disparition de l’auteur de L’écriture du désastre. Quoi ? Comment ? Qui ? avez-vous dit ?

 

Le Québec est décidemment un pays formidable. En un demi-siècle il sera parvenu à produire un des auteurs de langue française les plus importants du XXe siècle, toutes nations francophones confondues, je le souligne, un dénommé Hubert Aquin, puis à produire les conditions objectives de son suicide, à savoir cette « culture québécoise » micro-locale (l’inverse complet du projet de cet écrivain, à savoir une culture Canadienne-Française universelle) qui se refuse donc toujours à être une nation américaine, et qui réciproquement n’accorde qu’un intérêt de façade, voire même plus aucun intérêt du tout à ce qui provient de l’esprit français le plus haut, c’est-à-dire le plus rare.

Si les pantins cathodiques de France 2 ont commis ce crime sur un écrivain mort, on peut compter maintenant sur la presse écrite parisienne pour qu’elle se démène comme un beau diable afin de rattraper le coup, le doute n’est pas permis quand on a lu, comme moi, le Monde des Livres durant des années.

La question que je pose ici, et maintenant, comme un pari, puisque j’espère qu’elle sera publiée quelque part, d’ici quelque temps — donc le temps suffisant aux médias québécois d’éventuellement « rattraper le coup » à leur tour — oui, la question que je pose est celle-ci : Dans le cas fort peu probable où Nathalie Petrowski[1] (pur exemple, rien de personnel) ait entendu parler de Blanchot et se sente obligée de dire quelque chose à son sujet, ne vaudrait-il pas mieux en fait qu’elle n’en fasse rien et que seul le silence d’un avenir confisqué plombe désormais le cercueil de cet auteur que la France a ignoré superbement jusqu’à sa mort, dans l’ombre de la tombe d’Hubert Aquin, que l’ex-Nouvelle France continue d’ignorer non moins superbement, puisque si — comme Blanchot — tout le monde finit par dégoiser un lieu commun ou un autre à son sujet, plus personne ne le lit. La preuve en est : leurs livres, à tous deux, ne sont pas ou presque pas réédités.

Mais Monsieur de Villepin, lui, « Lamartine » de son époque de chiottes, tire à des dizaines de milliers d’exemplaires.

Chaque époque est reconnaissable à ses poètes, et à la manière dont elle les traite. La France du Second Empire adulait Lamartine et ignorait Baudelaire. Celle de la Dernière République idolâtre un ministre plénipotentiaire, et ignore un des plus grands, si ce n’est le plus grand spécialiste de Kafka en langue française.

Kaf qui ?

Maurice G. Dantec

 

[1] Journaliste très connue au Québec, collaboratrice de La Presse, sorte de « Figarobération » local.

 
 

« Le Bocal des agités »

Montréal, Amérique du Nord française, le 7 décembre 2002

Si un jour, le malheur veut qu’un historien du futur doive se pencher sur l’époque que vit présentement la France, il devra d’abord revêtir un costume antiseptique, et posséder de réels dons d’anatomiste, pour ne pas dire de médecin légiste.

Il devra s’agir d’un analyste scrupuleux, il aura à recenser et classer ce qui fut, dans l’Histoire des idées, et de cette nation, ce qui revient pratiquement au même, la pire dégringolade intellectuelle qu’un peuple ait connue depuis des époques quasiment immémoriale ; il devra s’approcher encore, muni de sa loupe, de ses gants et de son masque de protection, et investir le grouillement des métastases purulentes que de petits « pamphlétaires », ou « anti-pamphlétaires », ne cessent de développer dans le cancer généralisé au stade terminal que connaissent les idéologies modernes, dont la France fut à la fois l’utérus, et le sépulcre.

D’abord, émettons ce triste constat : dans un pays sans plus la moindre vision politique, ni le plus petit espoir d’en recouvrer une un jour prochain (ni même lointain), toute critique du pouvoir post-soixantuitard est subtilement décrite comme un « Rappel à l’ordre » autoritaire et foncièrement anti-libéral, et aux réminiscences plus que troubles, par ceux qui, en vaillants clercs de notaire de la République, veillent sur la bonne marche des choses, et des esprits, en régime démocratique. Depuis que l’ordre établi est justement devenu celui de la contestation institutionnelle, vous ne pouvez plus qu’ânonner les clichés dûment autorisés au sujet de l’invariable « société du spectacle », que tous abhorrent, et à laquelle chacun, de son plein gré, collabore.

Ainsi, depuis quelque temps, des opuscules divers nous enjoignent de ne plus faire entendre notre voix disgracieuse dans l’harmonie universelle démocratique et, au cas où, préparent dans les têtes une nouvelle offensive des pouvoirs en place contre la littérature qui refuserait de se mettre au pas.

Cette offensive a ses avant-gardes : des livres de commande rédigés à la va-vite par des « historiens des idées », pour les armées de journalistes incultes qui officient dans la presse nationale-contemporaine.

Elle a ses troupes à pied : quelques pigistes nécessiteux qui écrabouillent de leurs talons bottés toute bouche qui voudrait s’ouvrir à contre courant de la merdique tendance actuelle.

Elle a aussi ses brigades blindées : l’ensemble des dispositifs et procédures judiciaires permettant à tout un chacun d’intenter un référé contre un livre ou un auteur qui n’aura pas l’heur de lui plaire, ainsi Renaud Camus, attaqué par Catherine Tasca et Laure Adler, ainsi Pierre Jourde, à qui l’on veut chèrement faire payer sa liberté de ton, ainsi Michel Houellebecq qui faillit, il y a peu, écoper d’une fatwa républicaine, au nom des droits de l’Homme. Who’s next on the black list ?

Pour cette nouvelle offensive en règle, il fallait un « livre de combat ». Un professeur de Paris-VIII s’est chargé de produire ce « pamphlet », encore plus mal torché que prévisible, mais qui permettra aux analphabètes lettrés du journalisme français d’y puiser quelques phrases extirpées de leurs pages (cela leur évitera de les lire), pour maintenir l’acte d’accusation contre leurs cibles favorites, écrivains comme il se doit.

Ce « petit livre orange » qui vient de paraître, sous le titre délicieusement Orwellien de :  « Rappel à l’ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires », on me dit qu’il s’en prend à moi, parmi bien d’autres, alors je l’ausculte : j’y constate d’abord l’amalgame consacré tant de fois selon l’habituelle méthode des professeurs de l’université post-moderne : aphorismes isolés de tout contexte explicatif, glissements de sens sémantiques à profusion, ton indexatoire et récriminant, anathèmes diffamatoires qui, si j’étais de son camp, me ferait le traîner lui et son éditeur en justice, j’y reviendrai, bref, rien de plus, rien de moins que ce que d’autres, oh, bien d’autres, ont connu avant moi.

Il est clair que cet historien du futur, cet anthropologue de la disparition intellectuelle d’une nation tout entière, on se doit de lui souhaiter bien du courage, tout autant qu’un authentique dédain pour la dégoûtation.

 

Je vais essayer de lui faciliter la tâche. Sans tout ramener aux charges (anti)personnelles dont m’affuble le souriant binoclard à moustaches socialo-chiracquien, je me dois quand même de ventiler quelque peu les épaisses divagations mysticologiques que monsieur Lindenberg agite tout autour de moi, en se servant de mes textes, coupés, triturés, hachés menus et mis à bouillir, selon la bonne vieille cuisine de rebouteux stalinienne qui aura tant fait ses preuves, en matière d’expédients, comme de méthodes expéditives.

Cher historien malheureux du futur, ne m’en veux pas si je démantèle une à une les fumeuses exégèses que ce monsieur m’a consacrées, c’est que, tu le verras, l’adage « plus le mensonge est gros, plus il a de chances de passer », de sinistre mémoire, est désormais la mesure moyenne de tout ce qui, peu ou prou, se publie comme « essais critiques » dans la République des Zarzélettres, que le monde entier nous envie.

Dès le commencement de ta lecture, tu noteras d’abord que « nous » faisons tous partie d’une sorte de « nébuleuse » vaguement coalisée, aux origines diverses, et variées (nous y reviendrons), et aux « contours mal définis ». Mais il ne fait aucun doute que cette extragalactique et surprenante invasion de la Planète France par ces aliens « nouveaux réactionnaires » semble le fruit d’une volonté de « retour à l’ordre établi », à des « valeurs d’autorité hiérarchique » que la « République » et la « Nation », voire les idéologies en perdition du XXe siècle (communisme en tête) auraient représenté, depuis des éons, pour « les masses populaires », totalement « désorientées », tu le sais, par la fermeture des usines Moulinex, le réchauffement global de la planète, et le problème des retraites de la Sécurité Sociale.

Il est tout à fait exact, tu le remarqueras, mon humble témoin du futur, que la plupart des critiques de la « mondialisation » économique en cours se sont en effet cristallisées sur ses mots fleurant bon la IIIe République de nos ancêtres et les encriers-à-dictée-extraite-de Jean-Paul Sartre ou de Jean Dutourd : Jules Ferry, les Hussards Noirs, la Commune, la Paix-dans-le-monde, les saines Valeurs Républicaines de Déroulède-et-Clémenceau, l’Union Sacrée en somme, de la défense du « service public » à celle de l’exception nationale-culturelle. Pour Lindenberg, et quelques autres de sa caste, toutes les critiques formulées envers le « monde » d’aujourd’hui sont donc unanimement « nationalistes-républicaines », représentées politiquement en gros par une autre « nébuleuse », qui irait de feu le Pôle Républicain de Chevènement au MNR de Bruno Mégret. Tu saisis je pense la manœuvre, elle est en effet usée.

En tout cas, en ce qui me concerne, on peut dire que monsieur Lindenberg commence par se tirer une balle de gros calibre dans le pied gauche, ce qui risque de lui causer pour quelques temps des matins douloureux.

C’est que voilà, cher interlocuteur d’une bibliothèque sans doute en proie à un bombardement ou à un autre, en aucun endroit dans mes écrits, et en particulier les deux tomes du Théâtre des Opérations incriminés, tu ne trouveras semblables interpellations à l’« extension du domaine de la lutte » contre la « société marchande », ou en tout cas, et nous verrons pourquoi : JAMAIS sous cette forme. Au contraire. Et mieux encore : au contraire du contraire.

Car tu pourras de tes yeux constater comment je m’en prends à chaque page ou presque de mon « Journal Métaphysique » au dualisme mortifère dont cette nation s’est faite le héraut, en parfaite « Marianne » à la tête coupée, et donc au corps à jamais divisé en deux, comme le savait en effet ce vieux salopard réactionnaire de Maurras :

D’un côté, les néo-actionnaires, pour reprendre Philippe Muray, du « situationnisme institutionnel », représentant la « gauche moderne », ouverte (de tous ses orifices), tolérante (surtout envers l’intolérable), multiculturelle (c’est à dire incapable de concevoir un DESTIN MANIFESTE pour 400 millions d’Européens et les flux migratoires qui s’en viennent), ludique et festive, donc commémorative et culpabilisatrice, bref la bourgeoisie post-socialiste néolibérale modèle Woodstock-Benetton International qui voudrait bien perpétuer Mai-68 (la version gauchiste pépère post-situ-hypercool-tu voâs) dans les Ministères, les offices de tourisme, les agences de publicité, la télévision, et je ne parle pas de l’Université.

De l’autre côté : la cohorte des petits pamphlétaires médiamondains et hargneux comme des teckels, souvent en cure aux Îles Égée ou à Venise entre deux « brunches» au Fouquet’s, ou à la « Closerie », et qui pérorent à n’en plus finir sur la « société du spectacle », la « domination de la marchandise », le « capitalisme-roi », la « banque juive », l’« oppression israélienne », et l’« impérialisme américain », désormais représenté par les restaurants Mac-Donald’s que de vaillants agro-terroristes de province, aux généreuses bacchantes de « gaulois » illustratives de notre bande-dessinée favorite, « démontent » à coups de pioches, quand il ne les font pas tout bonnement sauter au plastic bretonnant.

La France progresse, tu le constates.

Alors cherche, fouille dans les quelques exemplaires de mes ouvrages qui, peut-être, auront réchappé à l’apocalypse, et tâche de trouver, où que ce soit, une seule assertion qui me rangerait dans l’un ou l’autre de ces CAMPS. Je t’épargne la besogne, mon vieil ami, tu ne la trouveras pas, pour la bonne raison que non seulement elle n’existe pas dans mes livres, mais qu’en plus je les place tous deux, ces « camps » aux lignes de démarcation à ausweis idéologique, bien en évidence, nommément, à poil et face à face, ou dans une position pire encore si tu préfères, comme les deux constituants duals du nihilisme planétaire.

 

Et voici donc notre professeur socialiste bien embarrassé avec votre humble serviteur. Comment lui faire rendre gorge ? Car il s’agit de cela, tu l’auras compris, image à peine possible de moi-même à peut-être trente ou quarante années de distance : Je n’appartiens strictement à AUCUNE coterie. Je ne dois donc strictement RIEN à PERSONNE :

Ni à Sollers, ni à Debray. Ni à BHL, ni à Alain de Benoist. Ni à J.-F. Kahn, ni à Benamou. Ni à Badiou, ou Bounan, et ni à Alain Minc, ou Poivre d’Arvor. Ni à Catherine Millet, et ni à Régine Déforges. Ni à Bernard Pivot, ni à Jean-Marie Messier. Ni à Alexandre Jardin, ni à Guillaume Dustan, ni au Prix « pouêt-pouêt », ni à mes fréquentations au Queen’s, ni à madame Dugland ni à monsieur Dugenoux, bref, comme je l’ai dit je ne dois rien à personne, sauf à H. P. Lovecraft, et à Philip K. Dick, qui tous deux, pas de veine, sont morts et enterrés depuis un bail et n’ont jamais été considérés comme des écrivains sérieux par les branleurs qui passent leur temps à user les banquettes fameuses que les culs d’Hemingway ou d’Aragon usèrent avant eux, pour épater la Galerie de Montparnasse.

Je n’ai aucun ami bien placé dans la presse post-branchouille ou son adversaire néo-jacobine. À l’exception de la NRF, quelques revues au tirage fort modeste, dont Cancer ! — vilipendée comme il se doit par notre prévôt de la sociale-démocratie — et un ou deux « websites » à peine moins que confidentiels acceptent parfois de publier ma prose. Il faut donc me faire payer cet état civil qui les emmerde tant : pas d’études universitaires et pourtant je plaque un petit rigolo post-moderne sur à peu près le terrain qu’il veut. Pas né, comme disait Céline, à « Tarnopol-sur-le-Don, mais à Courbevoie, Seine », et dans mon cas Grenoble, pouah-la-province ! et le Dauphiné des révoltes en plus, et pire encore, petite enfance et adolescence à Ivry-sur-Seine ! et avec des parents intellectuels communistes, depuis la Résistance, qui eurent le toupet de ne pas accepter la dictature de Thorez, Marchais et leurs sinistres apparatchiks de choc, et se firent virer comme des malpropres pour cela.

Et pour finir le zigoto part s’exiler en Amérique du Nord, pratiquement comme s’il y demandait son asile politique ! Quel cursus ! Avec Yvan Le Bolloch, Charles Pépin, Dieudonné ou Amélie Nothomb, on se sent au moins QUELQUE PART.

Si l’on a accepté, il y a près de dix ans, et du bout des lèvres, de parler de mon roman « obèse et hors normes » dans les Inrocks, Nova Mag, Télérama, ou le Nouvel Obs’, tu verras que depuis, les qualificatifs « nouveau réactionnaire », voire « white trash de la littérature » sont des sobriquets dont ces placards à balais du journalisme m’ont déjà affublés à de multiples reprises, rien de nouveau donc sous le soleil radieux du socialisme.

Lindenberg, tête de pont de l’offensive « anti-réactionnaire » devait faire mieux. Imiter la Miss-Bouquins du Nouvel Observateur, en me traitant « d’Eminem de la littérature » sur 95 pages, ça risquait de ne pas s’avérer suffisant, même si au demeurant on a vu pire, ces derniers temps.

Il a donc essayé, par tous les moyens possibles dont un « historien des idées » de Paris-VIII est pourvu, et ils sont légions, de me faire entrer de force dans les cases de sa petite rhétorique au prix, on va le voir tout de suite, du mépris des faits, et pire encore, des ÉCRITS.

 

L’ensemble du livre est rempli d’approximations grossières à mon sujet (voir par exemple page 57, où l’on apprend que je serais « fasciné » — comme d’autres coupables « venus de la gauche athée » — par Pie IX et son syllabus anti-moderniste : non m’sieur le professeur de Paris-VIII, je suis juste un chrétien hétérodoxe), et je n’aurais certes pas la place de faire ici une revue de détail, je vais donc, si tu le permets, mon cher archéologue de la civilisation française depuis longtemps disparue, me pencher un peu plus profondément sur l’espèce de biographie, tout-à-fait impayable, dont l’auteur m’affuble à partir de la page 89, et qui synthétise peu ou prou ce qu’il a parsemé sur les 88 pages précédentes (à l’exception de celles consacrées à Houellebecq qui comme moi, tiens ? en prend lui aussi pour son grade nommément : fiche de police culturelle visiblement bien à jour).

Après une petite mise en train sans trop l’air d’y toucher — il y aura plus dérangeant par la suite — nous prévient d’emblée l’auteur, on attaque direct, sur le mode : moi-je-suis-prof-moi-je-m’y connais-pensez-donc :

« Dantec pastiche les « grands théoriciens » des sciences sociales, ne reculant pas plus qu’un Taguieff devant le jargon philosophique le plus abscons » — c’est moi qui souligne.

En deux ou trois locutions principales, tout est dit : l’auteur de polar cyberpounke est renvoyé à sa banlieue de white-trash post-coco dont il n’aurait jamais dû — surtout — SORTIR. Je ne peux comprendre (je n’ai pas le brillant cursus du professeur Lindenberg) les grands philosophes aux langages parfois abscons (Bergson, Whitehead, Deleuze, Abellio, on le leur a souvent reproché), donc : je les PASTICHE, bien sûr.

Bon, ensuite, plus banal, ce Pinkerton de la littérature m’accuse de « répugnance » envers les « utopies socialisantes ». Je le reconnais, monsieur Lindenberg, et c’est ma très grande faute : mes narines délicates, sans doutes trop « aristocratiques » à votre goût, ont du mal à supporter l’odeur des vastes charniers communautaires dont les deux SOCIALISMES concurrents ont agrémenté l’atmosphère du siècle qui est parti à la ferraille, il y a un an et quelques poussières. Comme je l’ai déjà demandé : avez-vous un camp, ou un programme de rééducation à me proposer ?

Maintenant bien lancé, Lindenberg peut se permettre de franchir un degré décisif dans la grossièreté mensongère : désormais les mots injurieux, de ceux qui peuvent valoir « normalement » un procès en justice, comme on le fait de nouveau à M. Renaud Camus, pour un motif bien plus anodin, sont lancés, ou plutôt — on n’est pas « professeur des idées » pour rien — glissés au milieu d’une phrase à peine plus épicée que les autres :

« On sent également un certain racialisme chez lui et une conscience très aiguë des conflits de civilisation. »

Oh, comme l’amalgame est joliment esquissé : si vous êtes conscient que les civilisations forment des diagrammes en lutte évolutionniste — selon des lignes de coupe paradoxales qui se surajoutent — alors, bien sûr, vous ne pouvez « sentir » que le racialiste, autant dire dégager l’odeur d’un dogue allemand. Déjà « conflit de civilisations », dans un monde de rave parties, de flûtes à bec et de colliers à fleurs, ce monde de lait et de miel que la démocratie des droits de l’homme a apporté avec elle durant le temps de son existence (enfin terminée !), oui déjà ces mots sont suspects, comprenez le bien, mon cher historien du futur, dans peu de temps ils me conduiront en cour, voire en prison, et qui sait ? si je me lâchais vraiment, quel « article de loi antidiscriminatoire » on ne me foutrait pas au train.

 

Mais il y a mieux, tout est possible à l’espace de la rébellion festive par tous et pour tous :

« En effet ce sont là impressions de surface, qui ne vont pas au cœur de sa pensée. En réalité Dantec possède un système bien au point. »

Je tenterais de te résumer plus tard ce qu’est ce fameux « système » que j’ai « mis au point » , mais remarques-tu, mon lecteur du futur d’après l’effondrement terminal, oui, remarques-tu qu’au préalable, ce professeur multidiplômé ne s’est pas rendu compte qu’à de nombreuses reprises, non seulement j’affirme ma suspicion envers TOUS les « systèmes » de pensée, mais plus encore je décris le mien comme un processus critique constamment rouvert, depuis ses fermetures, par lequel j’aborde, et je dissous, pour les ressouder, autant que faire se peut, les grandes machines théologiques ou politiques qui forment l’horizon de nos connaissances actuelles.

Non, mais tu te crois où, vulgaire auteur de série noire et de SF-pour-les-masses-abruties ? Tu ne sais donc pas que nous avons fait des années d’études pour ne rien savoir, et surtout ne rien comprendre ? Retourne dans ton « neuf-quatre », hé, tête d’œuf d’autodidacte, je t’en foutrais moi…

Lindenberg n’est alors plus à une corniflerie près, il peut en rajouter, on connaît la musique, justement, et « depuis les années 30 », justement.

On apprend ainsi un peu plus loin que « Popper tient chez Dantec la place qu’occupe Comte chez Houellebecq » et que je nourrirais « la même aspiration que lui à un gouvernement des savants ».

Là, mon lecteur du futur, marque une pause pour étouffer ton rire. Tu vas en avoir besoin, et ce n’est rien en comparaison du « final ».

Si quelqu’un trouve quelque part dans un quelconque de mes écrits une telle « aspiration » désuète, et bien digne de ce positiviste de Comte, je voudrais qu’il me la fît parvenir, en toutes lettres. Car si jamais quelque chose pouvait encore me faire vraiment m’esclaffer, ce serait ce genre de propositions de simplet. Les savants FONT partie du complexe militaro-industriel depuis au moins 1940, et je préfère ne pas remonter à l’Âge du Fer, on pourrait encore se moquer. Vouloir leur participation aux affaires du monde, depuis monsieur Nobel, c’est franchement se foutre de la gueule dudit monde, ce que fait monsieur Lindenberg, au demeurant.

Car il n’en a pas fini avec moi, ââh que non.

C’est que j’ai — vois-tu — commis l’Irréparable, le crime des crimes, l’insulte suprême aux droits de l’homme et de la république en danger.

D’abord, je me suis permis de citer un aphorisme — excellent — de Jean Madiran, tiré d’un livre paru en 1960 ! — et suivi d’une tentative d’explication de la trajectoire de ce catholique de combat qui achève son parcours dans les rangs des néo-païens à la Le Pen. Un astérisque bien salé permet à tout lecteur consciencieux de savoir ce que je pense de cet itinéraire et de cette présente « cohabitation ».

Mais monsieur Lindenberg n’en a que faire, ce n’est pas pour cela qu’il a été mandaté, et payé (bien, je l’espère) : il décrète in petto que je pratique l’APOLOGIE de cet auteur, ce qui, bien entendu, ne peut mériter que l’opprobre public, à défaut d’un peloton d’exécution.

Vient alors, vois comme la liaison est subtile, l’apothéose des damnations : j’ai osé consacrer 18 pages « serrées » à ce salopard d’écrivain collabo de Drieu la Rochelle.

Mais où est le pilori ? nom d’un Être Suprême…la guillotine, oui ! et tout de suite !

Comme l’agité du bocal en son temps, il n’y a donc personne pour me foutre une fatwa démocratique au cul ?

L’Époque s’est affaiblie… les islamistes peut-être, un jour, entre deux concours de Miss Monde ?

 

C’est qu’il faut que t’explique maintenant, avant d’en finir, quel est le fameux « système » que j’aurais mis au point, dans mon garage secret, pour « réhabiliter » Drieu. Et attention, hein, c’est « avec une adhésion telle qu’aucun auteur qui ne soit venu du giron maurrassien-hussard ou néodroitier à la Alain de Benoist, venu lui aussi de la droite extrême, n’en avait apportée depuis des lustres ». C’est moi qui souligne, là encore.

Je me demande à qui ce lui aussi s’adresse, de la part de ce monsieur Lindenberg, et s’il s’agit de moi, c’est alors qu’il est, lui, un de ces analphabètes lettrés comme il en pullule tant de par le monde, car s’il m’avait vraiment lu, il aurait tout de suite compris que mon passage éclair dans les « rangs » de la droite extrême — vers l’âge de 23-24 ans — fut aussi bref et amer que celui que j’avais suivi avec les trotskistes et les « autonomes » une demi-douzaine d’années auparavant. Et que je pus, en revanche, en tirer les enseignements que mes Journaux eurent, plus tard, pour vocation d’essayer de partager avec quelques lecteurs.

Monsieur le procureur de la république, je tiens à attirer votre attention sur le fait qu’un odieux énergumène se faisant passer pour un écrivain de science-fiction a conçu le complot anti-démocratique visant à ce que l’auteur collaborationniste Drieu La Rochelle soit enseigné dans nos écoles, « sous entendu : comme ses amis Aragon et Malraux », ce qui est un scandale absolument intolérable, qu’il faut lui faire payer à tout prix.

Car il faut bien considérer ceci, ombre improbable qui me lit dans je ne sais quelles conditions de désastre absolu, je n’ai eu envers Drieu aucune compassion particulière pour son cheminement politique, dont j’ai simplement essayé d’entrevoir la tragique et fatale complexité. Je me suis contenté d’extraire de son œuvre NON-LUE, des textes qui me semblaient pertinents en ce début-fin de siècle, sur le plan de la théorie de la littérature. Ce qui fait de moi, comprends-tu, un néo-droitier de la pire espèce, façon Alain de Benoist, voire Martin Bormann.

Pire encore, ceci apporte la preuve indubitable que « sans inquisition, ni vigilance maniaque » — n’est-ce pas ? — « on peut considérer que Dantec restaure une bibliothèque politique qu’il est très difficile de distinguer dans une librairie d’extrême-droite ou dans les stands d’une fête bleu-blanc-rouge ».

Ah, mon vieil ami, d’ici à ce que tu lises ces lignes mon corps et peut-être ma bibliothèque tout entière auront disparu. Comment faire pour inviter ce pamphlétaire de bulletin paroissial à venir prendre connaissance des volumes qui constituent cette bibliothèque, sans commettre une terrible faute de goût pour mon entourage, comme pour ces nombreux et nobles ouvrages ? Comment faire, dis-le moi si tu peux un jour, pour que ce pauvre lunetier d’amphithéâtre comprenne que j’ai bien « d’autres références et d’autres bibliothèques », comme il ose feindre de s’en questionner lui-même (tout en les citant, très partiellement, pour se dédouaner).

 

Alors puisqu’il faut en finir, finissons en UNE BONNE FOIS POUR TOUTES.

Baroud d’honneur, messieurs, vous allez être servis.

Je n’ai, monsieur le professeur Lindenberg, plus rien à voir avec la France depuis des années déjà, et encore moins avec Paris, ce bocal des agités, condensé de jus de tuyau d’évier où toutes les formes d’idées pouvant évoluer dans les égouts de la zérocratie se reproduisent en colonies violemment neuroparasitaires, et je m’en suis exilé pour des raisons complexes qu’en fait votre livre me permet de tirer au clair en toute simplicité : je ne suis pas du côté du « libéralisme » européen qui aura exporté ses « lumières » un peu partout dans le monde, et jusqu’ici en Amérique. Je ne suis pas non plus du côté de ceux qui voudraient prendre sa place, en le modernisant sauce ATTAC, ou Coalitions Zécolo-Zanarchistes de toutes obédiences. Et encore moins de ceux qui prétendent le vaincre en poursuivant son œuvre destructrice, désormais retournée contre lui, c’est-à-dire contre nous tous.

Je n’ai rien à voir non plus avec les prétendus critiques « post-situationnistes » du capital marchand, puisqu’ils ne font désormais qu’alimenter le discours préformaté des intellectuels bourdivins et autres « contestataires institutionnels » qui rendent désormais toute véritable critique-scientifique IMPOSSIBLE. Et encore moins avec les petits pit-bulls du nationalisme républicain, version Syndicalisme Uni des Débiles profonds ou nazillons-à-keffiehs suceurs de talibans. Je ne rejoins non plus en rien les doctes « critiques » de la démocratie des Droits de l’Homme quand ils accusent l’Amérique d’être son agent porteur, car, en dépit de ses fondations paradoxalement rationalistes, voire grâce à elles, l’Amérique est le lieu UNIQUE où une transformation du christianisme est encore possible. Il existe au moins deux occidents : L’un a vécu sous l’ère Clinton sa dernière grande « illumination » spectaculaire, elle s’est éteinte avec l’action de césure définitive que les attentats du 11 septembre ont propagée entre l’Ancien et le Nouveau Monde.

L’autre, qui couvait sous la cendre depuis les ORIGINES, vient tout juste d’être réveillé. Un peu comme le 7 décembre 1941. Mais en mille fois plus TERRIBLE.

Quelqu’un se souvient-il du mois d’août 1945 ?

 

Nous ne sommes donc plus du même Monde, monsieur Lindenberg, vous comme bien des soi-disant « nouveaux-réactionnaires » que vous épinglez dans votre dormitif ouvrage, vous appartenez au même : celui qui a choisi de se faire en se défaisant, comme votre Europe de Choux de Bruxelles et sa Monnaie Unique, comme votre armée de pious-pious qui protège les génocidaires yougo-communistes, puis ceux d’en face, à savoir les génocidaires albano-islamistes, mais ne peut même pas traverser la frontière de l’Ouzbékistan pour foutre une trempe à quelques bandits fanatiques et incultes !

Ici, en Amérique, depuis le 11 septembre 2001, une mutation métapolitique sans précédent est en train de voir le jour. Elle séparera définitivement le Nouveau Monde de ses ex-colonies zéropéennes, elle laissera la France de Chiracospin, et de vous même, face à vos hérésies nihilistes et dévolutionnaires (sic ! en effet, pour vous reprendre).

Cette Amérique se tournera vers les nations prêtes à affronter, avec elle, leur DESTIN MANIFESTE.

C’est pour ça que je suis parti de votre pays de cocagne, monsieur Lindenberg, je vous laisse à vos Forpronu et à vos Sarkozy, à vos Julien Dray et à vos Luc Ferry, à vos Le Penismes et à vos Chiracquies.

Ni gauche, ni droite, en effet, messieurs du bocal des agités : L’Ouest. Le vrai.

Maurice G. Dantec

Écrivain réactionnaire, nazi-sioniste, terroriste chrétien, pro-américain, occidentaliste et surmédiatisé-tu-vois.

 

« C'est beau une ville qui brille le jour »

Le 28 octobre de l'An de Grâce deux mil deux
« Pas un G.I ne doit mourrir pour José Bové ! », Cancer!, n° 7, 7 décembre 2002, p. 12-14.

Quinze jours après les attentats du onze septembre, un torchecul nanarchiste québecois dénommé Le Trouble affichait en première page, sous une photo des tours en train de s’effondrer — les mots suivants :

LA DESTRUCTION TOTALE DES ÉTATS-UNIS EST NÉCESSAIRE À LA SURVIE DE L’HUMANITÉ.

Nous n’épiloguerons pas des heures durant sur ce voltairisme perruqué qui s’est trouvé un nouveau look avec le sportswear-de-combat-de-rue agréé ATTAC, le nono-trotskysme a ici des émules jusqu’aux plus hauts grades universitaires, il n’est pas un analphabète marxiste local qui ne puisse citer par cœur son Chomsky ou son Bovidé, comme il y a 30 ans, lorsque des fils de bourgeois décérébrés par leurs mauvais trips à l’acide revenaient de Chine Populaire le Petit Livre Rouge à la main, et un volume analogue d’inepties criminelles à la bouche.

Pour revenir à ce numéro du « Trouble », cet « organe » de défécation de la sous-pensée d’extrême-gauche, le plus terrible résidait dans la parfaite innocence avec laquelle les libraires de Montréal vendaient pour 1 dollar, l’équivalent local des trente deniers — j’imagine, cet extrait de jus de tuyau d’évier, entre la dernière autobiographie sexuelle de Christine Angot, et la dernière autofiction sexuelle de Catherine Millet, à moins que ce ne fut l’inverse.

Je trouvai même un des exemplaires de cette scrofuleuse publication à la Librairie Gallimard, supposée pourtant être l’antre de la « culture humaniste française » ; on dénichait d’ailleurs ce concentré d’eau de vaisselle antisémite et tristement fascistoïde (jusqu’au niveau de la langue, qui ferait passer Luc Plamondon pour Chateaubriand), dans une douzaine de librairies « underground » de cette bonne ville de Montréal, et aucun propriétaire ne sembla s’en émouvoir lorsque je leur montrai la double page centrale reprenant la couverture avec, en sus, moultes explications « politiques » des décérebrés nanarcho-trotskysants. Les moins lobotomisés d’entre ces libraires convinrent pourtant qu’il y avait peut-être quelque chose qui clochait lorsque je leur demandai de remplacer les mots « États-Unis » par ceux de leur choix : Québec, pour commencer, ou alors Rwanda, Palestine, Afghanistan, Antarctique, voire Principauté du Lichtenstein.

LA DESTRUCTION TOTALE DU QUÉBEC EST NÉCESSAIRE À LA SURVIE DE L’HUMANITÉ.

Voici ce que moi, à cette heure, je me mis à leur dire, et j’ajoutais : celle de la FRANCE de 1789 aussi.

 

Voilà pourquoi je suis sans doute, selon messieurs Maurice T. Maschino et Ignacio Ramonet, du « Monde Diplomatique », un de ces odieux « nouveaux réactionnaires » qui soutiennent sans réserve l’Amérique contre le nihilisme transnational. Je reviendrais un jour plus longuement sur la différence fondamentale qui me sépare à jamais des Finkielkraut, Alain Minc et autres BHL, mais en un mot je me dois d’affirmer que mon combat est bien celui du Christianisme contre les hérésies modernisées, dont la leur, à eux tous : celle du « libéralisme » des Droits de l’Homme, car c’est elle qui désormais entend annihiler par tous les moyens possibles ce qui reste du génie de la civilisation occidentale, c’est elle qui a transmis le virus des « Lumières » à ceux qui, aujourd’hui, vieille histoire, s’en servent pour notre destruction.

Marxisme et libéralisme ne sont que les deux faces symptomatiques de la même maladie congénitale de la modernité : l’Homme à la place de Dieu, le Marché à la place de la Providence.

L’Amérique, depuis le 11 septembre 2001, a commencé une mutation métapolitique dont ceux qui en devinent les contours savent que cela signifie l’abandon définitif, par leur SURPASSEMENT (et non par simple réaction) des préceptes politiques et métaphysiques du rationalisme sur lesquels, paradoxalement, elle s’est fondée.

On comprend leur terreur.

Le capitalisme protestant, par sa prise de conscience brutale d’être le nouveau centre catholicos — universel donc schismatique — du globe planétaire, est à jamais bouleversé, ce n’est pas tant les chiffres de la Bourse qu’il faut surveiller, que la coupure définitive que l’acte du onze septembre a consacré entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Or cette coupure est fractale, elle se propage de l’universel au singulier, et retour, jusqu’au cœur même de l’Amérique impériale. Elle promet à cet Empire la même métamorphose que celle que Rome connut lorsque Constantin se convertit au christianisme, il y a dix-sept siècles. Cette séparation ne promet rien de moins en fait, que la réunification du christianisme, au-delà de lui-même.

Dans la Dernière Rome, la Quatrième du Cycle.

Oui, on comprend de mieux en mieux leur terreur.

 

Il faut dire que la gauche « altermondialiste » se trouve dans une position de plus en plus inconfortable. Après avoir essayé sans succès de réhabiliter le communisme et ses cent millions de morts, elle s’est penchée avec la compassion qu’on lui connaît sur de nouveaux « ennemis-de-l’Impérialisme » et autres « amis-de-la-cause-des-peuples » : les Arabo-Musulmans. Ces derniers ont en effet l’insigne avantage sur leurs prédécesseurs russes de n’ÊTRE PAS DES OCCIDENTAUX. Leur haine à notre égard échappe de loin aux cadres « rationnels » du léninisme.

Mais chaque jour qui passe montre de l’Islam moderne son vrai visage, celui d’un résidu nationaliste du socialisme, décomposition idéologique désormais fort bien connue, mélangé au couscous des Oulémas et de l’Ayatollah Khomeyni. Conclusion : il ne se déroule pas 24 heures sans qu’une dizaine de chrétiens, de juifs ou d’hindous ne soient assassinés quelque part dans le monde, et je ne parle pas de ces salopards de touristes occidentaux qu’on carbonise dans des discothèques de plage.

Depuis le 11 septembre 2001, les révisionnistes de gauche s’y entendent pour nous culpabiliser : la vie d’un « américain » vaudrait celle de « cent palestiniens », etc.

On remarquera que pour ces hippopotames de la bonne conscience, un musulman bosniaque assassiné par des communistes yougoslaves ne vaut pas le millionième des larmes versées sur le corps d’un « combattant de la liberté » palestinien qui se sera fait sauter à coup de C-4, et un autobus rempli d’enfants avec. Pour ces mêmes pleureuses patentées des drohâs-deuh-l’hommeuh, il est plus que probable que les 120,000 algériens assassinés en dix ans (une moyenne de mille crimes de guerre par mois, à mettre en rapport avec le record journalier établi par les troupes du Reich en Ukraine en 1941) l’aient été par une secte suprématiste norvégienne, ou une amicale de bowling patagonne proche de l’Opus Dei.

Ainsi les amalgames des prosateurs gauchistes se font-ils de plus en plus grotesques, mais illustrant par cela la célèbre devise d'un grand socialiste national, Herr Doktor Goebbels, ils savent bien que plus le mensonge est gros plus il a de chances de passer.

En martelant nuit et jour depuis un an que Bush et Ben Laden se VALENT, que la civilisation occidentale EST ÉGALE à celle des Talibans, que Bush est un « idiot » et un « criminel de guerre » (pourquoi ? pour avoir éradiqué les hooligans d’Al-Qaeda des stades de Kaboul ?), que les USA sont une DICTATURE qui voudrait contrôler l’Irak pour son pétrole (et la Bosnie, bande de truffes, j’imagine pour ces verts pâturages ou ses chemins de campagne ?), en affichant chaque jour sur les murs de cette ville un nombre quotidien de pamphlets antisémites et/ou anti-occidentaux tel que la SS ne put jamais en affubler Berlin, en transformant Concordia en véritable équivalent de l’Université Islamique du Caire, où il ne fait pas bon se dire ouvertement juif, ou pire « judéochrétien » — vous risquez aussitôt la bastonnade modèle Hezbollah —, bref en faisant du Québec une petite sous-Californie post-moderne, autocentrée sur son nombril de « colonisée », prête à se vendre à tous les maquereaux du non-alignement, où même les Conservateurs Canadiens, comme cet abruti de David Orchard[1], prennent les patins des nono-trotskystes pour combattre « l’américanisation », en conduisant par conséquence la jeunesse d’ici dans un pauvre simulateur virtuel de la Révolution Sociale modèle Mai-68, les universitaires marxisants de ce « pays » auront réussi l’impossible : couper de toute véritable « américanité » sept millions de français-américains, fabriquant des « québecois », nationalisme sauce poutine et socialisme en micro-brasserie, abrutis par 30 ans de propagande antichrétienne, antisioniste, anti-occidentale et furieusement tendance.

 

En Europe, aujourd’hui, le nouvel ennemi est déjà clairement désigné : L’Amérique. Autant dire ces salauds de cow-boys texans qui n’ont pas eu le tact de rester dans leur coin au XXe siècle quand notre Continent des Lumières inventait successivement le communisme et le nazisme, Montherlant et Sartre, Sheila et Patrick Bruel.

Comme l’explique finement Ignacio Ramonet dans sa Pravda parisienne, un Empire n’a pas d’alliés, il n’a que des vassaux.

On comprend ici que la France de Chiracospin, l’Allemagne de Schroeder, ou le Duché du Luxembourg ont donc encore des ambitions circumterrestres, et surtout les moyens de les réaliser, comme au temps de Clémenceau, de Bismarck, de Napoléon ou de Charlemagne, soit, mais il faudrait sans doute prévenir au plus vite nos intellectuels de choc que, s’étant vassalisée de fait dans l’orbite marxiste-bureaucratique depuis sa création, l’Europe de Bruxelles (entre 15 et 25 nations sans aucune organisation démocratique, et qui viennent donner la leçon aux USA), ne sera bientôt plus qu’une vaste zone de non-droit, de féodalités régionales-maffieuses et de guerres civiles, où leurs amis néo-talibans et post-communistes régleront leurs comptes, entre deux génocides qui renverront l’Ex-Yougoslavie au rang de charmant petit camp de vacances balkanique.

Aussi, je vais m’efforcer dans les temps à venir de clamer au plus fort ce conseil à tous les américains que je rencontrerais, où que j’aille :

PAS UN G.I. NE DOIT MOURIR POUR CHIRAC, SCHROEDER OU JOSÉ BOVÉ.

Puisqu’ils détestent tous tant que ça l’impérialisme américain, il est impératif que les troupes US quittent IMMÉDIATEMENT la Bosnie, l’Albanie et le Kosovo, laissant ce bourbier ineffable aux mains compétentes — ô combien ! — de l’Armée française et de quelques supplétifs hollandais, comme à Srebrenica.

L’US Army doit également QUITTER au plus vite l’Arabie Saoudite, et les Émirats Arabes, histoire de laisser tout ce joli monde face à ce grand libérateur des peuples, et ami de Pierre Foglia[2], qu’est ce bon Saddam Hussein. Car les Américains doivent bien se pénétrer de l’idée que c’est la présence de leurs forces armées qui garantit là-bas le STATUS-QUO actuel. Faisons donc revenir G.I Joe à Madison-city, et regardons ensuite les Zéropéens et les anarcho-démocrates donneurs de leçons en géopolitique se débrouiller avec le CHAOS, dont parait-il certains font l’éloge.

Les Américains sont coupables quoiqu’ils fassent : coupables d’intervenir. Coupables de ne pas intervenir. Coupables de ne pas l’avoir fait assez vite lorsqu’ils l’ont fait, ou bien alors coupables des pertes civiles causées par leur intervention. Coupables d’avoir « déclenché » la guerre du Golfe, coupables de ne pas l’avoir finie tout-à-fait, BREF :

Tant qu’à faire, les gars : BACK HOME.

Les USA ne DOIVENT, selon moi, EN AUCUN CAS empêcher Saddam d’avoir sa Bombe. Au contraire. Les Zéropéens et leurs cinquièmes colonnes locales l’aiment tant, ce cher Leader Baasiste, qu’il faut TOUT FAIRE pour qu’il en dispose le plus vite possible, comme ces chers communistes nord-coréens.

Entretemps, l’Hémisphère libre se sera j’espère doté d’un système de défense antimissile dont l’Europe ne veut justement pas entendre parler, sa prescience politique nous estomaque encore une fois au plus haut point, comme en 40.

Puis nous irons visiter Paris en combinaison NBC, qui n’aura jamais mieux mérité son surnom de Ville-Lumière.

C’est beau, à ce qu’il paraît, une ville qui brille le jour.

Maurice G. Dantec, écrivain schizophrène bon-à-enfermer

 

[1] Homme politique anglo-canadien, agriculteur bio et « conservateur-progressiste », candidat malheureux à la « chefferie » du Parti, il se lance depuis peu dans le ratissage de la gauche anti-américaine au Québec.

[2] Éditorialiste de La Presse, grand quotidien québécois, connu pour ses amitiés pro-syriennes et pro-irakiennes, et au style de gribouille tout droit sorti d’une école post-moderne de journalisme.

 
 

« Requiem pour une République »

Montréal, 10 mai 2002, 00H19 local time

OUF ! a soupiré d’aise un quotidien fondé par Jean-Paul Sartre, et toute La France.com avec lui, à l’annonce du résultat du second tour des élection présidentielles.

On les comprend. Le soulagement était si vif qu’on a pu constater comme une saine et joyeuse libération des sphincters démocratiques, un peu partout, dans cette France paradoxalement plus divisée que jamais ; la rave improvisée du RPR place de République, pleine de ballons multicolores et de drapeaux algériens, donnait en effet le visage d’une puissante réconciliation nationale, parfaitement conviviale, et tout-à-fait dans l’air du temps. Elle venait comme adouber les images du match France-Algérie, au son d’une Marseillaise cette fois inaudible, histoire sans doute de ne froisser aucune susceptibilité en passe d’intégration. Elle semblait annonciatrice d’un mouvement plus large qui, à entendre les commentateurs, viendrait mettre un coup d’arrêt à l’Abbé Timonde qui menace la vaillante démocratie européenne des Droits-de-l’Homme, celle qui a tant fait, on le sait, pour les jeunes nations de l’ex-Yougoslavie, ou pour les populations du Rwanda, au cas où quelqu’un se souvienne encore de ces péripéties locales datant d’avant la mort si regrettée de tous du Conducator François Mitterrand, pour ne pas dire d’avant l’apparition de la vie consciente sur cette planète.

Hé bien, osons le dire : le message des écolotrotskistes donneurs de leçons a été entendu, et plutôt deux fois qu’une, un homme dûment AVERTI n’en vaut-il pas deux ma bonne dame ? et peut-être même trois ou quatre, si l’on sait y faire, en termes de « mobilisation civique », avec l’argent des ventes d’armes en Angola, et la collaboration active des salles de rédactions. Non seulement ce grand républicain qu’est Jacques Chirac a-t-il été réélu avec un suffrage qui ferait rêver tout haut un potentat de Corée du Nord ou du Gangsteristan oriental, mais la voix ardente de la démocratie antifasciste a su se faire entendre jusqu’en nos pays voisins.

Désireux de donner un peu de réalité concrète aux ferments d’infection savamment distillés par José Bové, Thierry Meyssan, Martine Aubry ou Jacques Higelin, un courageux militant batave des droits des animaux a su sacrifier quelques années de sa vie pour enfin oser abattre le nouvel Adolf Hitler des Pays-Bas. Cet acte fêté ici à Montréal par nos amis les universitaires anarchistes, comme le 11 septembre avait été commémoré avec moult you-yous de la Bande de Gaza jusqu’au Valenciennois, en passant par l’Université Islamique de Concordia (Émirat du Canadistan), doit absolument être inscrit au fronton du Grand Monument que la Démocratie Parisienne se devra de s’élever à elle-même, lorsque elle aura enfin exterminé tous ses ennemis.

Car il faudra bien que ces fossoyeurs patentés des Droits de l’Homme se mettent ceci en tête une bonne fois pour toutes : tuer un salaud de démagogue populiste d’extrême-droite démocratiquement élu par un peuple qui a passé outre les nombreuses injonctions de nos ligues de vertu et de tolérance, est une CHANCE inespérée pour l’universalisme anarcho-acéphale que nous attendons tous avec impatience depuis au moins 2 siècles, et personne n’a le droit de mettre en doute cette assertion, sans risquer de subir le même sort que ce proto-gauleiter un peu trop blond pour être honnête si vous voulez mon avis de résistant de la 25e heure, et ce à plus ou moins court terme, qu’on se le dise.

Cette action héroïque d’un martyr du végétarisme absolu donne enfin une légitimité à l’assassinat politique, je veux dire le nécessaire assassinat politique systématiquement entrepris à l’encontre des odieux fascistes réactionnaires qui refusent de sucer le membre pédagogique du taliban et qui s’obstinent à manger de la viande de bœuf venue du tiers-monde, ou pire encore, des USA, tous ces fanatiques xénophobes qui ne voient dans notre bidoche communautaire qu’une décoction de charogne trempant dans des vases de purulences virales, odieuse contre-vérité colportée comme on le sait par les agents du Mossad et de la CIA, ne sont-ils pas d’ailleurs derrière les attentats du 11 septembre, manigançant dans l’ombre et de leurs doigts crochus les équipées sauvages de nos amis multiethniques qui attaquent les synagogues ? Elle perpétue en tout cas le combat salvateur mené par nos vaillants destructeurs de Mac Donalds, comme la lutte d’autodéfense de nos manifestants lâchement attaqués par les bourgeoises vitrines de la ville de Gênes ou par quelque passant juif de passage.

Le message est clair : pas de liberté pour les ennemis de la liberté. AUX ARMES CITOYENS !

Gageons qu’il aura été entendu, bien au-delà des expectatives de ceux qui le profèrent.

Une des absurdités les plus tordantes de la campagne de l’entre-deux tours m’aura été démontrée en direct par une équipe de télévision de France 2 : s’étant rendue dans un petit bourg alsacien où Le Pen avait cassé la baraque, l’équipe de « journalistes » avait demandé à des électeurs frontistes, sur le ton faussement ingénu qui convient, s’il y avait beaucoup de délinquance et d’immigration dans leur village.

Saisit-on le comique involontaire de ces lobotomiseurs d’ambiance ? Représentants actifs du Village Global Téléplanétaire.com, les voici qui s’interrogent, à l’antenne, le microphone dirigé vers la cible statistique, sur le sens du vote de pauvres indigènes perdus au fin fond de leur cambrousse franchouillarde, sans électricité, ni chauffage central, sans poste de radio, sans quotidien imprimé, sans télévision, et certainement sans la plus petite Zone d’Autonomie Temporaire ni la moindre connexion Internet, vous le pensez bien.

Tout le monde sait qu’on vote aux Présidentielles pour les problèmes de voirie publique ou de remembrement agraire de la commune, et que les neuf-dixièmes de la population rurale française sont composés d’abrutis analphabètes parfaitement incapables de lire les éditoriaux de M. Colombani, en tout cas si vous ne le saviez pas, France 2 aura tout fait pour vous en convaincre.

Comprenons-le ainsi : ni les problèmes internationaux (comme le terrorisme islamiste, deux mots que pas un seul candidat de la campagne, sauf Qui-Vous-Savez, n’aura osé prononcer), ni les problèmes zéropéens (pas de pouvoir politique fédéral, pas de Justice, pas d’Armée, pas de Police, pas de Constitution continentale, etc), ni les problèmes nationaux (chômage endémique, corruption maffieuse, éducation en ruine, islamisation des banlieues, activismes régionalistes, antisémitisme virulent, gangsterisme et violences urbaines en courbe explosive, etc), ne sont à la hauteur de ces cortex à peine sapiens qui ignorent tout des délices vraiment trop cools de la vie dans une entreprise de communication transnationale et de vente de t-shirts à l’effigie de Che Guevara vachement impliquée dans le domaine de l’éthique tu vois.

Tout d’abord, osons établir le constat (d’autopsie devrais-je dire) que la brillante invention du Quinquennat, menée comme une opération de la dernière chance sur le corps du malade, n’a fait qu’emporter le patient. Avec la trouvaille supplémentaire qui a permis de reculer l’échéance législative un mois après les présidentielles, nous voyons se profiler à l’horizon le spectre plus ou moins continuel, plus ou moins réversible, des cohabitations droite/gauche ou gauche/droite, ce qui est, on ne le rappellera jamais assez au monde ébahi par tant de subtilité, la panacée des dialectiques politiques.

La Constitution française de 1958 n’est rien d’autre qu’une constitution de crise, crise permanente qui était taillée à la mesure d’un de Gaulle, par lui-même, pour lui seul, et que ses successeurs auront habilement perpétuée pour se maintenir en place.

Par je ne sais quel tour de passe-passe, ou plutôt par quel grandiose programme de rééducation de masse, on a fait croire récemment aux Français qu’ils vivaient dans une sorte d’équivalent hexagonal des USA, où une adaptation locale de l’amendement Miranda fournirait un ingrédient moderniste pour les dialogues légèrement limités de nos séries télé policières, et où tout le monde se chargerait de conduire sa petite réforme institutionnelle en dépit du bon sens, puisqu’il est devenu évident qu’il était nécessaire de réformer l’État, mais que personne ne veut prendre les mesures qui s’imposent pour y parvenir (la République Fédérale française, la Fédération Européenne).

Or, je me permets de le rappeler aux lecteurs de ce site, la France a aujourd’hui moins de pouvoir face à l’administration non mandatée de Bruxelles que les habitants de l’Iowa, de Californie, de Floride ou d’Hawaï vis-à-vis du pouvoir fédéral américain (un exécutif, un congrès, une justice constitutionnelle, tous élus par la souveraineté populaire) et même moins encore que les provinces du dominion canadien.

Donc, puisque Chirac est le plus sûr garant de cette Non-Europe sans avenir, sans projet politique, sans destinée commune, sans la moindre vision, mais avec une chouette monnaie toute neuve, et un corps de fonctionnaires-mercenaires bruxellois à la botte, parions sur le fait que rien d’essentiel ne change, et que tout ce qui reste de vital soit anesthésié.

La France vient de placer aux plus hautes charges de l’État l’homme du status quo, son « gouvernement » en est une sorte d’archétype vrombissant, qu’elle va au demeurant s’empresser de rendre plus immobile encore dès le mois de juin, en élisant une Chambre inhabitable où, on peut il me semble le supposer sans être interné d’office, Chirac et son « Union pour la Majorité Présidentielle » devront soit :

  • Gouverner avec l’appui de la gauche plurielle ou les spectres de la IIIe République. Auquel cas, Le Pen peut envisager en toute sérénité la prochaine échéance de 2007.

  • Gouverner avec le Front National.

  • Ne pas gouverner.

Le « sursaut » civique et républicain évoque alors plutôt la crispation poignante de l’agonie. Bernard-Henri Lévy en passionaria chiraco-démocratique à l’émission de Thierry Ardisson, voilà en effet une couronne mortuaire digne de cette république bananière aux suffrages électoraux plébiscitaires, et à la culture unanimement « mobilisée ».

On me permettra je l’espère d’établir un diagnostic accablant pour les années à venir : on le sait, la réforme générale de l’État français et la construction d’une véritable Europe politique ne sont des slogans très porteurs ni pour Martine Aubry ni pour Nicolas Sarkozy, et pas plus pour Chevènement ou pour Laguiller, et je préfère passer sous silence celui qui surfe allègrement sur cette double impossibilité.

Nous dirons donc par euphémisme que la crise de régime se profile à l’horizon, on osera même rappeler le fait que les historiens, après coup, dénomment immanquablement ces moments de notre République des mots de « période pré-insurrectionnelle ».

Mais il importe plus que jamais — n’est-ce pas ? — de pousser un profond et rectal soupir de soulagement parce que la momie embaumée aura été conduite au Panthéon avec toute la pompe qui convient à ces circonstances.

 

La Ve République est morte.

Vive la République !

Maurice G. Dantec

 

« Une autoroute pour Jean-Marie »

Montréal, Planet NorthAmerika, le 22 avril 2002, 13H03 - local time

Ne vous fiez pas à l’humanité sans garanties supplémentaires, cela vous jouerait quelque vilain tour. Cultivez un goût pour les vérités dégoûtantes. Et, finalement, le plus important de tout, efforcez-vous de voir les choses comme elles sont et non comme elles devraient être.

 

Ambrose Bierce

 

Il aura suffi de voir et d’entendre les réactions télévisées de Dominique Voynet, Marie-Georges Buffet, Djack Lang ou de l’ineffable trotskiste de service pour mesurer à l’avance l’ampleur du choc qui, le 5 mai, suivra probablement celui que la nation vient d’endurer, en ce 21 avril.

Je ne jouerais pas le Cassandre incompris qui radote depuis des années les mêmes discours et que personne ne veut entendre. Ce n’est plus la peine. J’ai quitté ce pays il y a quatre ans pour de nombreuses raisons, on le sait, on dira pour résumer que parmi celles-ci figurait un gros pressentiment, illustré par un contact personnel avec ce que les politiciens de la Ve République dénomment sans sourire de l’euphémisme post-moderne d’insécurité, alors qu’il s’agit tout bonnement de l’irruption du terrorisme quotidien.

On l’aura compris, en écoutant Arlette Mamère ou Noël Laguiller, il était diablement démagogique, pour ne pas dire « fascisant », de rendre compte, lors de cette campagne électorale, de la gangsterisation forcenée que les banlieues subissent depuis la fin des années 80, et je reste calme. On risquait anathèmes et insultes publiques à oser comparer les 300 voitures brûlées en un mois dans un seul département, tout comme les attaques répétées de synagogues, à une sorte d’Intifada-sur-Marne. Oui, on pouvait en être sûr : montrer sans détour ce qui se passait, très loin de la rue de Solférino et des web-bars branchés du Paris touristico-culturel, c’était FAIRE LE JEU DE LE PEN.

Je crois que ces pauvres truffes de trotskistes répètent à qui mieux-mieux l’oxymoron délicieux de leur guru : seule la vérité est révolutionnaire. À ces mots, sans doute incompris par celui-là même qui les prononçait, il aurait fallu adjoindre : Et les révolutionnaires lui couperont donc la tête.

Car dans le même temps, cette gauche moralitaire nous enjoignait de voir dans la destruction de la ville de Gênes opérée par les Sections d’Assaut du crétinisme anarchiste, tout autant un modèle de résistance au capitalisme que les plans d’architecture du futur radieux qui — paraît-il — nous attend pour peu que nous les portions au pouvoir, ou qu’ils prennent ce qu’il en reste.

Il n’y avait là aucun danger extrémiste, vous le pensez bien, aucune sorte de « menace » pour la démocratie, au contraire — nous disait-on, puisqu’il s’agissait de redonner une nouvelle jeunesse — grâce à une cure de concombre biologique — au laxisme-léninisme de latrines qu’on essaie de nous refiler depuis près d’un siècle. De la même façon, l’organisation à grande échelle de bandes armées, infiltrées par des services secrets et des groupes islamistes, n’était au bout du compte, des universitaires en vue et des journalistes humanitaires nous l’affirmaient, que l’expression d’une identité culturelle de la jeunesse.

Le pauvre vieux bougre coincé dans sa barre de béton sans la chance d’avoir une identité culturelle en vogue dans les maisons de disques, sur Skyrock ou sur Canal-Plus, et qui voit régulièrement sa cage d’escalier bombardée d’étrons N’A QU’À FERMER SA GUEULE. Il dérange, voyez-vous. Il ne fait pas bonne figure dans le concert des âmes charitables qui nous chantent le « vivre-ensemble » depuis leur rédaction rue de Rivoli. C’est un Dupont-Lajoie, un dangereux réactionnaire d’extrême-droite. Quant à celui qui, au bout de la soixantième séance de viol collectif perpétrée dans sa cave, son dix-huitième cambriolage, sa énième voiture carbonisée, ose se venger du flic-qui-ne-peut-rien-faire et de l’écologiste donneur de leçons, en déposant dans l’urne un bulletin de vote marqué du nom de l’infamie dont on dit sans cesse qu’elle le représente, il doit être, vous l’avez bien compris, rejeté immédiatement hors de la communauté nationale, allez-ouste ! au Goulag de la bonne conscience. En tout cas, Pierre Arditi nous l’affirme, lui qui vient de prendre le maquis du côté de l’Odéon.

Il faudra bien qu’on se mette ce terrible constat en tête : la France ne pourra jamais être « multiculturelle », comme le Canada, ni intégratrice-communautariste comme les USA, pour la bonne et simple raison qu’avec sa Constitution nationale de merde, et ses Institutions Zéropéennes de merde, elle ne pourra plus jamais se défaire de la dialectique foireuse « souveraineté nationale » versus bureaucratie bruxelloise, sinon par un mouvement politique que je n’attends plus depuis un moment, celui de mon exil pour être précis. L’absence de vision fédérale des « élites » politiciennes françaises n’est malheureusement plus à démontrer, et si un doute subsistait, cette élection en apporte la preuve éclatante au monde entier. Les Français ont à choisir entre le simulacre : la prétendue Europe des commissaires de Bruxelles avec leurs divers complices dans les administrations nationales, et le néant : la réaction nihiliste, « socialiste » ou « nationaliste », et bientôt le résultat de leur copulation contre-nature.

Voici donc enfin rendu visible comment cette élite déchue enverra gentiment le pays dans le mur, grâce à cette autoroute qu’elle est en train de goudronner pour celui qui a compris que la destruction de l’État national, corrélative à la bureaucratisation de Zéropa-Land (l’Anti-Europe), ouvrait le terrain aux anarchistes, et donc une voie-express à ses propres ambitions.

Vous pouvez pleurer toutes les larmes de votre corps, « avoir honte » d’être soit-disant français, vous pourrez organiser toutes les déambulations manifestatoires que vous serez en mesure d’imaginer, entre Bastille et République comme il se doit, vous avez voulu vivre dans votre rêve foireux de gauchistes (post)révolutionnaires, et vous avez essayé de l’imposer, en douceur, ou à la cosaque, aux populations de ce pays qui, on le sait depuis longtemps, n’ont jamais eu peur de réserver quelques bonnes surprises aux instituts de sondage.

Le réveil va être brutal. Prévoyez les chaloupes.

Prions ensemble pour que vous n’ayez jamais besoin d’appeler à l’aide les méchantes forces armées impérialistes de l’Atlantique-Nord afin qu’elles viennent vous tirer du bourbier. Je reprendrais alors sans état d’âme vos pétitions datant du Kosovo et de l’après 11 septembre.

Bonne chance à vous tous.

Et encore bravo.

M. G. Dantec

 

« Premiers principes de thermodynamique transfictionnelle »

Montréal, le 1er mai 1999

Douze ans avant sa mort en 1900 Nietzsche avait appelé de ses vœux la venue d'hommes synthétiques, capables de porter en eux tous les flux vitaux d'une époque et de les retransfigurer dans une oeuvre particulière. Je ne saurais dire si cette espèce d'hommes est en voie d'être formée, où que ce soit dans le monde, mais je peux poser en préambule de cette premiere considération que les conditions historiques semblent réunies pour faire du roman l'espace privilégié d'un réalisme synthétique, capable, s'il en est encore temps, de transmuter la littérature, afin qu'elle survive au cours du prochain siècle.

 

Le réalisme synthétique pourrait dépasser le nihilisme littéraire contemporain par l'acceptation du « monde tel qu'il est », et surtout de ce vers quoi il tend, par l'acceptation de sa terrible positivité, dans toutes ses directions, chacune de ses dimensions ; c'est à partir de cette acceptation critique métamorale de l'économie générale de l'humanité, comme disait Nietzsche, que le roman pourrait alors se re-dresser afin de surmonter la double impasse (nouée dialectiquement par ces raseurs de dialecticiens eux-mêmes) dans laquelle la littérature française notamment s'est laissée engluer, celle qui « oppose », ou « articule » le naturalisme d'une part, et le nouveau roman d'autre part, ou plutôt ses avatars néo-bourgeois (nous reviendrons à l'occasion là-dessus). Soit le romantisme social, versus le romantisme formel.

Le naturalisme social, et ses divers sous-ordres, y compris le roman policier « traditionnel », ne sont plus en effet que des jeux formels, s'ils ont jamais été autre chose que ça. La narration dite « réaliste » ou « classique » est depuis longtemps contaminée par des souches mutantes venant d'autres territoires, historiques, géographiques, littéraires, scientifiques. Depuis longtemps, les romanciers français qui se piquent de narration « objective » et de « réalisme social » utilisent des formules venues du cinéma, quand ce n'est pas de la télévision. Formules recyclées bien avant eux par les romanciers américains des années 30-40, notamment les auteurs de romans noirs.

Mais cette contamination transfictionnelle n'étant pas assumée, puisque totalement hors de vue des écrivains nationaux, elle débouche sur la platitude et l'absurde involontaire. Il n'est pas rare de voir des auteurs faire du troisième degré sans le savoir, comme monsieur Jourdain de la poésie. Des dialogues qu'on voudrait forgés dans le feu du réel apparaissent alors comme des constructions artificielles de nième génération qui flirtent avec le génie kitsch de nos sit-coms nationaux.

Le roman moderne auto-subjectif français (comme on dit auto-suggestif) est depuis trente ans la risée de tous ceux qui par le monde, se piquent encore d'attendre quelque chose de la littérature. Il peut être source de dégout, voire de honte, lorsqu'on a eu le malheur de naître sur ce vieil hexagone. La re-modélisation infinie des mêmes patterns pillés dans le glorieux fonds de catalogue des lettres françaises conduit à l'effet inverse que celui attendu par ses épigones. L'épuisement total de la forme classique, NRF, ou néo-classique, Minuit, par ceux-là mêmes qui se targuent de les faire vivre est à l'image du pays tout entier, et qui pourrait s'en étonner ? Pour qu'une forme vive, il faut qu'elle se développe, il faut donc qu'elle se dépasse.

Pire encore, le roman noir français s'est à son tour positionné comme la nouvelle littérature humanitaire, on se croirait au mieux dans Docteur Justice, les lecteurs de Pif Gadget comprendront, satisfaisant ainsi les militants théologiens de la libération de Télérama comme les laïcs antilibéraux du Monde Diplomatique. Mais en évitant de ce fait la confrontation avec la RÉALITÉ, en tant que PROCESSUS ÉVOLUTIONNISTE.

 

À toutes ces formes de clonage dégénerescent et inavoué nous voudrions substituer une mutation déterministe, faire de la littérature une véritable machine de troisième espèce. Une machine cyborg et constructiviste en connection avec les forces dans l'homme : Un code génétique mental.

Nous voulons décrire les « sentiments » par leur dynamique neurologique spécifique, nous voulons décrire la machine humaine sous le regard digital d'une machine à résonance magnétique, ou d'un microscope à effet tunnel. Ce qui pourrait nous intéresser dans une gorgée de bière consisterait à retracer la circulation des molécules d'alcool dans le métabolisme, et en particulier le métabolisme cérébral, jusqu'à l'excitation d'endorphines spécifiques. Mais à ce titre, convenons-en, nous avons désormais à notre disposition des molécules bien plus intéressantes que l'alcool produit par la levure de bière.

Qu'il s'agisse du roman d'imagination à dimension historique, du roman naturaliste à vocation sociale, ou du roman « moderne » psychologique auto-subjectif, toutes ces formes sont désormais mortes, comme l'idéalisme béat dont elles sont le symptôme, tout autant que le virus.

Pourquoi ? Parce qu'elles sont, pour paraphraser Nietzsche encore une fois, les formes ultimes du nihilisme contemporain.

En tant que telles, elle procèdent d'une généalogie propre qu'on peut résumer en quelques étapes fondamentales : elles nient d'abord le monde en tant que valeur, en tant que processus cosmique métamoral puis lui dénient toute matérialité, toute existence, pour la simple et unique raison qu'elles considèrent comme impure la VIE, avec ses « imperfections », la mort, en premier lieu, puis la souffrance, la compétition, les paradoxes créatifs et cruels, mais aussi tout ce qui ne tient pas dans l'étroitesse de leur conception dialectique de l'homme, du monde, et de Dieu lui-même. Dans sa version actuelle, le monde humain tel qu'il est, dans sa réalité biologique et économique, est considéré comme « mauvais », parce qu'inégalitaire, mondialisateur, et destructeur. Mais c'est précisément parce que l'homme est une catastrophe qu'il nous intéresse. C'est précisément pour cela qu'il est humain. Le programme expansionniste de la vie se moque éperdument de nos considérations morales. Un, l'homme est un super-prédateur à l'échelle bio-historique. Un tel être ne peut naître que d'un cataclysme, il est le cataclysme. Deux, s'il domine relativement aisément la biosphère animale dont il est issu, il doit cependant perdre de sa superbe, il n'est certainement qu'une microvariable statistique dans le colossal chantier cosmique, et une microvariable plus ou moins répétable.

Nous devons nous persuader une bonne fois pour toutes que des globes terrestres analogues au nôtre tournent, ont tourné, tourneront autour de millions d'autres étoiles, comme une des composantes du chantier galactique, nous devons impérativement admettre comme données de base qu'un globe de notre taille, orbitant autour d'un soleil du même ordre de grandeur, à une distance à peu près équivalente, et contingenté par à peu près les mêmes conditions initiales engendre très probablement une biosphére créant de la vie prébiotique, puis végétale, animale, sociale, puis post-planétaire, avec un taux de probabilité décroissant, mais qui reste notable à l'arrivée. C'est une question de pure statistique, car le Dieu Big-Bang, appelons-le comme ça, travaille avec des nombres inommables, alignant des dizaines de zéros. L'homme, en tant qu'espèce particulière de ce globe-ci, avec son histoire propre, est bien évidemment unique, mais le chantier cosmique possède en stock des milliards d'autres possibilités, sur des milliards d'autres globes terrestres disséminés parmi les 10 000 milliards de galaxies de la seule Région Observable. Multipliez le tout par 100 milliards d'étoiles en moyenne pour chaque galaxie, la microvariable Homo Sapiens Made On Earth devient d'une préciosité ridicule.

Trois, c'est précisément parce qu'il recèle désormais les possibilités de détruire le monde qu'il lui devient concevable d'en créer de toutes pièces, ou de le quitter pour les froids espaces intersidéraux. La mondialisation, la dissolution des frontières nationales, la communautarisation des modes de vie et de l'expérience sociale vécue comme appendice de la technologie, bref le tribalisme-fétichisme du capital marchand de troisième espèce ne conduit certes pas au paradis socialiste égalitaire mais à la formation de nouvelles frontières, de nouveaux empires, de nouvelles baronnies, de nouvelles ligues hanséatiques, de nouvelles micro-tribus et de nouveaux modes de production tous concurrents les uns des autres selon les règles de la thermodynamique historique humaine, c'est-à-dire, et pour un mettre un terme à la querelle sur le darwinisme social, celles qui sous-tendent un mode de développement évolutionniste (c'est-à-dire à la fois chaotique et déterministe) dans lequel coopération et compétition sont tellement imbriquées l'une dans l'autre, que ce n'est que pure vue de l'esprit, pur idéalisme, que de concevoir l'une et l'autre comme des ethos séparés et antagonistes. L'onde et la particule ne sont que deux manières de lire différemment le même évènement. Égoïsme et altruisme doivent être considérées pareillement. Cruauté et compassion suivront dans la seconde. Bien et Mal ne sont donc pas, en toute certitude, des valeurs binaires, antinomiques, nouées par l'illusion dialecticienne, mais des degrés variants, des moments cinétiques particuliers de la biopolitique humaine. À nous, écrivains, de savoir les retranscrire comme tels.

Qu'est-ce que cette reflexion est susceptible de nous apprendre sur les règles d'un « nouveau nouveau roman » contemporain qui serait à inventer ?

Tout d'abord, posons-nous la question, cela est-il possible, et en second lieu, cela est-il même nécessaire ?

L'épuisement des formes en cours en cette fin de siècle est tout bonnement époustouflant. Jamais sans doute aucune civilisation n'a produit un tel nihilisme, signe d'épuisement d'une forme et d'une culture, et comme Nietzsche encore une fois l'avait compris, c'est au moment d'un puissant mouvement de civilisation, le XXème siecle et ses innovations techniques en cascade en ce qui nous concerne, qu'un tel nihilisme peut apparaître. À tel point que, comme un autre nihilisme avant lui — le nihilisme chrétien — le nihilisme moderne, contre-action aux valeurs de la société capitaliste pré-mondiale, est depuis longtemps épuisé, et que le nihilisme post-moderne de la civilisation planétaire (l'écolo-humanitarisme et ses versions new-age) est mort-né dans le bourbier des Balkans et du Rwanda, de l'OTS et de Heaven's Gate.

Comme Nietzsche l'avait pressenti, au bout d'un moment, les diverses formes de nihilisme, c'est-à-dire d'idéalisme, se seront épuisées dans leur stérile combat contre la positivité du monde, du seul monde vrai, celui de la géopolitique et des techniques, celui de la complexe mathématique du darwinisme historique, celui du processus bio-cosmique, dans lequel l'humanité n'est sans doute qu'une péripétie. Or, précisément, cette civilisation planétaire évolutionniste montre chaque jour qu'à l'évidence, la démocratie nationale comme mode de gouvernement, c'est-à-dire de navigation, selon l'étymologie, est dépassée, qu'elle n'était qu'une étape, une expérience particulière, avec ses propres limites : quand on prétend à l'universel, comment s'étonner d'être dépassé une fois le but atteint ?

Que peut faire le roman contre cet état de chose ?

Justement, surtout il n'a rien à faire. Rien contre. Ni rien pour.

Et tout avec.

Le roman du XXIème sera lui aussi un produit de laboratoire, une arme virale, un processeur particulier chargé de traquer la présence active du verbe dans cette économie générale, largement symbolique. Il aura à démêler les réseaux secrets de la biologie et du social, il devra envisager le cerveau et le psychisme qui le conçoit et l'écrit comme un continuum à explorer en vue de se nourrir plus avidement encore du monde, il devra envisager la Connaissance, et le chaos historique humain selon un point de vue métamoral, comme l'attribut divin nécessaire pour que l'homme puisse inventer Dieu. La parabole de Nietszche sur la Genèse rejoint fort bizarrement, pour un athée tel que lui, certaines inspirations de la Kabbale, ou des Gnostiques : Si Dieu a créé toutes chose, Il a aussi créé le Serpent, et s'Il vit en toutes chose, Il vit aussi dans le Serpent, qui est Sa créature, c'est Dieu, donc, qui s'est glissé dans la peau du Serpent pour « tenter » la femme, et ainsi porter la Pomme jusqu'aux lèvres d'Adam. Cela faisait partie des nécessités propres aux lois matérielles du Monde, comme l'image la plus terrible que tout idéaliste ne peut concevoir sans se mettre à trembler : que la Connaissance et le Mal (le Mal selon les prêtres et leurs imitateurs idéalistes), c'est-à-dire la sexualité, donc la séduction, l'ambition personnelle, donc l'initiative historique, la maîtrise du verbe, donc les sciences, tout cela donc puisse procéder de cet Appétit divin, de cet instinct de nutrition, de vampirisme absolu, devrais-je dire, dont est dotée la conscience, cet Arbre de la Connaissance qui ressemble plus à une pieuvre omnivore insatiable qu'à un Sapin de Noël.

Pendant plus de 1 500 ans, les prêtres nihilistes chrétiens ont tout fait pour endiguer le flot évolutionniste historique, au point, alors que le chritianisme était vaincu, en pleine Renaissance, de provoquer, par la décadence des moeurs papales, la création de ce qui allait le détruire, donc le sauver, soit Luther, la Réforme qui « modernisa », adapta le christianisme aux nouvelles donnes socio-économiques, en propageant par le livre imprimé, véritable virus pour l'époque, un torrent de haine prophétique qui déchaina un siècle et demi de guerres de religion dans toute l'Europe, permettant une nouvelle fois à Rome d'empêcher l'unité politique du continent et d'assurer son emprise sur le cône sud, l'hémisphere latin pourrait-on dire, France y compris. Pour notre perte, à nous autres Français, et à nous tous Européens.

Avec le protestantisme, qui s'accaparra pendant trois siècles la vague d'innovations techniques née de la Renaissance pour produire la révolution industrielle en Europe du Nord, le nihilisme chrétien trouve un second souffle, mais qui s'éteint en fait assez rapidement : dès lors que l'évolution socio-technique de l'humanité explore les limites de l'humain, de Darwin à Freud, en passant par Pasteur, le christianisme industrieux des fourmis luthériennes et calvinistes produit  sa morale nihiliste ultime, l'idéalisme philosophique néo-platonicien des Hegel, Kant, et Schopenhauer, ou celui des utilitaristes anglais. Cette « morale » nihiliste sécularisée par les bourgeoisies européennes de l'après Napoléon est le cadeau le plus empoisonné que légua le christianisme avant de s'éteindre, plus ou moins définitivement, dans l'effondrement général de 1914-1918. Le socialisme égalitaire et ses divers avatars, formes ultimes de l'idéalisme Hégelien post-chrétien, les nihilismes modernes, étaient alors mûrs pour prendre la relève, entraînant les régressions et les ruines que l'on connait, tout au long du siècle.

Puis, durant la décennie des années 80, le sauve-qui-peut individuel devant l'inéluctable, la fin des utopies bidons, avec tous les réflexes de défense identititaires créé par le vide soudain, la course au fric et aux honneurs comme simple variante du repli réactionnaire général, allaient définitivement brouiller les cartes. La mondialisation de l'économie historique (c'est-à-dire le capitalisme planétaire post-chrétien) y produit son ultime avatar nihiliste, un mélange syncrétique de christianisme communiste primitif, de bouddhisme et d'écologie humanitaire, nommé new-age, et qui conduit la recherche idéaliste de la vérité jusqu'à son point ultime : le suicide, ou l'extermination de masse. La décennie suivante se chargera d'en fournir les preuves.

Le roman du XXIème siècle doit donc partir du constat suivant : Les anciennes dialectiques, Bien/Mal, Humain/Inhumain, Bienveillant/Cruel, Beau/Laid, Esprit/Matiere, Naturel/Artificiel, Art/Science, Fiction/Information, Individu/Multiplicité, Cosmique/Social, Technologie/Biologie, sont désormais dissoutes par le monisme de puissance pure qui s'agite sous les séismes en cascade que produit l'ajustement historique en cours. Le cerveau, le code génétique, les processus de cognition envisagés selon des modèles évolutionnistes en œuvre dans le processus de création littéraire même, mais surtout comme nouvelles limites de la « nature humaine », voilà ce que la littérature du XXIème siècle doit être en mesure de (re)produire. Cette littérature doit au préalable s'appuyer sur une phase indispensable à son développement dans un monde en mutation rapide :

– Être elle-même un facteur de mutation. Et donc se reposer sur une transmutation des valeurs.


– Accepter le monde issu du XXème siècle comme une expérience globale, dans laquelle l'économie générale et les crises nihilistes cataclysmiques subséquentes ont engendré des psychoses idéalistes en tant que systèmes de gouvernement, ou comme cultures de masse.

– Prendre la culture du XXème siècle là où elle se trouve. Ce monde du XXème siècle a produit sa littérature dans le feu atomique et la suprématie de la technique, on n'en trouve pas trace dans les académies du bon goût et de l'art moderne officiel. Roman noir, science-fiction, culture underground, c'est de ces marges qu'il faudra partir pour construire le roman du futur, une machine littéraire synthétique, capable de croiser, au sens génétique, le thriller, l'anticipation, le roman criminel, le roman d'initiation philosophique, le journalisme de guerre, l'experimentation psychédélique, le roman d'aventure, de voyage, d'espionnage sans s'effrayer de privilégier le panoramique au point de vue, sans complexe vis-à-vis des nouvelles technologies, des nouveaux langages, des nouvelles catastrophes.

Une telle production littéraire ne doit plus avoir peur d'affronter le monde sur son terrain, en prédatrice. Elle doit pour cela se concevoir elle-même comme expérience de laboratoire, comme programme de recherche, comme télémanipulation du lecteur conçue scientifiquement, avec l'appui et la complicité des universitaires, avec archivage en temps réel de l'expérience sur camescope numérique, avec un appareil de note parallèle à l'écriture du roman et disponible quasiment en temps réel sur le réseau. Cette production littéraire devra se considérer comme une arme de pointe chargée de bouleverser notre perception du monde, en y transmutant toutes les valeurs, en créant pour l'époque rien moins qu'une monstruosité esthétique, mais une monstruosité faite pour le siècle à venir, une être multiple, mutagène, porteur de tous les dangers.

Une littérature qui ne prendrait pas en compte ce que l'on sait maintenant du langage, des structures du cerveau humain, de la vie, de l'ADN, des quasars, qui ne s'intéresserait pas à la tectonique propre à la géopolitique, aux grandes masses économiques et aux mutations techniques, ainsi qu'aux complexes formes sociales que sont les religions, les communautés plus ou moins secrètes et leurs cryptages/décryptages spécifiques de la réalité, bref une fiction qui ne se poserait pas d'emblée en méta-fiction, une science-fiction qui n'oserait pas devenir science de la fiction, une transe littéraire qui ne se constituerait pas comme objet et comme matrice trans-fictionnelle, une fiction qui hésiterait encore à englober toutes les dimensions de l'humain, et toutes les fictions produites par l'homme, comme carburant d'un processus nutritif/digestif propre à chaque œuvre et à chaque auteur, bref une telle littérature aurait peu de chance de passer la barrière du prochain siècle, autrement que par des modèles clonés parfaitement inoffensifs et adaptés aux patterns du marché.

Tout ce que le XXème siècle a produit comme discours, styles narratifs et fictions entre dans le champ de la littérature. Tout ce que l'homme produit à chaque seconde, ses pensées ou sa merde, ses bombes H ou ses lymphocytes, ses œuvres d'art ou ses crimes, entre dans le champ de la littérature. Tout ce que la science dissout d'idéalisme, cette dissolution même des voiles d'illusion occultant le réel, voilà de quoi nourrir une nouvelle littérature, avide de sensations nouvelles, tout autant que de savoirs anciens.

NOUS NE SOMMES PAS UNE AVANT-GARDE.

Nous refusons le terme avant-garde pour toutes les bonnes raisons, qui ne manquent certes pas. Les énumérer prendrait une place trop importante pour l'espace restant à cette première conclusion. On pourrait les synthétiser cependant par quelques concepts.

 

Nous sommes évolutionnistes. Mais nous ne croyons pas à une téléologie naturelle qui tire l'histoire des hommes vers le meilleur, ni uniformément vers le progrès culturel, technique et social, les phases de régression sont légion dans l'histoire et elles ont parfois sabré en pleine jeunesse des civilisations brillantes qui auraient pu faire « progresser » l'humanité bien plus vite.

Une civilisation médiocre peut tout à fait l'emporter sur un modèle plus avancé, rien n'est jamais pré-écrit dans l'histoire. Au contraire, si jamais histoire il y a, c'est bien par une ré-écriture constante de tout le processus, comme si une partie du texte s'obstinait à vouloir rester illisible.

Toutes les sociétés, même les plus brillantes sont tributaires de leurs programmes grégaires. L'ordre social, où qu'il soit, quel qu'il soit, demande stabilité, et donc conservation, au sens strict de la survie, c'est-à-cela précisément que sert la communauté sociale, elle permet la mémoire, donc le passé, et donc transforme le présent en passé de l'avenir. Cela demande une certaine prévisibilité, des techniques de navigation à l'intérieur de ce temps spatialisé de l'homme moderne, qui trouve son apogée chez les Grecs.

Soyons donc bien clairs encore une fois. Une telle fiction, méta-romanesque, peut s'abreuver d'Héraclite et de Démocrite tout autant que de Bergson, de Nietszche ou de Karl Popper. Elle ne doit pas avoir peur d'affronter sereinement les sociologies universitaires qui abreuvent la réalité de leurs propres fictions statistiques, ou sophistiques.

Une telle littérature peut allègrement se nourrir de toute la pop-culture du XXème siècle, y compris et surtout dans la matière même des sous-genres « mineurs » ou « para » littéraires tels que le roman d'anticipation ou de fiction scientifique, le roman noir, le thriller, le polar, l'espionnage, le récit de guerre, de voyages, d'aventure ; le psycho-roman introspectif sera lui aussi jeté dans le grand Broyeur de la Nouvelle Synthèse Sub-Réaliste, mais aussi les flux d'informations journalistiques, le télécripteur incessant de l'environnement de l'homme moderne du XXIème siècle.

Enfin et pour terminer, sa propre production, son processus même pourra être l'objet d'autres productions, concommitantes, et interagissantes, comme à l'intérieur d'un réseau vivant, en continuel développement.

Pour résumer, se pourrait-t-il que la littérature puisse montrer ainsi, par un bricolage en forme de réseaux, comment fonctionne la matrice même de sa production, à savoir le cerveau humain ?

Si la littérature doit s'engager sur quelque chose c'est bien cela.

Le tout bien sûr ne se résumera pas à trouver de brillantes métaphores inspirées peu ou prou de telle ou telle science, ou telle ou telle instrumentattion technique, pas plus qu'à simplement générer des modules de jeux formels plus ou moins mathématiques dans lesquels des abaques stylistiques passeraient en revue le champ couvert par la littérature des 1 500 dernières années.

Non, c'est une GÉNÉTIQUE spécifique qu'il s'agit d'élaborer, et voilà pourquoi nous ne sommes pas, nous ne pouvons pas être une avant-garde.

Un être vivant n'est jamais l'avant-garde de rien d'autre que de sa propre existence, il n'est même pas celle de ses propres enfants. Chaque expérience individuelle est unique. Et pourtant le monde est très souvent médiocre. Nous ne somme donc pas une école, comme les Romantiques, un mouvement, comme les Surréalistes, ni une structure scholastique comme la Pataphysique, ni même une Revue Littéraire, comme les Perpendiculaires. Tout au plus pouvons-nous nous considérer comme un programme de recherche, un laboratoire, un pur devenir.

MgD

 

« Pour Manchette, sans fleurs ni couronnes »

Polar, « Spécial Manchette », n° 17, 1997, p. 207-212.

Né en 1959, j'avais donc à peine douze ans lors de la publication de L'Affaire N'Gustro, son premier opus. À l'époque, si mes souvenirs sont encore dignes de foi, je lisais principalement Pif-le-Chien, Spirou et Fantask, ainsi que les bouquins de la Bibliothèque Verte ou de la Collection Rouge & Or, soit, au mieux, Jules Verne et Jack London en versions expurgées.

Au début des années 70, je devais avoir treize ou quatorze ans, un cercle de jeunes gauchistes amis de mes parents me firent découvrir Francis Ryck et Manchette. Je me souviens encore de La Peau de Torpédo, du Secret, ainsi que de Nada, avec, je dois l'avouer, un net penchant pour les deux premiers.

Un peu plus tard, lors de ma scolarité au lycée Romain-Rolland d'Ivry-sur-Seine, j'eus l'occasion de rencontrer J.-B. Pouy, qui y officiait en tant qu'animateur du foyer culturel. Celui-ci me brancha sur la science-fiction « new-wave » des années 60-70, ainsi que sur les maîtres du roman noir US.

Je dévorais depuis quelques années les grands classiques de la SF, et il se trouve que mon paternel possédait une substantielle collection de polars, Série Noire, Carré Noir… Dont, en bonne place, Hammett, Chandler, Richard Stark, Jim Thomson et… Manchette. Au début des années 80 lorsque je me suis branché sur d'autres littéraires, j'avais lu ses principaux romans, Le Petit Bleu de la côte ouest, La Position du tireur couché, Ô dingos, ô châteaux… Très franchement sur le moment, ils ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, quoique largement plus intense que la plupart des nullités qui se prétendaient de sa lignée. C'est cinq ou six ans plus tard, lorsque je suis revenu au roman noir, via les Américains, of course, Ellroy en premier lieu, que certains de ses romans (Le Petit Bleu de la côte ouest et La Position du tireur couché, notamment) se sont modifiés dans ma perspective mentale.

Il convient, il me semble, lorsqu'on parle d'un auteur tel que lui, d'être absolument sincère, et d'évacuer à tout prix la tentation de l'hagiographie ; ne comptez pas sur moi pour y aller de mon étalage de panégyriques postmortem, comme ceux dont la presse branchée parisienne s'est repue durant l'année écoulée, afin, sans doute, de faire oublier le silence dont elle l'avait entouré, pendant qu'il était encore en vie, et plus probablement pour masquer le vide hideux de sa pensée nécrophage. Manchette est mort. Le polar est mort, c'est un fait entendu, comme le rock (Elvis ? Lennon ? Cobain ?), le jazz (Miles Davis ? Chet Baker ? Charlie Parker ?), le roman (Nabokov ? Faulkner ? Camus ?) ont été maintes fois annoncés comme tels, laissons aux dissecteurs patentés le soin de disserter sans fin sur ce qui est mort ou vivant, Manchette savait lui, ce qu'il en était, et c'est justement ce qu'il a tenté d'exposer dans sa littérature, pour la simple et bonne raison qu'il n'était rien d'autre qu'un écrivain. Un homme-livre. Un homme libre. Donc un homme seul. À jamais coincé, précisément, entre le monde des morts et celui des vivants. Dévoré, sans doute, par les livres qu'il n'arrivait plus à produire.

C'est la raison pour laquelle je ne crois en aucun cas à une prétendue « école » Manchette. À l'exception de ceux qui se sont engouffrés dans la brèche, en pondant à la va-vite une accumulation de lieux communs désormais politique corrects (nous sommes après 1981), vaguement articulés autour d'une intrigue dont n'aurait pas voulu un réalisateur de téléfilm qui en aurait pourtant vu d'autres à l'époque de l'ORTF, le tout écrit avec les pieds. Au même moment, hasard étrange, Manchette se tait, lui.

Sa force résidait en bonne partie dans ce silence, cette présence en creux, en ces années d'illusions et de désillusions pathétiquement entremêlées. En ce qui me concerne, cela se résume à ce qui irradie encore dans ma mémoire des trois ou quatre bouquins que j'ai lus de lui, et de ses notes critiques publiées ici ou là… De tout cela je conserve l'image d'une foi inébranlable dans le potentiel littéraire du roman noir américain, foi que je partage, même si je n'entreprends pas de « suivre » une prétendue « voie » que Manchette, ou d'autres, auraient tracée. Manchette ne croyait pas plus au progrès, et moi aussi.

Mais soyons clairs : tous ceux qui se plaisent à réduire Manchette à ses propres convictions, concernant la nature du roman, ou celle du pouvoir, passent à côté de l'essentiel : un authentique écrivain est, par chance, bien plus que ses simples convictions. Comme il l'avait lui-même suspecté à de nombreuses reprises, un écrivain est un agent du chaos, le cadre étroit de sa conscience et de sa rationalité ne peut endiguer la marée provoquée par la vérité de l'histoire, c'est-à-dire, vous l'avez compris en ce cas précis, lorsqu'on essaye de faire son boulot de romancier avec honnête, la vérité de la narration. La vérité propre des personnages et du monde dans lequel ils évoluent, quel qu'il soit. La vérité sans concession de sa folie personnelle.

Peu importe que Manchette ait été « gauchiste », qu'il ait cru en son temps à des valeurs aujourd'hui désuètes, c'est notre lot à tous. Ce qui compte, c'est qu'aucun de ses romans ne puisse être réduit à ce faisceau de convictions, car comme tout bon auteur de roman noir, Manchette le savait, la littérature se nourrit du doute, de l'incertitude, de l'imprévisible, de l'anormal, elle se nourrit du chaos du monde et de la folie des humains.

Il est de bon ton aujourd'hui de vanter les propriétés décapantes du style Manchette, comportementalisme, brièveté des phrases, dialogues écrits au couteau, économie des moyens, sécheresse de l'action, littérature « en prise avec le réel », et tout ça.

Mais personne ne se souvient des passages où, justement, son écriture se libère des contraintes qu'il s'imposait. Qu'y a-t-il de « comportementaliste », de « sec » et d'« économe » dans la phrase d'ouverture d'un de ses meilleurs romans selon moi, plus de dix lignes, pour narrer avec une précision de climatologue l'arrivée d'un souffle de vent sur le visage d'un homme, attendant on ne sait quoi dans la nuit [1] ?

Car tout le monde semble oublier l'essentiel : pour Manchette, il s'agissait d'une stratégie de survie, une stratégie de survie littéraire, comme il l'explique dans un de ses textes critiques, je vous cite ça de mémoire, le roman noir américain lui apparaissait comme une voie de « retranchement », une « retraite stratégique » vers la narration du XIXe siècle, après les grandes boucheries destructrices de sens qui accouchaient d'une littérature néobourgeoise, amnésique, et sans consistance, surtout depuis 1945. Mais comme il le laissait entendre, cette « retraite » était provisoire, en attendant mieux. Et surtout, elle servait à préparer la contre-attaque sur des bases solides.

C'est bien là tout le problème.

À mon sens, les quinze dernières années ont montré l'incapacité de la littérature française dite « policière », à une poignée de notables exceptions près (qui se reconnaîtront, je le sais) de s'affranchir de ce que jamais Manchette n'avait, il me semble, considéré comme une contrainte collective, mais bien comme le choix singulier d'un auteur. En un sens, la contre-attaque en question n'est pas venue, parce qu'elle est engluée d'office dans la pseudo-révolte spectaculaire, phénomène dont Manchette avait visiblement saisi toute la portée à la fin de sa vie.

Tout le monde ou presque s'est joyeusement mis à enfoncer les portes ouvertes, le pouvoir est pourri, la révolte des masses va changer tout ça, le grand soir est pour demain. Personne ou presque ne s'est résolu à affronter la « réalité », et n'a semble-t-il saisi la qualité singulière de l'« engagement » littéraire : le rôle de l'auteur de fiction n'est pas de fournir une voix de plus aux mensonges politiciens, quels qu'ils soient, mais d'exprimer sans la moindre concession la désintégration des certitudes.

Comme Robin Cook, l'avait compris, le lien entre la métaphysique et le roman noir réside dans le fait que l'expérience humaine jugée primordiale par l'une et l'autre est la place de la mort dans la vie. Qu'on le veuille ou non, ce que le roman hard-boiled américain traduit, sans aucun humanisme de composition, c'est ce paradoxe darwiniste qui fonde la vie, dont l'humanité n'est que la fonction dite la plus « élaborée ». La vie c'est ce mélange de chaos et d'entropie, de complexité et de mort, d'avancées et de régressions, de mutations et de tyrannies, de crime et de justice, de destructions et de créations. Le tueur à gages n'est ni bon ni mauvais, il fait son boulot. Le serial killer n'est ni bon ni mauvais, il dévoile au grand jour le monstre tapit en chacun de nous. Le tortionnaire du KGB ou l'idéologue de secte meurtrière ne sont ni bons ni mauvais, ils sont fous, ils sont le produit d'une perversion du Verbe.

 

Il est évident que Manchette avait parfaitement saisi cette volonté comportementaliste du roman noir américain des origines, il en avait même fait son cheval de bataille. Je pense cependant qu'il en expérimenta très vite les limites, ce qui fut la cause de cet « arrêt » brutal dans sa production. Et ce pour une raison très simple : au moment même où Manchette tentait de réveiller le comateux qu'était la littérature française, avec les ressources du roman noir hard-boiled traditionnel appliquées sur la société politique de l'époque post-gaulliste, le roman noir US vivait parallèlement une grande révolution. Soyons clairs : le roman américain tout court, tous genres confondus. Cette révolution souterraine, née dans les années 60-70 sur fond de contre-culture psychédélique allait aboutir aux étranges « mutants » d'aujourd'hui, qu'il s'agisse d'Ellroy, de Benderson, de Crews, de Burke, Hillerman, Bunker et j'en passe (et je me restreins volontairement aux seuls auteurs dits de « romans noirs »)…

 

D'autre part, Manchette a certainement éprouvé la très difficile coexistence entre un corpus théorique structuré et la fonction même du roman, en particulier du roman noir (dont les véritables origines peuvent allègrement remonter à Edgar Allan Poe), son marxisme, sincère, ne pouvait qu'être dissous par l'exigence de la vérité narrative, la vérité du chaos déterministe qui fonde les sociétés humaines, et les individus qui les composent. Manchette ne vivait pas coupé de son époque mais n'en déplaise à certains, il avait, à son corps défendant, une révolution de retard, la littérature officielle locale, elle, comme la société dont elle était le vecteur, en avait une bonne dizaine bien pesée, ce qui ne doit pas être perdu de vue, et mis à sa décharge. Ce que ni ses suiveurs, ni ses thuriféraires ne peuvent appréhender, et pour cause, c'est que Manchette exprimait là, par ses propres limites, une des vérités les plus crues sur la nature du travail de l'écrivain, et en particulier de l'auteur de roman noir : la littérature ne peut pas changer le monde, pas plus qu'elle ne le sauvera, ni le rachètera de ses crimes. La littérature n'a pas d'autre sens que d'exister par la grâce d'un paradoxe, qui fonde le langage donc l'humanité, et qu'Essore a résumé, il y a longtemps déjà, d'un aphorisme fameux.

Le langage, comme l'histoire, la mort, et la technique, sont les fruits de l'Arbre de la Connaissance, l'Arbre du Mal. Aucun humain, et sûrement pas un écrivain, ne peut échapper à cette vérité : l'innocence du monde est depuis longtemps perdue, le crime est un élément constitutif des sociétés humaines, au même titre que la littérature, le commerce, la religion, la loi, ou la politique, L'Âge d'Or, la Société du Bonheur, de l'Empathie et de la Fraternité s'est évanouie, dès l'instant où un bipède assez malin pour se servir de son cerveau afin de construire des armes et des outils, puis élaborer des livres et des bombes H, a décidé de se répandre pour pervertir à tout jamais l'état de nature.

Aussi la littérature est-elle une sorte de « dernière cartouche », une guerre désespérée menée entre un cerveau de l'univers, entre un individu et le reste de la société, entre un homme et Dieu, entre une conscience et le « sens de l'histoire ». La littérature est une arme retournée par le romancier sur la gueule du monde (sur la gueule du monstre ai-je failli écrire). Mais, en même temps, elle se nourrit de ce monde, de cette monstruosité, elle en est la plus belle, donc la plus paradoxale de ses manifestations.

Relisez les romans de Manchette en oubliant tout ce que vous avez lu, entendu, ou cru comprendre à son sujet, et vous saisirez ce dont je veux parler.

En cela, peut-être ai-je été « influencé » par son oeuvre, mais au même titre que celle de bien d'autres auteurs, qui partagent tous cette foi en la nature « paranoïaque » du travail du romancier.

Notre rôle est bien de voir des complots partout, car avec un peu de chance, on pourrait tomber sur le bon.

En vous remerciant de votre attention.

M.-G. Dantec

[1] La Position du tireur couché. (N.d.l.R.)

 

« Considérations sur mon roman, la littérature, la culture... »

Le Moule à gaufres, n° 13, 1995, p. 180-182.

Disons-le, mon roman n'est pas politiquement correct, il n'est pas littérairement correct. Pire, pour un type de ma génération, il n'est même pas rock'n rollement correct. Ma vision parano des choses : la littérature bien pensante revient en force. Par l'entremise des jeunes générations qui tentent de faire du rock un objet culturel en essayant de rendre cette musique de la rue, cette musique de jeunes crétins, universitairement correct. Ce qui me plaît dans le rock c'est précisément son côté crétin, son côté just for fun... Cela n'a jamais suffit à nos jeunes thuriféraires en France. À mon avis on assiste à la fin d'une civilisation. Je suis persuadé que la France est entrée dans une ère de déclin inéluctable. Je pense que les problèmes de la littérature en sont le reflet. On n'a plus rien à dire sinon à protéger nos quotas culturels. Comment voulez-vous qu'on puisse avoir quelque chose à dire si notre vision du monde devient de plus en plus autarcique. Les écrivains qui ont pignon sur rue doivent considérer la périphérie comme la dernière frontière avec l'humanité parce qu'ils ne sont jamais sortis de leur VIème arrondissement. La littérature française aujourd'hui a la volonté de recycler les vieilles écoles : les mouvements post-45, la déconstruction, le structuralisme, la littérature hyper-intellectuelle complètement coupée du réel. Cela signifie que ces gens considèrent comme indécent de s'adresser au public. Les situationnistes disaient dans les années 60 que la littérature française ainsi que d'autres formes d'art prospèrent sur le cadavre de Dada depuis trois quarts de siècle. C'est le recyclage du cadavre. Il y a eu les années 60-70 avec Philippe Sollers, la littérature engagée, la cause maoïste. Puis on a basculé dans une sorte de néo-catholicisme de choc. Avec les années 80, on atteint l'ère du vide, de la littérature du vide formel. J'arrive presque à comprendre que des jeunes mecs de 30 ans se précipitent sur le Sollers des années 60 parce que par rapport à Philippe Labro et d'autres il y a tout de même plus de matière là à se mettre sous la dent.

 

to be continued...

 
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